Archives mensuelles : octobre 2011

Le remue-méninges n’a pas encore commencé (2)

Changer la physique (2)

dogmes et paradogmes

Le dogme du principe d’inertie est le fondement et la condition sine qua non de tous les calculs en physique actuelle. Ce dogme très utile pour construire des objets mécaniques nous a cependant conduit sur le plan de l’intelligibilité théorique à une impasse. Le dogme a engendré d’autres dogmes ad hoc et, ce que nous appelons aujourd’hui la physique (physis), n’est plus qu’un jeu stérile de matrices, d’équations et de quêtes de subventions étatiques et cette stérilité coûte de plus en plus chère. Ces dogmes ou ces absolus qui nous ont conduit à cette impasse sont les suivants:

  1. Il existe des particules élémentaires, des sortes de briques, immuables indestructibles et éternelles depuis que la « barrière de Planck » a été franchie « un certain temps » après le « Big Bang ».
  2. Ces particules se présentent sous la forme de rayonnements électromagnétiques et elles se déplacent a une vitesse qui est la vitesse maximale et absolue: c.
  3. Leur déplacement obéit au principe d’inertie qui s’énonce comme une conservation de leur identité (masse, énergie ou forme) par changement d’espace. Au cours de son déplacement, l’objet ne subit aucun autre changement que le déplacement dans l’espace vide (il est inerte). Il y a donc dans la nature deux sortes d’objets: les objets inertes et les objets vivants.
  4. L’univers est composé d’un espace homogène c’est-à-dire que tous les propriétés de celui-ci sont les mêmes partout. Sans ce postulat improuvable, la physique, encore fondamentalement newtonienne aujourd’hui, est impossible.
  5. Il en est de même pour le temps qui commence avec le « Big Bang » – qu’Einstein considérait d’ailleurs comme une régression à la physique aristotélicienne qui posait que le monde avait un centre. Le fait est que si l’on considère comme la relativité générale (et non la relativité spéciale ou restreinte) que espace-temps et énergie-matière sont une seule et même chose, il ne peut y avoir ni centre ni commencement. Mais si on y regarde de plus près, cette conception est une négation flagrante du principe d’inertie, alpha et oméga du paradigme cartésien-newtonien toujours en vigueur.
  6. Entre parenthèses, il en va de même du monde vivant. La vision darwinienne fait partie du paradigme cartésien-newtonien; elle considère qu’il y a d’un côté des espèces et de l’autre un environnement avec ses niches écologiques avec des espèces qui accessoirement s’y logent pour s’y adapter. C’est d’ailleurs aussi la vision des écologistes pour lesquels l’environnement doit être préservé pour que les espèces s’y déploient sainement. Ici, les espèces et l’environnement jouent le même rôle que l’espace et les objets stellaires. Mais si on ôtait les espèces de l’environnement, il ne resterait pas l’environnement, il ne resterait rien de vivant et donc ni oxygène, ni atmosphère. Espèces et environnement sont une seule et même chose, tout comme objets stellaires/espace ou temps/espaces[1].
  7. Tous les calculs en physique des hautes énergies ne sont possibles que si ces dogmes sont admis et inversement tous ces calculs deviennent nécessairement obsolètes si ces dogmes sont récusés. On voit que ce n’est pas une mince affaire. Elle n’est cependant pas plus épaisse que le passage de la physique aristotélicienne à la physique newtonienne.
  8. La pensée humaine est destinée a énoncer les lois immuables de la nature. Autrement dit la nature aurait engendré un phénomène destiné à lui dire ce qu’elle est. Cette absurdité repose sur l’idée de transcendance issue de la philosophie cartésienne: il existe deux substances la res cogitans (la pensée, attribut du Dieu transcendant que seul l’homme partage avec lui) et la res extensa (l’ensemble des choses). Pour Descartes la pensée est séparée de la nature et pour la science moderne il en est encore de même puisque la question: qu’est-ce que la pensée dans la nature n’est jamais posé et on prend comme une évidence que lorsque nous pensons selon les canons scientifiques, nous pouvons atteindre la nature des choses. Seule la logique de l’immanence (pour la première fois énoncé par Spinoza) peut sortir de cette absurdité. Il n’y a qu’une seule substance: la Nature, infini, éternelle, sans commencement ni fin (dans les deux sens du terme). On pourrait croire que nous sommes sortis de cette transcendance après toutes les révisions du dogme cartésien dans les autres sciences, en fait il n’en est rien, et en physique fondamentale (qu’il ne faut pas confondre avec la technologie) mettre ce dogme en question serait une catastrophe que personne ne veut prendre le risque de déclencher et ça se comprend.

