Archives mensuelles : janvier 2009

USA, Russie, Royaume Uni, Chine, France, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord, Iran… et après?

Appel pour construire un droit global réellement démocratique

La nécessité d’un droit démocratique

Souvenons-nous, au moment de l' » affaire du Golfe « , certains nous avaient promis un  » nouvel ordre mondial  » qui devait, après la fin du communisme et du conflit Est-Ouest, redéfinir les relations entre les États. Et l’un des arguments souvent invoqué pour justifier l’envoi des troupes américaines et occidentales au Proche-Orient est que, selon les experts, Saddam Hussein posséderait la bombe nucléaire dans trois ans.  » Il faut empêcher la dissémination nucléaire  » entendait-on. Il y aurait donc ainsi, à tout jamais, des États majeurs, adultes, responsables, qui posséderaient la bombe et d’autres, mineurs, frivoles, au comportement erratique et imprévisible, qui ne devraient jamais la posséder. Cet argument est fallacieux et stupide.

En effet, un jour ou l’autre, chaque État, du moins ceux qui le désirent, et pas seulement L’Iran aujourd’hui, désireront posséder la bombe et finiront par la posséder. L’argument avancé ne considère le problème qu’à très court terme et celui-ci se reposerait nécessairement plus tard dans les mêmes termes. Je pense donc plutôt que nous n’avons pas suffisamment réfléchi sur ce que signifie vraiment l’arme nucléaire, comme technique, et surtout comme changement, comme information, dans l’évolution de l’humanité, et de son effet sur les relations entre les États.

Tous les stratèges se sont accordés pour dire que la guerre « chaude », c’est-à-dire la vraie guerre, a été empêchée, entre l’URSS et les États-Unis, grâce à l’équilibre des forces de destruction; ce qu’on a appelé souvent l' »équilibre de la terreur ». La possession de l’arme nucléaire est donc apparue nolens, volens, comme la garante de la paix. Or que se passe-t-il aujourd’hui? Seuls les grands États et ceux qui ont le soutien de ceux-ci possèdent cette arme. Les autres, non! L’Irak, par exemple, d’aucuns l’avaient souligné, ne possédait que « l’arme nucléaire du pauvre »: l’arme chimique. Cette arme a été créée et vendue volontairement par les grands États pour alimenter le commerce des armes en direction des pays « mineurs ». Et les conflits armés classiques qui se déroulent aujourd’hui sur la planète sont tous entretenus, nourris, voire fomentés, directement ou indirectement, par ces mêmes États, fabricants et marchands d’armes.

Tout ceux pour qui cette crise était essentiellement le résultat de ces activités ont commencé par proposer d’y mettre fin sous peine de courir à la catastrophe. On pensait donc à limiter de plus en plus la production d’armes et leur vente.

Cependant, il y a une autre raison bien plus fondamentale qui milite dans le sens du désarmement classique: c’est qu’aujourd’hui aucun État ne peut plus espérer en conquérir un autre. Le Viêt-nam et l’Afghanistan hier et aujourd’hui, par exemple ont inauguré cette vérité aux grandes puissances. Et les autres États qui se font la guerre n’aboutissent qu’à échanger indéfiniment des bombes et des munitions classiques vendues par les États producteurs, tandis que les ressortissants de ces derniers comptent les adolescents (pour ne pas dire les enfants) qui meurent sur les champs de bataille pendant les nouvelles télévisées entre la poire et le fromage. Ce fut le cas pour la guerre entre l’Irak et l’Iran, ça l’est encore pour les conflits en cours au moyen-orient. Le « coup » du Koweït et l’intervention qui s’ensuivit valident également cette analyse ainsi que la seconde guerre d’Irak lancée par la triste équipe de Georges W Bush et la récente intervention désastreuse du gouvernement israélien à Gaza.. Mais le problème de l’armement nucléaire se pose de nouveau et continuera de se poser malgré les déclarations tonitruantes et hypocrites après chaque réunion des représentants des États signataires du traité de non prolifération des armes nucléaires. N’oublions pas en effet que beaucoup d’entre eux refusèrent de signer le traité tant qu’ils ne possédaient pas la bombe eux-mêmes (et ce fut encore le cas de la France lorsque le Président français, Jacques Chirac, décida la reprise des essais nucléaires).

