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Le fédéralisme c’est maintenant!

Qu’est-ce que le fédéralisme?

C’est une manière de vivre solidairement entre des Etats différents tant par leur langue que leur culture, leur histoire etc. Dans un article précédent je faisais part de ma crainte de l’impossibilité actuelle d’envisager un fédéralisme européen tant est encore intense la lutte entre les États européens pour l’hégémonie, surtout entre ce qui concerne les plus grands en population d’entre eux. Je voyais davantage, malheureusement, un abandon de l’Euro et un retour aux monnaies nationales, au moins provisoirement, en attendant que les peuples se décident à abandonner leur souveraineté étatique historique. Il est vrai que les tendances nationalistes que l’on perçoit dans l’Europe toute entière ne nous incite pas à envisager des perspectives où la coopération, la compréhension, la solidarité et l’égalité seraient au cœur d’un projet commun. Mais les choses peuvent très vite changer devant la nécessité et provoquer un réflexe général de survie qui dépasserait les égocentrismes nationaux. En fait, je pense que ce que l’on appelle égoïsme national n’est rien d’autre que la défense opiniâtre des politiciens européens de leurs privilèges respectifs. Ce ne sont pas les peuples qui sont égocentriques mais leurs représentants. Je pense que les peuples sont davantage prêts au fédéralisme que les « élites » politiques qui ne s’acharnent qu’a sauvegarder leur prébendes et sont prêt à tout pour cela. Ils inventent et entretiennent des peurs, comme tous les gens de pouvoir depuis longtemps, pour le garder. Et ce n’est certes pas la dernière campagne électorale en France qui pourrait nous faire penser le contraire. Ce qui change aujourd’hui c’est que les peuples ne sont plus, comme au temps de l’Église romaine, ignares et illettrés et où la crainte de l’enfer suffisait à les faire taire. Depuis, nous avons eu Spinoza, l’invention de la démocratie moderne, la séparation des églises et de l’État et l’éducation généralisée qui permet à chacun d’avoir les moyens critiques de la raison. S’ajoute à cela aujourd’hui, la technologie numérique qui permet la construction inopiné d’expression démocratique tel que l’avait définie Aristote (ou chaque orateur peut se faire entendre de tous). Et cela change tout, comme nous avons pu le voir récemment dans les pays arabes, mais aussi dans d’autres pays où le processus de démocratisation n’en est qu’à ses débuts. Je pense que le fédéralisme européen peut aussi être imposé par les peuples en utilisant les outils démocratiques trans-étatiques: internet et les réseaux sociaux. Car nous devons désespérer (il faut laissé l’espoir aux marchands d’espoir en tous genres) du courage de nos représentants à renoncer à leurs prérogatives. Après tout, on peut les comprendre. Mais n’oublions pas qu’en démocratie ce ne sont pas les élus qui ont le pouvoir, mais celui qui les a élu pour leur confier la responsabilité de les représenter provisoirement: le peuple. Mais la démocratie ne s’arrête pas aux élections, même si cela semble le cas pour beaucoup d’entre nous. Le pouvoir est toujours au peuple et aujourd’hui pas seulement dans les grandes déclarations constitutionnelles mais est rendu effectif par la technologie moderne. N’oublions pas aussi que la démocratie n’est qu’un technique pour vivre ensemble et prendre des décisions communes et il est évident que les formes démocratiques institutionnalisées il y a deux siècles n’ont pas encore été mis à jour par les nouvelles techniques de communications. C’est notre tâche actuelle.

La démocratie existe-t-elle?

Comment poursuivre…

La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable, c’est un processus qui a commencé il y a longtemps au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? Les Grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun. A Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.

L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisées) qui parlent à notre place. On appelle ça la représentation mais il s’agit plutôt de la mystification. Ils prétendent prendre le pouvoir et exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore, pour l’obtenir. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus faire partie des gens du haut car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leur propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « Attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, Mao, Bonaparte, rois et princes, commissaires du peuple et révolutionnaires professionnels, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière a écrit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». En effet, ce fut en partie sur ces principes d’égalité que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.

J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual ». Et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain, le « village global » selon l’expression de McLuhan, qui s’engage maintenant dans une nouvelle voie imprévisible comme toujours d’intégration et de différenciation. Ce monde est le nôtre et il est toute notre vie. Pour certains pourtant rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouer avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défiler de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose et que nous n’en sommes pas uniquement les servo-mécanismes…

Jacques Jaffelin, avril 2012

Le capitalisme est parvenu a son niveau maximal de nuisances

De quelle dette et de quelle crise s’agit-il?

