Archives mensuelles : novembre 2009

Hommage au grand homme: Lévi-Strauss, de l’égalité des vivants aux vers à farine

C’est avec de grands plaisirs et de grandes émotions que j’ai revu Claude Lévi-Strauss sur la Chaine ARTE la semaine dernière pour commémorer sa mort. Même si je n’ai pas toujours partagé ses points de vue, j’ai l’impression, maintenant, que plus il vieillissait, plus il me plaisait. Le moment dans le film qui, selon moi, résumait l’œuvre de sa vie, que je vois comme un discours passionné et un plaidoyer non seulement pour la déhiérarchisation de toutes les cultures humaines mais, il l’a répété dans ce film magnifique, la déhiérarchisation des espèces vivantes, fut lorsque, alors qu’il était chez le tailleur de l’Académie Française en train d’ajuster son costume de cérémonie avant son intronisation, un journaliste lui demandant avec malice: « que pensez-vous de vos collègues qui vous disent que ces honneurs sont dérisoires? », il répondit aussitôt: »Je ne vois pas pourquoi alors que je me suis passionné toute ma vie par tous ces rituels dans les autres cultures, je devrais les trouver dérisoires dans la mienne. » Eh oui! le journaliste en fut pour ses frais de retour; pour CLS, mettre son habit d’académicien, se peindre le visage et se parer la tête de toutes sortes de plumes multicolores, c’est la même chose. Belle leçon! Mais CLS allait bien au-delà de cette leçon d’humanisme. Car pour lui, et je partage ce point de vue, l’humanisme, tel que la Renaissance l’a conçu et qui plaçait l’homme au dessus de tout dans la nature, n’est qu’un avatar de nos mythes religieux antiques. Et c’est justement cet avatar là qui nous a entrainé, subrepticement, en trois siècles, au désastre humain, culturel, écologique actuel puisque nous nous étions octroyé le droit de prédation général non seulement sur tout le vivant, animal et végétal, mais aussi sur le règne minéral. C’est pourquoi, devenu de plus en plus pessimiste il avait fini par nous comparer a des vers à farine dans un bocal qui finissaient asphyxiés par leur propre voracité.