Comment, dès lors, s’en sortir? Et, surtout, comment empêcher que cela se reproduise à nouveau, comme certains l’envisagent déjà contre l’Iran? Pour éviter les impasses, les morts inutiles et les hypocrisies, nous devons poser le problème de manière beaucoup plus vaste, et à plus long terme.

L’arme nucléaire après Hiroshima

Si l’arme nucléaire, en tant qu’arme « absolue », c’est-à-dire, d’un point de vue stratégique, de dissuasion globale, a été un facteur de paix dans l’ancien conflit Est-Ouest, elle le sera tout autant dans le nouveau conflit qui se développe actuellement et qui est bien, quoique l’on fasse tout son possible pour l’ignorer, un conflit entre les États industrialisés, producteurs d’armes « classiques » dont ils ne se servent pas et vendeurs de celles-ci, et les autres États, demandeurs, acheteurs et utilisateurs de ces armes; conflit qui est donc aussi, plus généralement, celui des États « mineurs » contre les États « majeurs ».

Or on ne peut quand même pas vendre des armes pendant des années à quelqu’un et faire l’étonné lorsqu’il décide un jour de s’en servir. C’est pourtant ce que les responsables ont fait avec Saddam Hussein. Cette hypocrisie aurait du justement trouvé sa limite avec l’affaire du Koweït. C’est du moins ce qu’on aurait pu penser en 1991.

La seule manière de sortir de cette impasse me semble être la suivante. L’arme nucléaire devrait être considérée comme étant aux représentants des États – sur le plan mondial – ce que le droit de vote est aux citoyens dans un État démocratique. Elle serait la garante de l’égalité de droit entre les représentants des États, condition sine qua non à l’établissement d’un « nouvel ordre mondial » démocratique. On ne peut pas, en effet, construire ou envisager un nouvel ordre mondial démocratique si, dans le concert des représentants des États, il y a des voix qui valent plus que d’autres; s’il y en a, comme le disait George Orwell, « qui sont plus égaux que d’autres ». Or c’est précisément ce qui se passe actuellement à l’ONU. Le droit de veto des représentants des grandes puissances, membres permanents du Conseil de Sécurité, est analogue, mais sur le plan international, au suffrage censitaire tel qu’il était pratiqué au XIXe siècle dans nos pays. C’est pourquoi, dans la guerre qui vient, le problème n’est pas de se demander si certains pays vont exercer leur droit de veto ou non. Car l’ONU n’a actuellement aucune légitimité. Une organisation mondiale ne peut être légitime que si elle est démocratique c’est-à-dire déhiérarchisée. Notre tâche, comme citoyen du monde est d’en construire une.

Il est facile de considérer ces propositions comme une folie, en invoquant que si n’importe quel représentant d’État disposait de la bombe, le monde entier se retrouverait à la merci des dictateurs et du premier fou venu. Mais, d’une part, on a suffisamment constaté maintenant, que le fou ne vient pas toujours d’ailleurs, d’autre part, de quel droit peut-on bien invoquer pour interdire à d’autres ce que l’on considère soi-même comme une nécessité absolue pour préserver sa sécurité, enfin que ce droit serait attribué au nom d’un réel droit démocratique et uniquement par ceux qui le mettent en pratique? Mais cela ne donne aucune garantie quant à l’avenir; une dictature peut très bien se mettre en place en Europe et même, pourquoi pas aux USA. Qui pourrait garantir le contraire? En fait le droit dont on se réclame ici n’a rien à voir avec le droit. Il s’agit du fait de la force. Passons donc outre ce que ces propos renferment de mépris et de suffisance de la part de ceux qui les prononcent, pour repenser plutôt à ce qui s’est passé depuis Hiroshima. Car ce sont les bases mêmes de la civilisation qui se sont retrouvées modifiées avec cet événement. Et, depuis, nous n’avons pas encore vraiment enregistré ce bouleversement, malgré les exhortations répétées d’Arthur Koestler, par exemple. C’est comme si, après Copernic, nous vivions encore avec l’idée que le Soleil tourne autour de la Terre. Plus précisément, les arguments avancés sont alors les mêmes que ceux qui étaient invoqués lorsqu’il s’agissait de refuser d’accorder le droit de vote aux pauvres, aux ouvriers ou à la « canaille » au XIXè siècle, et aux femmes au XXè; cela, non pas seulement par mépris aristocratique des personnes mais, surtout, par défense des privilèges. Ceux qui manient la « puissance » n’aiment pas que les autres s’arrogent leurs prérogatives. En cela, ils rappellent l’Église qui, comme chacun sait, n’était pas du tout étrangère aux violentes méthodes de répression, mais qui voyait, du temps où d’autres la concurrençaient, une atteinte à ses privilèges.