 

Depuis la première « crise pétrolière » des années 70 les pays occidentaux et les USA en premier ont compris que leur niveau de vie étaient en danger eux qui vivaient, depuis plus d’un siècle sur le pillage des richesses des autres pays du globe. Alors, étant les maîtres de la monnaie et donc du commerce ils décidèrent que leur mode de vie n’était pas négociable et ils renièrent instantanément les règles du négoce et le libre-échange qu’ils avaient imposés aux pays dont ils voulaient accaparer les richesses. Ils firent donc fonctionner la planche à billets et maintinrent ainsi artificiellement le niveau de vie de leurs ressortissants. Ils fabriquèrent de la monnaie qui ne représentaient désormais rien d’autre que la puissance de leurs armées au lieu de représenter le travail et la créativité des êtres humains. Ce n’était plus une monnaie, c’est-à-dire un équivalent général de la valeur-travail, mais un rapport de forces militaro-politique. Ils soudoyèrent ainsi leurs peuples respectifs et les transformèrent en purs consommateurs. Consommez, profitez du confort et taisez-vous nous nous occupons du reste! Mais l’arrivée sur la scène de l’histoire économique des pays appauvris et pillés ne permet plus d’entretenir cette ignominie qui reposait sur le mensonge accepté inconsciemment tant que le niveau de vie des peuples dits occidentaux se maintenait sur le dos des autres peuples. Cette époque est maintenant définitivement révolue. Voilà déjà des années que nous parlons de cette tendance inévitable à la péréquation globale du niveau de vie dès lors que tous les pays entraient dans le commerce mondiale avec les mêmes armes financières et productives; dès lors que tous les pays seraient égaux. Ce processus est en cours. Mais le nouveau bobard qu’ils essaient de nous raconter maintenant consiste à nous faire croire que nous sommes redevables alors que ce sont eux qui, sans nous consulter, ont fabriqué depuis 40 ans de la fausse monnaie. Et nous serions donc endettés. Mais envers quoi, envers qui, vraiment? Il n’y a pas de dettes, il n’y a que tromperies, mensonges et exploitations. Ainsi, en voulant faire payer les peuples de leur crime, car la fausse monnaie est un crime, ils espèrent continuer à jouer à la roulette avec notre vie. Car la monnaie c’est le sang, les larmes, le plaisir aussi des créateurs de richesses, des travailleurs. Mais de cette bulle financière, de ces énormes quantités de monnaie, qui ne sont que de la fausse monnaie accumulée elles ne représentent rien d’autres que leur bassesse et leur déshumanisation. Nous ne sommes nullement redevable de cette usurpation économique. Le capitalisme de la fusion financière a perverti tout, la monnaie, les échanges, les États, toute la créativité humaine et l’a réduit a une course insensée à la puissance virtuelle des pixels. Il a usurpé l’économie politique, trompé les peuples et notre tâche est maintenant de le réduire au silence pour rétablir l’économie réelle fondée sur la vraie valeur de l’argent: le travail humain cristallisé en équivalent général pour l’échange des biens fabriqués par tous les êtres humains sur la terre.

Nous avons donc vécu tous autant que nous sommes, certains en l’ignorant, d’autres en le sachant très bien, pendant 40 ans (sans parler de la traite des noirs et du colonialisme) avec un niveau de vie qu’on ne méritait pas et qui reposait sur le pillage et l’appauvrissement systématique des autres peuples. Si nous devons maintenant nous réveiller, nous ne devons pas oublier cela. Et ce n’est certes pas le moment pour les grandes envolées lyriques, des grandes mises en scène spectaculaires et des rêves tout éveillés. Nous avons tous du travail, nous avons à construire le monde sur de nouvelles bases: des bases égalitaires, un droit démocratique mondial. Cela constitue la véritable dette que nous avons, non pas envers « les marchés » comme ils disent, mais envers les autres nations. Et la meilleure et sans doute la seule manière de la payer est de mettre définitivement fin à l’économie capitaliste et d’inventer un nouvel art de vivre fondé sur l’égalité des peuples, les échanges commerciaux justes avec des monnaies égales reposant sur la créativité et le travail humain uniquement. Et s’il doit y avoir une monnaie interétatique commune, qu’elle n’appartienne à aucun État qui pourrait jouer avec mais qu’elle soit contrôlée par l’ensemble des représentant démocratiquement élus des États du monde.

