Pensées inopportunes et intempestives

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… « Nous sommes à n’en pas douter la pire des espèces vivantes que la Terre à engendrée depuis les dinosaures; nous avions une chance, nous avons même eu plusieurs chances, d’éviter la monstruosité, mais nous n’avons pas su en prendre aucune. Peut-être que cette planète a une tendance à créer des monstres avec, ce que nous considérons probablement justement comme une singularité: le vivant; qu’elle finit cependant par éradiquer. »

J’ai écrit cela un de ces jours récents ou les « bleus » m’ont traversés la pensée.

Mais si tout cela a du sens, notre tour va venir et cette planète dont nous sommes issus va peut-être poursuivre ses créations et destructions expérimentales, si je puis dire, et contre lesquelles nous sommes pour une fois, totalement impuissants; c’est peut-être pour bientôt! Qui sait?

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La question fondamentale est quand même et toujours celle d’accepter notre impuissance, ou plus exactement de renoncer à notre délire culturel de toute-puissance.

Jacques Jaffelin

12 avril 2020

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A propos d’accélération puis, soudain, de collapsologie…

Il y a quelque temps nous entendions ici ou là dans les media, commentateurs ou intervenants, parler d’accélération du monde humain en général. Comme si il n’y avait qu’un simple changement dans notre monde qui serait l’accroissement progressif de la vitesse de nos comportements. En bref, que nous serions de plus en plus pressés… Puis, subitement, voici que l’on parle de collapsologie, en français théorie de l’effondrement de la civilisation. Les mêmes que ceux qui la défendaient depuis des siècles (banquiers, capitalistes, professeurs, etc..), sont pris de panique et se mettent à construire des refuges en bétons pour survivre à la catastrophe annoncée tout en surveillant le cours de leurs actions à la Bourse. Pour ma part, voilà des années, sur ce site et dans les articles de ce blog, dans mes cours, séminaires et conférences, que je me tue (j’ai 74 ans, mais je suis encore vivant, ou presque) à dire et à redire ceci, que j’ai déjà écrit ici dans un blog précédent, mais je le répète aujourd’hui, au cas où cela intéresserait quelqu’un(e).

…  l’invention des dieux et des nombres nous a rendus fous de puissance. Nous avons fini par oublier que nous sommes issus et inclus dans la nature. Aujourd’hui, la technologie issue de ces nombres par la mécanisation de la pensée d’abord puis des choses, les robots, les automates divers que nous appelons « intelligents », nous font peur car nous aimons nous faire peur nous-mêmes de notre propre incapacité à maîtriser notre désir total de maîtrise. Cette idée de toute-puissance est conforme à nos mythes religieux mais curieusement, ceux qui s’en sont émancipés se sont aussi approprié l’idée. Pourtant, ces scientifiques, comme ils se nomment, pensent bien que nous sommes issus et inclus dans la nature de la surface terrestre, et non posés là par quelque dieu. Alors comment peuvent-ils inclurent dans leurs explications qu’une des espèces animales aient pu engendrer l’idée — je ne parle pas des outils — que cette espèce, la nôtre, pouvait tout expliquer, tout comprendre, avec le temps et la technologie; autrement dit, comment ne se rendent-ils pas compte que cette idée revient à dire que la nature aurait engendré un animal particulier, destiné à la comprendre, à l’expliquer? Cette folie peut se comprendre de la part des croyants mais de la part des non-croyants cela montre qu’ils n’ont pas cessé de croire. Ils ont introjecté dans leur inconscient l’ancien dieu antique tout-puissant projeté dans l’ailleurs inaccessible de la transcendance, ils se sont appropriés sa toute-puissance, et ils se croient maintenant eux-mêmes les dieux de la nature. Ils sont eux-mêmes devenus fous. Nous sommes devenus fous, notre culture ne repose plus que sur la domination de la domination. Partout! Nous sommes devenus le cancer de la surface terrestre pour tout le vivant et même pour la part du minéral dont nous sommes issus. Qui va nous soigner de cette folie autodestructrice?

Pourtant beaucoup d’auteurs et d’acteurs du XIXè siècle nous avaient prévenus!

Les collapsologues ou autres « effondrementalistes » me font sourire: Tout va s’effondrer! Courage, fuyons!