Par ailleurs, autre hypocrisie, c’est précisément la vente systématique d’armes classiques aux États juridiquement « mineurs » nucléairement à l’ONU actuelle, par les États démocratiques, qui contribue à maintenir en place les dictateurs locaux. Mais le processus de démocratisation a une logique, qui n’est justement pas une « logique de guerre », pour reprendre une expression malheureuse, mais une logique de l’accroissement des droits; mais cet accroissement des droits ne peut se fonder sur le droit international actuel, qui est précisément injuste et donc, un non-droit. Car le droit repose, par définition, sur l’égalité de ceux qui l’acceptent volontairement. Les Droits des individus humains reposent sur l’égalité de ces derniers. Le droit des représentants des États reposera aussi sur leur égalité. De ce point de vue, il est donc tout autant illégitime aujourd’hui que les voix des représentants de l’Irak, du Koweït, d’Israël, de la Palestine, d’Haïti, du Nicaragua, par exemple, valent moins à l’ONU que celles des représentants des États-Unis, de la Russie, de la Chine, etc. Que valaient celles des ouvriers et des femmes, il n’y a pas encore si longtemps, vis-à-vis de celles des bourgeois et des hommes dans nos pays, ou que celles des Noirs en regard des Blancs aux USA, en Afrique du Sud, il y a encore peu?

Le « nouvel ordre mondial » dont tout le monde parlait au moment de la crise du Golfe avec raison, ne pourra, ne devra, donc plus être le droit du plus fort, voire de quelques plus forts. Si nouvel ordre mondial il doit y avoir et si, a fortiori, celui-ci devait être conduit sous l’impulsion des représentants des États démocratiques, il ne pourrait reposer que sur l’application des principes démocratiques et donc sur l’égalité des droits des représentants de chaque État dont les citoyens jouissent eux-mêmes, bien sûr, de ces mêmes droits.

La démocratisation doit se poursuivre!

L’humanité s’est, au cours de son développement, tour à tour constituée en familles, en clans, en villages, en nations puis en États modernes (il y eut des États-cités dans l’antiquité et presque jusqu’au XIXè siècle en Europe, puis des États-nations mais les États modernes sont tous polynationaux car constitués de citoyens (terme retenu par l’histoire bien qu’impropre) issus de nations différentes; un État-nation est aujourd’hui une aberration[1] dont on a pu mesurer les dégâts depuis le nazisme. Nous admettons que ce que l’on nomme démocratie constitue un processus qui repose sur l’égalité juridique des citoyens de ces États. Ces droits s’expriment, au niveau politique, par exemple, par le suffrage universel: technique de représentation légitime, de transformation des modes de gouvernements et de choix des gouvernants. Si, comme l’on s’accorde à le dire, l’ONU est l’embryon du processus de représentation mondiale des individus regroupés en États, celle-ci doit s’engager à respecter le principe fondamental de toute démocratie: un homme, une voix; en l’occurrence alors, et à ce niveau: un représentant d’un État, une voix. Car les États, les nations, les cités, les associations, les familles, ne sont pas des classes d’objets mathématiques ou un catalogue des catalogues, ce sont des abstractions que nous construisons pour signifier des relations entre des individus humains et, en ce sens, ces ensembles ne constituent nullement des hiérarchies que l’on peut classer dans un ordre de valeur. Songeons que les États, les nations, la cités, et ainsi de suite, ne se rencontrent jamais, ne nouent jamais de relations (contrairement à ce nous disons abusivement et symptomatiquement); les individus, qu’ils soient chefs d’État ou touristes, oui! Ce point constitue la pierre angulaire de cette perspective. Et c’est pourquoi il me semble nécessaire de dire « relations entre les représentants des États » et non pas, comme on le fait quotidiennement, ce qui constitue justement une source de regrettable confusion, « relations entre États ».