Il n’y a évidemment pas de crise aujourd’hui au sens que l’on entend partout. La crise n’est pas économique, la crise est la crise du mensonge entretenu qui est en train de se révéler mais que ses responsables continuent de masquer par l’invention de la crise de la dette et tout ce qui va avec. Ne nous laissons pas tromper une fois de plus. Au XVIIIe siècle commerce voulait aussi dire relation amoureuse. Il s’est transformé en marché de dupes généralisé. Le capitalisme est maintenant parvenu a son niveau ultime de nuisances. Remettons en route le processus mondial de démocratisation, de la déhiérarchisation des peuples et du commerce juste.

Jacques Jaffelin, avril 2012

La déhiérarchisation du monde se poursuit (pour commenter certains propos tenus récemment)

Tout d’abord, commençons par relire Discours sur le colonialisme du grand poète et homme politique antillais Aimé Césaire. Puis continuons par le relire encore et encore et à le donner à lire à tous les collégiennes et collégiens, à toutes les étudiantes et étudiants. Et relisons ceci: « nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de l’amplifier et d’en faire une loi. » Hitler? non, Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale.

Et voici encore une conséquence funeste de la pensée mécanisée; celle qui ne pense que par entités closes et non par processus! Identité, culture, civilisation pour ne parler que de ça, sont des concepts vides de vie. Ce qui change tout si nous les remplaçons par identification, culturation ou acculturation. Et là nous entendons, nous ressentons, la vie des êtres humains en chair et en os.

Eh bien! maintenant qu’il ne peuvent plus parler de races comme au bon vieux temps certains s’imaginent exonérés de la bêtise en remplaçant le gros mot par civilisation, ce qui fait presque universitaire distingué. Mais il s’agit bien de la même chose puisque ce que l’on appelait race du temps de Mein Kempf s’appelle maintenant en anthropologie aire géographico-culturelle. En anthropologie, civilisation et culture sont équivalents depuis longtemps et leur usage dépend du pays de l’anthropologue et le terme de race n’existe plus. Le député de la Martinique Serge Letchimy a donc bien raison de s’insurger devant les représentants du peuple pour montrer où ces propos nous reconduisent. Mais combien il est triste aussi de constater qu’il s’est retrouvé bien seul, finalement. Notons encore combien les arguments de Claude Guéant ressemblent à ceux que le petit peintre viennois appelait un grand homme français: Vacher de Lapouge, l’inventeur du mythe aryen et de la hiérarchie des races avec Gobineau. Ainsi donc, inutile de tergiverser, hiérarchiser les civilisations et hiérarchiser les races c’est la même chose. Et hiérarchiser les cultures c’est en même temps hiérarchiser les hommes qui les vivent. Car personne n’a jamais rencontré une culture ou une civilisation; on rencontre des êtres humains. Il est inquiétant et stupéfiant de constater le si peu de réactions devant ce qui n’est pas seulement une honte imbue mais un désordre mental qui doit avant tout être traité, comme le disait encore Aimé Césaire, cliniquement. Heureusement, quoiqu’on en dise, la déhiérarchisation du monde humain, le grand projet humain de ce siècle, se poursuit sans tenir compte des irresponsables qui jouent avec le feu des sociopathes.