Jacques Jaffelin, 29/09/2020 et janvier 2019 pour la citation…

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Vivre immanencément… maintenant

C’est considérer que…

– Tout ce qui existe est nature

– Ce que nous nommons Univers ou Nature n’est ni un ni plusieurs, il n’est pas une entité mais un processus infini dans tous les sens du terme, nous ne pouvons pas davantage le considérer comme un objet d’étude que nous pouvons voir la vision ou penser la pensée, même si beaucoup pensent le contraire, mais c’est justement pour cette raison qu’ils ne fabriquent que des paradoxes ou des artefacts. Spinoza et Wittgenstein l’avaient déjà très bien dit à leur manière.

– La nature n’a ni commencement ni fin

– La notion de nature n’implique aucune notion d’univers en tant qu’entité quantitative (masse, énergie, espace, temps)

– La nature n’a aucune finalité (et donc notre existence non plus)[1]

– La nature est constituée d’une « indéfinité » de formes en mouvement

– La nature est indéfiniment diverse

– La nature n’est ni substance, ni res extensa ni res cogitans, c’est un processus génétique

– La nature n’obéit a aucune loi; l’idée de loi implique nécessairement une transcendance.

– Chaque forme se meut et chaque mouvement est celui d’une forme; nous appellerons ce processus général, informotion. Cette notion permet de résoudre le dualisme cartésien res extensa et res cogitans et de renouveler l’immanente de Spinoza[2].

– Aucune forme ne peut se mouvoir sans se modifier (au contraire du principe d’inertie, principe cardinal de la science depuis Galilée, Descartes et Newton)

– Aucun mouvement ne peut garder la même forme (il n’existe donc ni mouvement inertiel ni forme inerte)

– La raison humaine est un mouvement interne partiel du corps

– Les émotions sont des mouvements internes de l’ensemble du corps qui souvent submergent la raison par leur intensité.

– Tout ce que nous pensons, réalisons, inventons, créons est nature

– La nature n’est ni ob-jet ni pro-jet ni sub-jet pour nous, nous sommes nature

– La joie de vivre c’est ressentir dans la même émotion que nous sommes à la fois issus-de-et-inclus-dans la nature.

– Chaque pensée exprimée est une expression de soi-même et une implication de soi dans le monde, qu’elle se présente comme une explication sophistiquée ou une simple discussion.

– Nous devons apprendre à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas mais avant cela il nous faut réaliser ce qui nous inclus et ce dont nous somme issus en même temps que ce que nous incluons.

– Nous nous croyons libre mais notre liberté ne se situe pas là où nous la croyons être. Nous n’avons pas décidé de naître, nous ne décidons pas du fonctionnement de nos organes, nous ne connaissons pas la durée de notre existence, nous ne décidons pas des prochains mots que nous allons prononcer. Mais nous pouvons décider de changer certaines choses en nous, d’apprendre ceci ou cela, de ne plus accorder d’importance à telle ou telle chose.

– La liberté consiste avant tout à acquérir au cours de notre socialisation une certaine aisance pour faire sa place dans le monde humain. Nous somme d’autant plus libre d’agir que nous avons appris à domestiquer nos sentiments, nos passions et nos actions, nos émotions et nos désirs.

– Notre seule liberté se situe dans un certain usage de notre raison mais non pas dans notre raison elle-même que nous n’avons pas décidé d’avoir. Le problème avec la raison c’est qu’elle n’est pas seule; les sentiments, les passions (au sens propre de souffrance qui arrête l’action), les dogmes et les croyances sont souvent ses maîtres. Les animaux n’ont pas ce problème, je crois, sauf les animaux domestiqués qui sont tellement humanisés que nous pouvons les voir sombrer dans la mélancolie parfois.

– La nature ne fait jamais deux fois la même chose alors comment comprendre que notre civilisation (qui est aussi nature que le reste) échappe à cette évidence[3]? Parce que nous avons oublié l’art pour le remplacer par l’industrie. « Nous avons inventé l’art pour ne pas mourir de la vérité » écrivait Nietzsche, or l’art ou l’œuvre ne peut être qu’unique, et tout ce qui est unique ne peut être dogmatique, mais nous avons inventé la reproduction du même, on dit même quelquefois reproduction au lieu de procréation en parlant de vie. Certains fous furieux imaginent même supprimer la mort qui pour eux n’est qu’un accident non nécessaire. On oublie ainsi que nous sommes chacun d’entre nous une œuvre d’art, unique et irremplaçable et qui n’arrivera qu’une fois dans toute l’histoire du monde.

– Chaque dogme, chaque certitude constitue une cristallisation de la pensée et donc son arrêt. Il s’agit de la plus grande servitude de l’homme car toute certitude ou vérité ne permet plus à celui qui l’adopte d’exprimer la nécessaire créativité pour continuer à vivre. Toute personne qui croit en quelque chose a perdu ce qu’il doit faire en permanence pour poursuivre son existence, l’effort de réévaluer sa propre pensée. Car il ne s’agit pas de découvrir la vérité du monde mais de participer à ses changements.