Par ailleurs, en démocratie, aucun citoyen ne doit utiliser une arme pour résoudre les conflits avec son voisin; car aucun ne doit rendre la justice lui-même. Mais comme un État n’est pas un individu, la seule manière de rendre les États égaux sur le plan de la représentation, c’est-à-dire la seule chance de mettre fin au conflit armé entre les États comme mode systématique de règlement de leurs discordes, c’est que les représentants de chacun d’entre eux dispose de la même puissance, de la même force de négociation et de dissuasion. C’est en ce sens que l’arme nucléaire devra être aux représentants des États soumis au droit international, ce que le suffrage universel est aux citoyens dans les États démocratiques.

Une autre évidence nous incite à formuler une telle proposition. L’arme nucléaire est là; on ne peut pas davantage la désinventer que l’ordinateur, le marteau ou la bicyclette. Vouloir « empêcher » définitivement sa diffusion, par un accord « mondial », relèverait de la même illusion que si l’on avait voulu empêcher, au XIXè siècle, la propagation de la machine à vapeur et aujourd’hui d’Internet. Croire que cette technique restera éternellement dans les caves des plus forts est une idiotie. Tôt ou tard, le problème se posera dans ces termes. Il vaut donc mieux le résoudre le plus tôt possible avant que des morts inutiles ne jonchent les vieux champs de bataille.

Un autre point, complémentaire du précédent, est le droit de citoyenneté des immigrants dans les pays riches, et plus précisément leur droit de vote. On entend dire: « les gens ne sont pas prêts! » Mais les experts mondiaux non plus n’étaient pas prêts, en 1989, pour la chute du mur de Berlin, et encore moins pour l’unification de l’Allemagne, et pour la fin du communisme, et pour l’élection d’un président non-blanc aux USA, etc. Personne n’est d’ailleurs vraiment prêt pour le nouveau! Le « nouvel ordre mondial » ne pourra pas davantage reposer sur la division du monde en citoyens « majeurs », riches, ressortissants des pays industrialisés, et en vagabonds « mineurs » et pauvres, ressortissants des autres. Car alors, notre démocratie ne vaudrait pas davantage que celle des anciens Grecs, avec les citoyens bénéficiant du droit de vote et avec des métèques et des esclaves qui n’en jouissaient pas. Le mépris des immigrants et leur statut de « métèques » reposent essentiellement sur le fait que les États auxquels ils ressortissent sont aussi les « métèques » de l’ONU. L’énorme injustice de cette situation se perçoit d’autant plus que si les immigrants des pays « majeurs » venaient tous d’États « majeurs », la question de leur droit de vote et de leur citoyenneté ne se poserait même pas.

Comment ne pas se rendre compte que c’est sur cet amoncellement d’injustices, voire de mensonges, que nous éduquons nos jeunes. Et nous ferons semblant d’être offusqués lorsqu’ils viendront, bientôt, nous demander des comptes sur le monde que nous leur avons présenté. A l’échelle de l’humanité poursuivant sa course, il n’y a pas de crimes impunis.

Au vu de ce qui précède, j’appelle les représentants des États qui se réclament de la démocratie et tous les citoyens du monde à poser les bases d’une organisation mondiale réellement démocratique et à se prononcer sur le projet suivant:

Projet de déclaration des droits universels des individus,

se regroupant en famille, en associations, en cités, en nations et en États,

par une Assemblée des Représentants des États Démocratiques

Considérant:

1. que la notion de personne humaine s’applique au processus allant de la naissance à la mort de l’individu (la notion de naissance s’applique strictement à l’accouchement qui marque l’entrée de l’individu dans le monde humain; on ne la confondra donc pas avec la notion de vie, à laquelle tout idée de commencement est purement arbitraire: l’embryon est vivant, mais les gamètes le sont tout autant et ainsi de suite)

2. que les droits reposent sur l’égalité de ceux qui acceptent volontairement

3. qu’aucun de ceux qui acceptent les droits ne peut les modifier sans l’accord des autres selon des modalités à définir;