Jacques Jaffelin, février 2012

L’erreur européenne, quand le rêve devient cauchemar

États-Unis d’Europe ou Fédération Européenne des Régions

Il arrive parfois que la théorie des types logiques de Bertrand Russell puisse encore nous servir. Le drame actuel de l’Europe repose sur une erreur logique; celle de penser qu’un ensemble d’États,  pour certains d’entre eux millénaires, pourrait constituer un État. Une fédération ou une confédération ne s’est jamais constituée à partir d’États souverains. Elle n’est possible qu’entre des entités politiques non régaliennes (Provinces [Canada], Régions [France], Cantons [Suisse], Ländereien [Allemagne], Nations [UK], États [USA], Communautés Autonomes [Espagne] ou Linguistiques [Belgique], etc.). Après toutes ces années, il est maintenant clair qu’aucun des États actuels membres de l’UE n’acceptera de renoncer à sa souveraineté et les peuples mêmes de ces États ne le veulent pas. Chacun des États, du plus peuplé au moins peuplé, défend ses prérogatives avec acharnement et au sein de la Commission Européenne les luttes d’influence sont la règle. Sans parler de la lutte pour l’hégémonie dont la France et l’Allemagne sont les championnes avec les manifestations d’arrogance que nous constations quotidiennement et qui enragent les citoyens des pays peu peuplés et que les autres continus d’appeler les petits pays, comme si ces derniers étaient peuplés de gens de moindre importance qu’eux. Seul le Royaume-Uni se tient à l’écart comme s’il avait compris dès le début que tout cela n’est qu’un cauchemar ou, au mieux, un rêve impossible. Le vieux rêve européen de reconstruire la puissance de l’Empire Romain et qui a été au centre de toutes les guerres continentales (l’Église, l’Empire Carolingien, Le Saint-Empire romain germanique, les Guerres Napoléoniennes, le Nazisme) s’est toujours mal terminé. Je pense que tout le monde est maintenant conscient de cela et il ne sert à rien de s’entêter. Il va nous falloir trouver une autre manière de vivre ensemble en paix que de construire un empire et de se donner comme seule perspective de devenir une grande puissance.

Le rêve fédéraliste européen et la monnaie unique qui devait en être le premier jalon doivent maintenant être abandonnés avant la catastrophe. Car c’est maintenant la solution que l’on cherche pour résoudre la crise qui est elle-même la crise. On ne peut maintenir l’Euro sans fédération or cette fédération est impossible entre États régaliens. L’Europe des États ne formera jamais un État. Mais si nous voulons vraiment réaliser le projet fédéraliste en Europe, alors il nous faudra le construire à partir des unités historiques des États actuels (ländereien en Allemagne, nations en UK, régions en France, provinces en Italie, communautés autonomes en Espagne, etc.). On peut aisément douter de la réalisation de cette solution pour le moment; mais plus tard qui sait? En attendant, il est urgent de mettre fin à cette quête de l’impossible harmonisation entre  les gouvernements des États de l’UE et à l’expérience de la monnaie unique actuelle. Mais s’il ne peut y avoir de Super-État nous pouvons continuer à construire un droit démocratique interétatique dont les membres sont les citoyens des États actuels. Conservons donc la Cour Européenne de Justice et continuons d’étendre progressivement ses prérogatives pour le bénéfice de  tous les citoyens. Continuons la construction de l’égalité et de la déhiérarchisation du monde.

Jacques Jaffelin, novembre 2011

Vous avez dit gentillesse?

C’est la journée de la gentillesse. A les entendre parler de gentillesse, j’ai envie de leur demander d’aller se faire voir chez les Grecs en ce moment ou chez les Syriens qui manifestent ou chez les ouvriers licenciés ou chez les « indignés ». Je me demande ce qu’ils auraient à leur dire à part: « allez! soyez gentils, rentrez chez vous et pas de vagues, hein. »

Alors je pense à Baudelaire, mais surtout à Hannah Arendt de qui je paraphraserais la profonde intelligence et je leur dirais: la gentillesse, tout comme la compassion, sans l’égalité et la justice est une des plus puissantes complices du diable.

Jacques Jaffelin, 12 novembre 2011

Le remue-méninges n’a pas encore commencé (2)

Changer la physique (2)

dogmes et paradogmes

Le dogme du principe d’inertie est le fondement et la condition sine qua non de tous les calculs en physique actuelle. Ce dogme très utile pour construire des objets mécaniques nous a cependant conduit sur le plan de l’intelligibilité théorique à une impasse. Le dogme a engendré d’autres dogmes ad hoc et, ce que nous appelons aujourd’hui la physique (physis), n’est plus qu’un jeu stérile de matrices, d’équations et de quêtes de subventions étatiques et cette stérilité coûte de plus en plus chère. Ces dogmes ou ces absolus qui nous ont conduit à cette impasse sont les suivants:

  1. Il existe des particules élémentaires, des sortes de briques, immuables indestructibles et éternelles depuis que la « barrière de Planck » a été franchie « un certain temps » après le « Big Bang ».
  2. Ces particules se présentent sous la forme de rayonnements électromagnétiques et elles se déplacent a une vitesse qui est la vitesse maximale et absolue: c.
  3. Leur déplacement obéit au principe d’inertie qui s’énonce comme une conservation de leur identité (masse, énergie ou forme) par changement d’espace. Au cours de son déplacement, l’objet ne subit aucun autre changement que le déplacement dans l’espace vide (il est inerte). Il y a donc dans la nature deux sortes d’objets: les objets inertes et les objets vivants.
  4. L’univers est composé d’un espace homogène c’est-à-dire que tous les propriétés de celui-ci sont les mêmes partout. Sans ce postulat improuvable, la physique, encore fondamentalement newtonienne aujourd’hui, est impossible.
  5. Il en est de même pour le temps qui commence avec le « Big Bang » – qu’Einstein considérait d’ailleurs comme une régression à la physique aristotélicienne qui posait que le monde avait un centre. Le fait est que si l’on considère comme la relativité générale (et non la relativité spéciale ou restreinte) que espace-temps et énergie-matière sont une seule et même chose, il ne peut y avoir ni centre ni commencement. Mais si on y regarde de plus près, cette conception est une négation flagrante du principe d’inertie, alpha et oméga du paradigme cartésien-newtonien toujours en vigueur.
  6. Entre parenthèses, il en va de même du monde vivant. La vision darwinienne fait partie du paradigme cartésien-newtonien; elle considère qu’il y a d’un côté des espèces et de l’autre un environnement avec ses niches écologiques avec des espèces qui accessoirement s’y logent pour s’y adapter. C’est d’ailleurs aussi la vision des écologistes pour lesquels l’environnement doit être préservé pour que les espèces s’y déploient sainement. Ici, les espèces et l’environnement jouent le même rôle que l’espace et les objets stellaires. Mais si on ôtait les espèces de l’environnement, il ne resterait pas l’environnement, il ne resterait rien de vivant et donc ni oxygène, ni atmosphère. Espèces et environnement sont une seule et même chose, tout comme objets stellaires/espace ou temps/espaces[1].
  7. Tous les calculs en physique des hautes énergies ne sont possibles que si ces dogmes sont admis et inversement tous ces calculs deviennent nécessairement obsolètes si ces dogmes sont récusés. On voit que ce n’est pas une mince affaire. Elle n’est cependant pas plus épaisse que le passage de la physique aristotélicienne à la physique newtonienne.
  8. La pensée humaine est destinée a énoncer les lois immuables de la nature. Autrement dit la nature aurait engendré un phénomène destiné à lui dire ce qu’elle est. Cette absurdité repose sur l’idée de transcendance issue de la philosophie cartésienne: il existe deux substances la res cogitans (la pensée, attribut du Dieu transcendant que seul l’homme partage avec lui) et la res extensa (l’ensemble des choses). Pour Descartes la pensée est séparée de la nature et pour la science moderne il en est encore de même puisque la question: qu’est-ce que la pensée dans la nature n’est jamais posé et on prend comme une évidence que lorsque nous pensons selon les canons scientifiques, nous pouvons atteindre la nature des choses. Seule la logique de l’immanence (pour la première fois énoncé par Spinoza) peut sortir de cette absurdité. Il n’y a qu’une seule substance: la Nature, infini, éternelle, sans commencement ni fin (dans les deux sens du terme). On pourrait croire que nous sommes sortis de cette transcendance après toutes les révisions du dogme cartésien dans les autres sciences, en fait il n’en est rien, et en physique fondamentale (qu’il ne faut pas confondre avec la technologie) mettre ce dogme en question serait une catastrophe que personne ne veut prendre le risque de déclencher et ça se comprend.

 Comment sommes-nous arrivés là?

Le principe d’inertie et la mathématisation de la pensée (ou sa numérisation; les nombres sont aussi immuables que les particules élémentaires) ont engendré une conception dualiste du monde physique (la physis des anciens grecs) avec d’un côté des objets éternellement identiques (les billes qui s’entrechoquent de Bateson) et de l’autre des objets vivants qui n’obéissent pas au principe d’inertie (qui pour se déplacer doivent modifier leur forme, leur énergie, leur masse. Et nous retournons sans nous en rendre compte au dualisme religieux médiéval avec le monde sublunaire soumis au péché donc au changement et le reste immuable, parfait, éternel. Et on se demande alors comment ce monde vivant, si changeant et évolutionnaire, peut bien être issu et composé d’objets fondamentaux qui ne changent jamais. Cet incohérence fondamentale a trouvé son point culminant avec l’invention du code génétique qui constituent une incursion du principe d’inertie (de l’inerte, de la mort), du monde mécanique dans le monde de la vie[2]. Nous retrouvons cet incursion dans les romans et les films de science-fiction où les objets mécaniques prennent progressivement le pouvoir sur les objets vivants. Pour entreprendre des calculs sur la nature il faut considérer qu’elle est composée comme les nombres d’objets éternels et immuables: les chiffres sont les images pensées des particules élémentaires. Dans la perspective de l’éthique informotionnelle, les objets physiques changent de forme pour se déplacer comme les objets vivants, mais d’une manière plus simple qu’eux. Pour paraphraser Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, rien ne se reproduit, tout se transforme. Les impasses actuelles de la physique ne seront levées que lorsqu’elle envisagera vraiment les transformations en renonçant au principe d’inertie y compris pour les particules élémentaires. Il n’existe pas dans cette perspective de particules élémentaires; tout objet est issu d’une transformation d’un autre plus simple.

