Archives mensuelles : octobre 2014

Du peuple, de la nation et d’autres chimériques espérances

Une nation aujourd’hui c’est d’abord un certain ensemble humain dont les membres se reconnaissent. Faire nation c’est toujours un processus et il ne peut y avoir de définition académique de la nation. Chaque nation est différente. Ce n’est pas un universitaire, un journaliste, un philosophe ou un quelconque autre homme de l’esprit qui décide si tel ensemble humain est un peuple, une nation ou non, ce sont les gens eux-mêmes.

Cela est difficilement compréhensible pour les Français, qui ont voulu confondre l’État de la révolution avec une nation, et pour les Allemands, qui ont voulu, inversement, fondre l’ensemble de la nation allemande dans un État, mais cela l’est beaucoup moins pour les autres, les Britanniques en particulier, qui reconnaissent, depuis la fondation de l’État du Royaume-Uni, qu’il est comme constitué de quatre nations. D’ailleurs, les journalistes français, dont la culture politique se réduit à l’hexagone, parlent toujours de l’Écosse, par exemple, comme d’une province. Malgré le rugby et malgré le tournoi des 6 nations; mais personne ne semblent avoir remarqué que le terme de nation employé là n’a pas le même sens du côté britannique et du côté français et italien. Cela dit, le problème est en train de s’éclaircir et les termes de se préciser. Peu importe finalement que l’on nomme nation, régions, provinces, länder, communautés… etc. le fait est que les gens semblent en avoir assez des grands monstres étatiques et dont les représentants sont bel et bien hors de contrôle. La poursuite de la démocratisation passe maintenant par la construction d’entité politique humainement contrôlable, c’est-à-dire pas trop grande. Le processus de démocratisation ne peut désormais se poursuivre que par l’éclatement des grands États tentaculaires au bénéfice d’ensemble humains à échelle humaine, si je puis dire.

Il en va de même avec la notion de peuple que l’on prend souvent, tout comme la notion combien funeste d’identité, comme une entité métaphysique alors qu’il s’agit toujours d’un processus. Il y a autant de manière de faire peuple que de peuples. Il s’agit toujours d’un processus historique spécifique et, surtout, d’un désir partagé par les gens auquel il se rapporte. Du point de vue anthropologique, nation et peuple sont équivalent, mais État n’est équivalent à aucune entité anthropologique précise. Il y eut des États-cité, des États-empire, des États-nation et maintenant des États multinationaux et multiculturels. Si État veut dire pouvoir, l’État commence avec la ville antique fortifiée, avec ses paysans agriculteurs, ses prêtres et ses soldats et son roi chef de guerre. Si peuple veut dire une entité ethnologique plus ou moins homogène (sic) alors, il n’existe plus aucun peuple excepté dans certains endroits retirés du globe où des hommes et des femmes libres vivent encore joyeusement, sans maître, sans prêtre et sans travail. Ces représentants de l’espèce homo sapiens sont malheureusement en voie d’extinction. Désormais, nous nous sommes condamnés à n’inventer que de nouvelles chaînes et rien ne semble pouvoir arrêter notre imagination débordante. Depuis que les êtres humains ont perdu le chemin de la liberté, ils n’ont eu de cesse que de penser à y retourner mais n’ont trouvé pour cela que le chemin de la soumission, de la croyance et the last but not the least, de l’espérance. Je paraphraserais bien Sénèque à ce propos. Renonce à espérer et je t’apprendrai à être libre.

11 octobre 2014