4. qu’aucun ne doit appliquer les droits pour lui-même mais s’engage à observer les décisions de l’exécutif reconnu par tous et améliorable à tout moment selon des modalités à définir;

5. que tous ceux qui ont accepté les droits s’engagent à les respecter et à contribuer à en créer de nouveaux;

6. que les individus se groupent en familles, en associations, en cités, en nations et en États;

7. que chaque nation qui compose un État doit être représentée dans l’État selon des modalités à définir; et ainsi pour les cités, les associations et les familles;

8. que seuls les États sont reconnus comme étant actuellement la dernière unité de regroupement des êtres humains;

9. qu’un ensemble d’États n’est pas un État et ne peut donc avoir ni place ni représentation dans cette constitution;

l’Assemblée des Représentant des États démocratiques transformée en Assemblée Constitutionnelle demande donc la dissolution de l’ONU qui reposait sur la division des États en deux classes inégales: la classe des membres permanents du Conseil de Sécurité d’une part, et tous les autres d’autre part. Le nom proposé pour la nouvelle Assemblée est: Assemblée des Représentants des États.

Article 1

Seuls les individus naissent, pensent, éprouvent du plaisir, souffrent et meurent. Il ne peut y avoir de droits supérieurs à ceux reconnus aux individus qui sont donc, par principe, inaliénables; les droits des familles, des associations, des cités, des nations et des États leur sont subordonnés et non l’inverse.

Article 2

L’égalité des représentants des États dans l’Assemblée s’exerce selon le principe du suffrage universel: un représentant d’État, une voix.

Article 3

La garantie de cette égalité sera la possession par chacun des représentants d’États qui le désire de l’arme de dissuasion générale.

Article 4

Aucun État n’est autorisé à fabriquer et à vendre des armes à un autre. La seule arme autorisée reste l’arme de dissuasion générale fabriquée, entretenue et distribuée sous le contrôle de l’Assemblée des représentants des États selon des modalités à définir.

Article 5

L’Assemblée des représentants des États n’est pas elle-même un État. C’est l’humanité qui poursuit sa marche, en conséquence:

Article 6

Le nombre d’États ne peut pas davantage être fixé une fois pour toutes que le nombre de nations, de cités, d’associations, de familles et d’individus. L’Assemblée des représentants des États examinera donc toute demande de constitution d’État de la part d’un ensemble de nations. Mais une nation ne pourra pas davantage constituer un État que ne pourra le faire une ville, une association ou une famille. A l’inverse, toute nation pourra faire valoir ses droits de représentation au sein de chaque État selon des modalités à définir.

Article 7

Une nation est un ensemble humain qui se reconnaît comme distinct à l’intérieur d’un État soit par la langue, soit par la tradition, soit par le territoire, ou encore par toute autre différence ou ensemble de différences qui pourrait être invoquée et reconnue. Les concepts d’ethnie, de minorité nationale, de nationalité et de peuple, sont remplacés, dans leur usage légal, par celui de nation.

Article 8

Les droits des individus sont garantis par l’Assemblée des représentants des États. Aucun individu ne peut être inclus sans son consentement dans un ensemble qui ne lui convient pas (famille, association, ville, nation, État et Assemblée des représentants des États).

Article 9

Nul ne pourra invoquer un quelconque  » intérêt supérieur  » d’un État pour bafouer les droits des individus, des familles, des associations, des cités et des nations qui le composent. En conséquence, l’Assemblée des représentants des États interviendra à l’intérieur des États pour faire respecter les droits des nations, des cités, des associations, des familles et des individus qui les composent selon des modalités à définir.

Article 10

Une fédération d’États n’étant pas, par définition, un État, celle-ci ne peut avoir aucune existence légale dans l’Assemblée des représentants des États.

Article 11

Les Représentants de chaque État à l’Assemblée des représentants des États seront élus au suffrage universel.

Article 12

Un État qui ne reconnaît pas de nations en son sein n’est pas un État mais une nation ou un ensemble informel de nations et est, dès lors, convié à se regrouper avec d’autres nations pour constituer un nouvel État.