Jacques Jaffelin

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Ethicologie à l’usage des jeunes générations

Rappelons d’abord ces deux citations fondamentales:

 » Cet Être éternel que nous appelons Dieu ou la Nature, agit avec la même nécessité qu’il existe (…) N’existant pour aucune fin, il n’agit donc aussi pour aucune; et comme son existence, son action n’a ni principe ni fin. Ce qu’on appelle cause finale n’est d’ailleurs rien que l’appétit humain en tant qu’il est considéré comme le principe ou la cause primitive d’une chose. »

Spinoza, Éthique, Préface à la IVe Partie

 

« Je ne peins pas l’être, je peins le passage. »

Montaigne

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Ces deux extraits constituent le plus dense résumé de la manière immanente (autrement dit, sans transcendance) de penser que je vous propose. Il est important de les méditer avec toute l’attention et le plaisir qui doivent venir avec.

Plan

1. Spinoza, le premier écologique; le terme éthicologique que je propose ici est une contraction des deux mots: éthique et écologie

2. Nature est le nom de Dieu et inversement

3. Tout ce qui existe étant nature, tout est donc également divin donc sans aucune transcendance…

4. Tout cela bien compris, constitue une éthique écologique générale, autrement dit, une éthicologie ou un guide de nos comportements à tous et envers tout.

Ceci est le plan et l’ébauche d’un projet en cours de rédaction en vue d’une nouvelle publication que je destine plus spécialement aux jeunes de tous les âges.

jaffelin.jacques@orange.fr

 
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Freud et les deux « puissances célestes » dans « le Malaise dans la Culture »

Freud soutient dans ce texte l’idée que ce « malaise » est, non pas le résultat d’une erreur commise que nous pourrions réparer par une prise de conscience rationnelle, mais n’est que l’expression, selon lui, de notre propre constitution psychique dans notre vie collective. Nous serions gouvernés par ce qu’il nomme ainsi, par ironie et avec des guillemets dans la dernière page de son ouvrage, les deux « puissances célestes », à seule fin de mettre l’accent sur leur toute-puissance. Elles n’ont, bien sûr, rien de célestes, bien au contraire, elles sont pour lui les deux pulsions fondamentales de l’homme de la culture[1]: la pulsion d’agression-destruction d’un côté et ce qu’il nomme Éros, autrement dit, la pulsion de communauté, d’être ensemble, de fusionner en un tout.

Ces deux pulsions opposées sont, selon lui, en guerre permanente, ou en double contrainte, dont l’issue est indéterminée, si toutefois il y en a une. Cette lutte dans la culture entre la vie et la mort, l’amour et la haine, la fusion amoureuse et le meurtre prédateur, Freud l’a toujours envisagée, à l’échelle du moi, comme une ambivalence fondamentale des sentiments de l’individu. Mais dans ce texte où il analyse les ensembles humains, il considère ces deux pulsions comme séparées ou séparables qui, en lutte l’une contre l’autre, pourrait aboutir, à la toute fin, soit par l’autodestruction de la culture humaine soit par la victoire d’Éros, autrement dit, culturellement, par une communauté idéale ou les conflits interculturels ne seront plus fondés sur la conquête et les massacres mais par des lois et des discussions.

Je développerai ces points plus tard, mais je voudrais ici apporter ma participation à ce débat. Pour ceux qui ont des difficultés à envisager la culture humaine sous cet angle, je voudrai les inviter à revoir ou à voir, pour les plus jeunes, les films des discours du « petit peintre viennois » devant la foule des nazis rassemblés. Ce que Freud n’avait fait que penser, s’est hélas passé dans le pays même où il l’a écrit et, ironie du sort, dans la ville qui deviendra le « nid d’aigle » d’Hitler: Berchtesgaden. Il se pourrait même que ce dernier ait lu ce livre que Freud écrivit en 1929. Mais revenons à la mise en scène nazi pour montrer comment une foule humaine, culturellement la plus avancée d’Europe, fusionne; des dizaines de milliers de bras se levant ensemble et criant à l’unisson. L’accord, l’entente, l’harmonie, l’unanimité, qui n’en a pas rêvé. Qui d’entre nous? Pourtant, nous ne pouvons plus ignorer maintenant où cela nous conduit. Mais nous n’apprenons décidément rien de ce qu’il faudrait. Alors, dès qu’une foule crie à l’unisson, fuyez ou criez avec les autres! Mais, si vous ne savez pas ce qui se passe, demandez-vous toujours, au moins, contre qui cette fusion se forme! Non pas pour quoi ou pourquoi elle se forme, car cela est secondaire.