 Comment sommes-nous arrivés là?

Le principe d’inertie et la mathématisation de la pensée (ou sa numérisation; les nombres sont aussi immuables que les particules élémentaires) ont engendré une conception dualiste du monde physique (la physis des anciens grecs) avec d’un côté des objets éternellement identiques (les billes qui s’entrechoquent de Bateson) et de l’autre des objets vivants qui n’obéissent pas au principe d’inertie (qui pour se déplacer doivent modifier leur forme, leur énergie, leur masse. Et nous retournons sans nous en rendre compte au dualisme religieux médiéval avec le monde sublunaire soumis au péché donc au changement et le reste immuable, parfait, éternel. Et on se demande alors comment ce monde vivant, si changeant et évolutionnaire, peut bien être issu et composé d’objets fondamentaux qui ne changent jamais. Cet incohérence fondamentale a trouvé son point culminant avec l’invention du code génétique qui constituent une incursion du principe d’inertie (de l’inerte, de la mort), du monde mécanique dans le monde de la vie[2]. Nous retrouvons cet incursion dans les romans et les films de science-fiction où les objets mécaniques prennent progressivement le pouvoir sur les objets vivants. Pour entreprendre des calculs sur la nature il faut considérer qu’elle est composée comme les nombres d’objets éternels et immuables: les chiffres sont les images pensées des particules élémentaires. Dans la perspective de l’éthique informotionnelle, les objets physiques changent de forme pour se déplacer comme les objets vivants, mais d’une manière plus simple qu’eux. Pour paraphraser Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, rien ne se reproduit, tout se transforme. Les impasses actuelles de la physique ne seront levées que lorsqu’elle envisagera vraiment les transformations en renonçant au principe d’inertie y compris pour les particules élémentaires. Il n’existe pas dans cette perspective de particules élémentaires; tout objet est issu d’une transformation d’un autre plus simple.

  1. Il est aujourd’hui difficile de défendre un tel programme énoncé comme je viens de le faire, la physique n’en a cure et poursuit la quête du Graal de Higgs tandis que la biologie moléculaire, en apparence destinée à être plus souple, continue de nourrir l’illusion du tout génétique (ou le stable – l’ADN – engendre du mouvement parce qu’il ne sait pas rester stable car il ne cesse de se tromper – le gros bêta – dans sa reproduction,). Pire, cette dernière ne pense qu’à re-produire, à cloner, à faire du même et oublie que la vie et même la nature entière ne reproduit rien, mais procrée continûment. La biologie, science du vivant, a maintenant trouvé sa barrière de Planck: une molécule éternelle qui ne change pas sauf par accident. Voilà aujourd’hui le fondement de la vie: un processus qui obéit au principe d’inertie. Il n’y a dans la nature que l’homme qui soit entré, récemment tout de même depuis l’ère de l’industrialisation, dans cette autoréférence généralisée jusqu’à mettre en péril son existence même.

 

Jacques Jaffelin, octobre 2011

 


[1] Encore une fois, la notion de temps linéaire (la fameuse « flèche tu temps) que nous utilisons aujourd’hui est incohérente et absurde. Nous ne mesurons que des quantités de répétitions de mouvements cycliques (la rotation de la terre autour du soleil) et leurs subdivisions (année, saison, mois, semaine, jour, heure, minute, seconde, etc.) que nous supposons toujours constants et éternellement identiques. Il est quand même surprenant que nous déterminions l’âge de l’univers par une quantité de mouvement d’un objet quelconque qui a une certaine histoire sans parler de son évolution mais dont on ne tient pas compte du tout. C’est un peu comme si nous mesurions l’évolution des espèces en comptant le nombre de générations d’une espèce de mammifère.