Article 13

L’Assemblée des représentants des États siégera, régulièrement selon des fréquences et des durées à définir, et exceptionnellement selon les exigences et les circonstances dès lors que des membres le demanderont selon des modalités à définir.

Article 14

Tout État désireux de s’assembler avec un ou plusieurs États cesserait du même coup d’être un membre de l’Assemblée des représentants des États pour devenir un ensemble de nations au sein du nouvel État.

Article 15

Nul ne pourra invoquer la notion, par définition illégale eu égard des droits, de « rang » pour justifier ou s’octroyer un quelconque privilège dans l’Assemblée des représentants des États.

Article 16

Le seul « rang » reconnu d’un État par l’Assemblée des représentants des États est la qualité de la démocratisation que l’on y constate. En conséquence, sa taille ne devra être ni trop grande afin de pouvoir assurer une administration humaine qui garantisse les droits de tous les individus qui le composent, ni trop petit afin qu’il puisse reconnaître l’existence des nations en son sein.

Article 17

Les droits inaliénables des individus, en plus de ceux déjà reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, sont les suivants:

1. Le droit à avoir au moins un parent ou un tuteur;

2. Le droit de se nourrir;

3. Le droit de s’éduquer;

4. Le droit de travailler;

5. Le droit d’accès aux soins médicaux;

6. Le droit à une vieillesse décente;

7. Le droit à une mort décente;

8. Le droit de proposer de nouveaux droits.

Article 18

Les modalités d’amendements ainsi que de propositions de nouveaux droits devront être définies et elles-mêmes améliorables.

Jacques Jaffelin, citoyen du monde


[1] Voir l’article suivant sur le site à la rubrique « Publications, Bulletins de Recherche: Nationalismes, génocides, « purifications ethniques », intégrismes, racismes, etc. Propositions pour une nouvelle perspective dans l’intelligibilité et la résolution des drames actuels.

Pour une nouvelle éthique

De l’information à l’informotion, à propos de l’usage du concept d’information

Depuis l’ouverture de ce site et la publication des ouvrages qui y sont référés bien des choses ont changé. Le monde humain est au seuil d’une transformation qui pourrait bien, selon les décisions que nous allons prendre maintenant, modifier notre sort en tant qu’espèce; soit nous allons être capable de poser rapidement les bases d’une socialisation globale fondée sur les droits humains mondialisés en déhiérarchisant tout ce qui compose notre monde (individus, nations, états, cultures, espèces vivantes et ressources) bref, un processus de démocratisation mondiale, soit nous nous condamnerons à nous détruire nous-mêmes, mais non pas, comme certains le pensent, à détruire la planète voire la nature qui nous survivra sans problème.

Dans cette première édition j’ai jeté les bases d’une nouvelle logique, d’une nouvelle manière de penser notre monde. J’y ai proposé un certain nombre de principes pour sortir des impasses dans lesquelles je nous voyais engagées. Il s’agissait de tout repenser d’une autre façon. La notion que j’avais décidé d’utiliser à l’époque était celle d’information issue des conférences Macy’s qui se sont tenues à New York dans les années cinquante. Ces premières conférences multidisciplinaires donnèrent naissance à la cybernétique et à la théorie de l’information qui allaient bouleverser la plupart de nos sciences, de la biologie à la psychiatrie. En poussant cette nouvelle logique, fondée sur les notions de système et d’autorégulation, aussi loin qu’elle semblait l’autoriser, je me rendis compte qu’elle engendrait les paradoxes dont je proposais de sortir dans ce livre. Le nom que je donnais à cette nouvelle mouture de la théorie de l’information fut alors théorie de l’information générale.

Seulement, entre-temps, le concept d’information est devenu la tarte à la crème des publicitaires, des managers de tout poil et de certains chercheurs dont le métier consiste surtout a répéter ce que tout le monde sait déjà ou a rendre désirable ce qui est vécu comme obligatoire. Alors, la théorie de l’information générale était forcément destinée à être non seulement incomprise mais un complet malentendu. Comme ce que je proposais était une refonte éthique et paradigmatique de cette notion, tout cela est tombé à l’eau. Je me suis trompé en voulant changer le sens d’un concept aussi furieusement utilisé et malmené que celui-ci et de celui qui lui est associé comme d’un jumeau qui ne le quitte jamais: information-communication.