Eh bien! Voilà donc comment cette fusion ne peut que se réaliser! Un Tribun exhorte la masse devant lui, donc, un tyran, donc l’unisson, donc la soumission, donc la fin de la pensée individuelle pour les membres fusionnés, érotisés aurait pu dire Freud, en échange de la satisfaction de l’autre pulsion, autrement dit par la promesse de l’agression-destruction de cet « Autre » mythifié. Que ce soit dans les foules hystérisées où dans les plus petits groupes terroristes ou idéalistes, il y a toujours, un chef et un seul mode de penser et en échange de cette soumission fusionnelle, la promesse d’un monde meilleur et/ou purifié par le meurtre de quelque « Autre » ensemble humain, aussi indifférencié et fusionné qu’ils s’imaginent eux-mêmes, mais représentant la proie.

Mais le plus important encore est que nous voyons par là comment les deux pulsions fondamentales se retrouvent ensemble par la guerre. Ni Éros, ni la pulsion d’agression ne peut gagner seule. Mais elles gagnent ensemble, provisoirement bien sûr, dans la guerre contre cet « Autre ». Ce qui veut dire que l’humanité culturelle ne connaîtra jamais la paix d‘Éros. Car la paix d’Éros exige en échange de l’obéissance et de la perte du moi, la compensation de la jouissance du meurtre collectif.

Aussi juste, compte tenu de l’histoire de la culture occidentale, que cela paraisse, j’ai quand même le sentiment que Freud s’adressait surtout à cette fraction de l’humanité qu’il connaissait bien. Car il y a nombres d’exemples qui montrent que des hommes d’autres cultures soient bien capables de vivre en paix, sinon perpétuelle, du moins en général. Ce qui n’est pas notre cas depuis 25 siècles. Je comprends que tout cela est un peu bref pour être satisfaisant. Mais la discussion est loin d’être close car le problème est toujours d’actualité.

En effet, l’invention des dieux et des nombres nous a rendus fous de puissance. Nous avons fini par oublier que nous sommes issus et inclus dans la nature. Aujourd’hui, la technologie issue de ces nombres par la mécanisation de la pensée d’abord puis des choses, les robots, les automates divers que nous appelons « intelligents », nous font peur car nous aimons nous faire peur nous-mêmes de notre propre incapacité à maîtriser notre désir total de maîtrise. Cette idée de toute-puissance est conforme à nos mythes religieux mais curieusement, ceux qui s’en sont émancipés se sont aussi approprié l’idée. Pourtant, ces scientifiques, comme ils se nomment, pensent bien que nous sommes issus et inclus dans la nature de la surface terrestre, et non posés là par quelque dieu. Alors comment peuvent-ils inclurent dans leurs explications qu’une des espèces animales aient pu engendrer l’idée — je ne parle pas des outils — que cette espèce, la nôtre, pouvait tout expliquer, tout comprendre, avec le temps et la technologie; autrement dit, comment ne se rendent-ils pas compte que cette idée revient à dire que la nature aurait engendré un animal particulier, destiné à la comprendre, à l’expliquer? Cette folie peut se comprendre de la part des croyants mais de la part des non-croyants cela montre qu’ils n’ont pas cessé de croire. Ils ont introjecté dans leur inconscient l’ancien dieu antique tout-puissant projeté dans l’ailleurs inaccessible de la transcendance, ils se sont appropriés sa toute-puissance, et ils se croient maintenant eux-mêmes les dieux de la nature. Ils sont eux-mêmes devenus fous. Nous sommes devenus fous, notre culture ne repose plus que sur la domination de la domination. Partout! Nous sommes devenus le cancer de la surface terrestre pour tout le vivant et même pour la part du minéral dont nous sommes issus. Qui va nous soigner de cette folie autodestructrice?

Nous sommes passés progressivement de la croyance au dieu créateur non pas à l’incroyance mais à une nouvelle croyance, celle de notre toute-puissance par introjection de notre antique projection de nos dieux-désirs-de-toute-puissance. Finalement, nous assumons aujourd’hui notre toute-puissance infinie, autrement dit notre folie collective.

Jacques Jaffelin, janvier 2019


[1] Rappelons que Kultur en allemand rassemble en un seul terme, les concepts de culture et de civilisation que le français académique distingue par erreur ou par illusion, je ne sais pas, mais cette distinction n’est pas souhaitable.

 
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