Archives mensuelles : avril 2012

La démocratie existe-t-elle?

Comment poursuivre…

La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable, c’est un processus qui a commencé il y a longtemps au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? Les Grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun. A Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.

L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisées) qui parlent à notre place. On appelle ça la représentation mais il s’agit plutôt de la mystification. Ils prétendent prendre le pouvoir et exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore, pour l’obtenir. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus faire partie des gens du haut car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leur propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « Attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, Mao, Bonaparte, rois et princes, commissaires du peuple et révolutionnaires professionnels, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière a écrit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». En effet, ce fut en partie sur ces principes d’égalité que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.

J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual ». Et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain, le « village global » selon l’expression de McLuhan, qui s’engage maintenant dans une nouvelle voie imprévisible comme toujours d’intégration et de différenciation. Ce monde est le nôtre et il est toute notre vie. Pour certains pourtant rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouer avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défiler de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose et que nous n’en sommes pas uniquement les servo-mécanismes…

Jacques Jaffelin, avril 2012

Le capitalisme est parvenu a son niveau maximal de nuisances

De quelle dette et de quelle crise s’agit-il?

 

Depuis la première « crise pétrolière » des années 70 les pays occidentaux et les USA en premier ont compris que leur niveau de vie étaient en danger eux qui vivaient, depuis plus d’un siècle sur le pillage des richesses des autres pays du globe. Alors, étant les maîtres de la monnaie et donc du commerce ils décidèrent que leur mode de vie n’était pas négociable et ils renièrent instantanément les règles du négoce et le libre-échange qu’ils avaient imposés aux pays dont ils voulaient accaparer les richesses. Ils firent donc fonctionner la planche à billets et maintinrent ainsi artificiellement le niveau de vie de leurs ressortissants. Ils fabriquèrent de la monnaie qui ne représentaient désormais rien d’autre que la puissance de leurs armées au lieu de représenter le travail et la créativité des êtres humains. Ce n’était plus une monnaie, c’est-à-dire un équivalent général de la valeur-travail, mais un rapport de forces militaro-politique. Ils soudoyèrent ainsi leurs peuples respectifs et les transformèrent en purs consommateurs. Consommez, profitez du confort et taisez-vous nous nous occupons du reste! Mais l’arrivée sur la scène de l’histoire économique des pays appauvris et pillés ne permet plus d’entretenir cette ignominie qui reposait sur le mensonge accepté inconsciemment tant que le niveau de vie des peuples dits occidentaux se maintenait sur le dos des autres peuples. Cette époque est maintenant définitivement révolue. Voilà déjà des années que nous parlons de cette tendance inévitable à la péréquation globale du niveau de vie dès lors que tous les pays entraient dans le commerce mondiale avec les mêmes armes financières et productives; dès lors que tous les pays seraient égaux. Ce processus est en cours. Mais le nouveau bobard qu’ils essaient de nous raconter maintenant consiste à nous faire croire que nous sommes redevables alors que ce sont eux qui, sans nous consulter, ont fabriqué depuis 40 ans de la fausse monnaie. Et nous serions donc endettés. Mais envers quoi, envers qui, vraiment? Il n’y a pas de dettes, il n’y a que tromperies, mensonges et exploitations. Ainsi, en voulant faire payer les peuples de leur crime, car la fausse monnaie est un crime, ils espèrent continuer à jouer à la roulette avec notre vie. Car la monnaie c’est le sang, les larmes, le plaisir aussi des créateurs de richesses, des travailleurs. Mais de cette bulle financière, de ces énormes quantités de monnaie, qui ne sont que de la fausse monnaie accumulée elles ne représentent rien d’autres que leur bassesse et leur déshumanisation. Nous ne sommes nullement redevable de cette usurpation économique. Le capitalisme de la fusion financière a perverti tout, la monnaie, les échanges, les États, toute la créativité humaine et l’a réduit a une course insensée à la puissance virtuelle des pixels. Il a usurpé l’économie politique, trompé les peuples et notre tâche est maintenant de le réduire au silence pour rétablir l’économie réelle fondée sur la vraie valeur de l’argent: le travail humain cristallisé en équivalent général pour l’échange des biens fabriqués par tous les êtres humains sur la terre.

Nous avons donc vécu tous autant que nous sommes, certains en l’ignorant, d’autres en le sachant très bien, pendant 40 ans (sans parler de la traite des noirs et du colonialisme) avec un niveau de vie qu’on ne méritait pas et qui reposait sur le pillage et l’appauvrissement systématique des autres peuples. Si nous devons maintenant nous réveiller, nous ne devons pas oublier cela. Et ce n’est certes pas le moment pour les grandes envolées lyriques, des grandes mises en scène spectaculaires et des rêves tout éveillés. Nous avons tous du travail, nous avons à construire le monde sur de nouvelles bases: des bases égalitaires, un droit démocratique mondial. Cela constitue la véritable dette que nous avons, non pas envers « les marchés » comme ils disent, mais envers les autres nations. Et la meilleure et sans doute la seule manière de la payer est de mettre définitivement fin à l’économie capitaliste et d’inventer un nouvel art de vivre fondé sur l’égalité des peuples, les échanges commerciaux justes avec des monnaies égales reposant sur la créativité et le travail humain uniquement. Et s’il doit y avoir une monnaie interétatique commune, qu’elle n’appartienne à aucun État qui pourrait jouer avec mais qu’elle soit contrôlée par l’ensemble des représentant démocratiquement élus des États du monde.

Il n’y a évidemment pas de crise aujourd’hui au sens que l’on entend partout. La crise n’est pas économique, la crise est la crise du mensonge entretenu qui est en train de se révéler mais que ses responsables continuent de masquer par l’invention de la crise de la dette et tout ce qui va avec. Ne nous laissons pas tromper une fois de plus. Au XVIIIe siècle commerce voulait aussi dire relation amoureuse. Il s’est transformé en marché de dupes généralisé. Le capitalisme est maintenant parvenu a son niveau ultime de nuisances. Remettons en route le processus mondial de démocratisation, de la déhiérarchisation des peuples et du commerce juste.

Jacques Jaffelin, avril 2012