Dans l’axiomatique que je proposais alors – dont j’ai écrit plus tard une nouvelle version qui sera aussi accessible en ligne – j’écrivais que les impasses et les paradoxes que nous constatons aujourd’hui dans nos sciences proviennent de la séparation que nous avons faite, depuis Galilée, Descartes et Newton, entre la forme et le mouvement avec l’invention des concept d’inertie, d’espace vide et de temps comme répétition du même et non comme durée (comme dirait Bergson) qui implique un processus créatif, irréversible et imprévisible. La dissociation, le clivage de ces deux concepts a permis le formidable essor de la mécanique – au sens large du terme – et de toute la technologie actuelle. Mais c’est aussi par ce paradigme que nous avons mécanisé nos esprits, les êtres humains, les êtres vivants, le monde, a peu près tout. Les composants même de nos cellules se sont trouvés réduits à l’état d’objets mécaniques manipulables comme des briques, plus ou moins remplaçables et modifiables pour nourrir les rêves ou plutôt les cauchemars que certains voudraient nous préparer: une vie sans souffrance, sans maladie, sans émotion et sans plaisir voire sans mort. Heureusement pour nous, tout cela ne sont que des fantasmes de scientistes fous en quête de la « vie » éternelle. Ils n’ont pas encore compris, bien que biologistes, que la vie est un mode de succession de phénomènes que l’on appelle générations. Le fait que chez les êtres humains, il peut coexister deux, trois, voire quatre générations aujourd’hui, ne remet pas en question le principe de la vie qui est que tout être vivant a une durée et donc un fin nécessaire.

Et pendant ce temps, la seule perspective que l’on offre aujourd’hui aux adultes et à nos enfants est de se débrouiller comme ils peuvent pour réussir à gagner beaucoup d’argent dans la seule perspective d’acheter de plus en plus d’objets clonés pour éviter que tout s’arrête. Et tandis que certains disent: « le monde est dans une crise grave », d’autres commencent à se demander: « Et si justement on arrêtait… de consommer compulsivement pour soulager notre angoisse devant ce monde en perdition pour prendre le temps de le repenser et inventer d’autres voies d’humanisation et de socialisation ». Pour cela il faudrait cesser de présenter l’économie comme autre chose que la science des ânes et reparler de l’économie politique et de sa critique. La question qui nous vient immédiatement est: est-ce encore possible?

Mais je reviens au concept d’information-communication. Je me rendis compte aussi que ses glissements sémantiques n’étaient que des avatars du principe d’inertie du paradigme cartésien-newtonien dont je parlais plus haut. En effet l’information-communication dans la théorie de Shannon et Weaver est représentée comme des quantités ou des valeurs numériques destinées à se déplacer dans l’espace sans changer de forme, comme les paroles qui passent d’un récepteur à l’autre dans une conversation téléphonique. Tout ce qui faisait changer de forme le signal fut appelé bruit. Éliminer le bruit du signal, du message, devint le grand défi du monde. Ce faisant on oubliait tout le « bruit » de la transformation du monde humain que la généralisation du téléphone et des media électroniques qui allait suivre (télévision, mobile, Internet, etc.). Ainsi, plus on développait les moyens de communication, plus le monde humain changeait et moins nous communiquons (au sens de la théorie, et c’est tant mieux) mais, par contre, plus nous mettions en commun, cette fois à l’échelle du globe, des moyens pour nous rencontrer (les media en général) et plus le monde devint assourdissant; mettant ainsi en évidence qu’il n’existe aucun but que les moyens (media) mis en œuvre pouvaient atteindre. Ce qui rend justice en passant à Marshall McLuhan qui nous avait déjà averti que le « message c’est le medium » lui-même, ce que personne n’a voulu vraiment saisir, tellement nous étions encore persuadés qu’il y avait des « messages à faire passer » (ce à quoi rêvent toujours nos publicitaires) au lieu d’un monde humain à construire. On peut donc aussi, désormais,comprendre tout ceci autrement: la communication c’est la mondialisation de nos créations, le processus qui conduit à rendre commun (communiquer) nos media, c’est-à-dire nos créations techniques et autres; et l’information c’est le processus de changement humain que cela engendre.