[2] Pour donner un exemple de l’application du principe d’inertie dans la biologie voici ce qu’a écrit le généticien Axel Kahn, contre lequel je n’ai rien bien sûr: « Le colibacille, le brin d’herbe, la levure du boulanger, le putois, l’homme… tous exploitent depuis toujours un seul et même ADN ». Et tout cela à cause d’une succession d’erreurs (appelées aussi mutations) dans la reproduction du même ADN. Nous avons donc en nous un monde destiné à être parfait, « extra-lunaire » (l’ADN), qui ne fait qu’engendrer de l’imparfait, du sublunaire, de la vie quoi. Tragique! C’est pourtant ce qu’on enseigne à l’université. Il n’est pas étonnant que la vie soit encore considérée comme un mystère aussi profond que celui de la vierge Marie. Dans la perspective logique que je propose, la vie est la continuation d’un processus générationnel que j’appelle informotion par d’autres moyens, plus complexes et qui poursuit ainsi le processus de complexification croissante et accélérée.

Le remue-méninges n’a pas encore commencé (1)

Changer la physique (1)

Grosse chaleur dans la chambre à bulles

 

Je voudrais quand même profiter, sans grand espoir d’être entendu, de la tempête dans la chambre à bulles qui touche actuellement le landerneau de la physique pour redonner mon point de vue. Il y a plus de vingt ans j’ai publié « Le promeneur d’Einstein » pour montrer combien la physique était restée newtonienne y compris après Einstein et y compris après la Relativité Générale. La question de la vitesse absolue de la lumière ou d’autre chose plus rapide n’est pas une question relativiste mais mécanique donc newtonienne; elle impose un référentiel absolu et permet donc équations et matrices qui ont eu leurs heures de gloire que l’on ne manque jamais de rappeler pour clore le bec à ceux qui oseraient mettre les dogmes actuels en question. Rappelons quand même que les abaques de Tycho Brahé ont mis plusieurs décennies avant que leur précision dans la prévision du mouvement des astres soit dépassée par la théorie héliocentrique.

Imaginons que ces beaux dogmes tombent à l’eau et c’est toute la construction de la physique depuis Newton qui s’évanouit. Depuis Newton? Non! depuis Galilée avec le principe d’inertie? Pas davantage! depuis Démocrite avec la notion d’atome ou aujourd’hui de particules dites élémentaires, éternelles et toujours identiques à elles-mêmes, dès lors que la « barrière de Planck » est franchie, ce qui est pratique pour les calculs. Ce sont, de mon point de vue, à tous ces dogmes qu’il faut renoncer pour sortir de toutes les impasses actuelles.

Comment repenser alors notre monde. Car notre monde ne changerait pas pour autant et ce ne serait pas la première fois que nous changerions d’avis. C’était exactement le sujet du Promeneur d’Einstein[1] dans lequel je proposais l’esquisse d’un nouveau projet scientifique à partir d’un paradigme original que j’appelle maintenant l’informotion générale. Informotion (forme/motion) pour signifier l’équivalence (et non plus masse et énergie) épistémique entre forme et mouvement. Mais aussi où la notion de temps disparaît car cette dernière repose sur la séparation absolue entre durée et changement – et donc entre forme et mouvement – à l’origine du principe d’inertie: premier principe de la physique moderne, qui n’est ni observé ni expérimentable. Cet autre absolu (le temps) est également nécessaire à la physique actuelle bien qu’Einstein lui-même le rejetait (mais pour d’autres raisons que les miennes) car il la considérait comme un retour à la physique aristotélicienne. Renoncer à ces absolus exige donc une autre physique une autre manière de penser la nature, nous y compris bien sûr. Mais que l’on trouve une autre vitesse absolue et que l’on continue de courir après la chimère de Higgs, le modèle standard, le Big Bang et la barrière de Planck  et la physique continuera à enfoncer le clou là où la planche est la plus mince.

Une autre question cependant se pose: une opposition scientifique aux dogmes actuels de la physique est-elle possible, compte tenu de l’énormité des enjeux… financiers? La physique des Hautes Énergies est devenue tellement puissante, financièrement parlant, qu’il semble aussi impossible de remettre ses fondements en question sans passer par les mêmes fourches Caudines que si on osait remettre en question les fondements du capitalisme; mais dans la tourmente actuelle du monde, on peut espérer que les idées nouvelles seront davantage entendues pour lancer le débat.

 

Jacques Jaffelin, 23 septembre 2011



[1] Puis de Tractatus Logico-Ecologicus et de Critique de la Raison Scientifique.