Mais, dans la théorie de l’information classique (celle de Shannon, adoptée par la biologie, les sciences cognitives, les sciences politiques, etc. ), informer ou communiquer ne pouvait signifier autre chose qu’une certaine entité passant d’un endroit à un autre tout en restant identique (sans bruit); principe d’inertie qui s’énonce en physique moderne: invariance par translation d’espace. C’est évidemment, appliquer à la socialisation, le rêve de tous les tyrans: faire rentrer, par tous les moyens (de communication justement), dans le cerveau de tous ce qu’il veulent qui y soit. On voit que le concept de communication ici ne signifie pas rendre commun à tous, mais agitation et propagande. C’est pourquoi nos politiques, nos publicitaires et nos chercheurs spécialistes ne pensent qu’à « communiquer ». La théorie de l’information générale proposait une acception toute différente. Il signifiait le processus créatif, irréversible, imprévisible, de complexification et d’accélération croissantes de notre monde. Il fallait donc finir par y renoncer et envisager un autre concept. Pour montrer que l’on ne peut concevoir la forme sans le mouvement qui va avec, je propose aujourd’hui le terme d’informotion (forme-motion). Cela permet de saisir dans un même élan de pensée le processus de formation (le processus évolutionnaire des formes) ET de motion (le processus évolutionnaire des mouvements de ces formes). Cela nous permet aussi de saisir chacune de nos conceptions non comme des entités closes (La Vérité, l’Amour, le Monde, l’Histoire, la Démocratie, le Code Génétique, Les Particules élémentaires, la Gravitation, etc.), ainsi que la métaphysique et la philosophie en sont coutumières depuis 25 siècles avec la plupart de nos sciences actuelles, mais comme des processus en cours.

La notion d’informotion nous invite donc a réinterpréter le monde que nous créons et dont nous sommes en partie responsable devant les générations futures. Beaucoup de nos valeurs sûres seront ébranlées dans cette tâche. Par exemple, l’une d’entre elles, les mathématiques, en tant qu’application de la théorie des nombres, ne nous servira plus à rien d’autre qu’à construire des objets finis; ceux-là même qui nous asphyxient et auxquels nous devrons renoncer, mais aussi d’autres qui nous seront plus utile. Mais les mathématiques sont impuissants, par définition, à saisir la durée, l’imprévu, bref la « formation » et la « motion » réunis comme processus créatif imprévisible et irréversible qui est notre monde. Ils sont encore plus impuissants à nous faire réaliser l’impasse dans laquelle nous sommes et de nous offrir les moyens de changer de voie. C’est pourquoi j’ai proposé dès 1992 une axiomatique non fondée sur la théorie des nombres il en sera donné ici une version revue et corrigée. Sortir de la conception mécanique du monde et de la mécanisation de la pensée et déhiérarchiser nos concepts telle est la nouvelle éthique que je propose.

Jacques Jaffelin, décembre 2008

Poursuivre le processus de démocratisation (1)

Le processus de démocratisation est un processus de transformation de l’univers humain qui se caractérise avant tout par la diversification globale des individus (la dissolution progressive des aires géogaphico-culturelles (ethniques et raciales) et leur déhiérarchisation (l’abandon progressive des discriminations). Ce processus se développe conjointement à celui des techniques de socialisation qui l’engendrent: de l’agora des anciens Grecs à l’Internet aujourd’hui; agora numérique et globale en construction. Dans cette nouvelle agora désormais mondiale, le cours du monde humain devient ouvertement de la responsabilité de chacun. Il n’y a donc plus aucune place pour un sauveur, un messie, un César, un tribun ou un dieu, bref, pour un espoir porté sur l’un d’entre nous. Rappelons-nous le mot d’Elisée Loustalot pendant la révolution française: « les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux: Levons-nous! »

Demain ce sera l’investiture du premier président non blanc aux USA. C’est un événement important. Mais il ne faudrait pas qu’il se transforme en catastrophe. N’attendons donc rien d’autre de cette élection qu’une occasion de prendre notre sort en main. Il n’y a pas de démocratie, il y a un processus de démocratisation globale en cours.

Jacques Jaffelin