  1. Il est aujourd’hui difficile de défendre un tel programme énoncé comme je viens de le faire, la physique n’en a cure et poursuit la quête du Graal de Higgs tandis que la biologie moléculaire, en apparence destinée à être plus souple, continue de nourrir l’illusion du tout génétique (ou le stable – l’ADN – engendre du mouvement parce qu’il ne sait pas rester stable car il ne cesse de se tromper – le gros bêta – dans sa reproduction,). Pire, cette dernière ne pense qu’à re-produire, à cloner, à faire du même et oublie que la vie et même la nature entière ne reproduit rien, mais procrée continûment. La biologie, science du vivant, a maintenant trouvé sa barrière de Planck: une molécule éternelle qui ne change pas sauf par accident. Voilà aujourd’hui le fondement de la vie: un processus qui obéit au principe d’inertie. Il n’y a dans la nature que l’homme qui soit entré, récemment tout de même depuis l’ère de l’industrialisation, dans cette autoréférence généralisée jusqu’à mettre en péril son existence même.

 

Jacques Jaffelin, octobre 2011

 


[1] Encore une fois, la notion de temps linéaire (la fameuse « flèche tu temps) que nous utilisons aujourd’hui est incohérente et absurde. Nous ne mesurons que des quantités de répétitions de mouvements cycliques (la rotation de la terre autour du soleil) et leurs subdivisions (année, saison, mois, semaine, jour, heure, minute, seconde, etc.) que nous supposons toujours constants et éternellement identiques. Il est quand même surprenant que nous déterminions l’âge de l’univers par une quantité de mouvement d’un objet quelconque qui a une certaine histoire sans parler de son évolution mais dont on ne tient pas compte du tout. C’est un peu comme si nous mesurions l’évolution des espèces en comptant le nombre de générations d’une espèce de mammifère.

[2] Pour donner un exemple de l’application du principe d’inertie dans la biologie voici ce qu’a écrit le généticien Axel Kahn, contre lequel je n’ai rien bien sûr: « Le colibacille, le brin d’herbe, la levure du boulanger, le putois, l’homme… tous exploitent depuis toujours un seul et même ADN ». Et tout cela à cause d’une succession d’erreurs (appelées aussi mutations) dans la reproduction du même ADN. Nous avons donc en nous un monde destiné à être parfait, « extra-lunaire » (l’ADN), qui ne fait qu’engendrer de l’imparfait, du sublunaire, de la vie quoi. Tragique! C’est pourtant ce qu’on enseigne à l’université. Il n’est pas étonnant que la vie soit encore considérée comme un mystère aussi profond que celui de la vierge Marie. Dans la perspective logique que je propose, la vie est la continuation d’un processus générationnel que j’appelle informotion par d’autres moyens, plus complexes et qui poursuit ainsi le processus de complexification croissante et accélérée.

Le remue-méninges n’a pas encore commencé (1)

Changer la physique (1)

Grosse chaleur dans la chambre à bulles

 

Je voudrais quand même profiter, sans grand espoir d’être entendu, de la tempête dans la chambre à bulles qui touche actuellement le landerneau de la physique pour redonner mon point de vue. Il y a plus de vingt ans j’ai publié « Le promeneur d’Einstein » pour montrer combien la physique était restée newtonienne y compris après Einstein et y compris après la Relativité Générale. La question de la vitesse absolue de la lumière ou d’autre chose plus rapide n’est pas une question relativiste mais mécanique donc newtonienne; elle impose un référentiel absolu et permet donc équations et matrices qui ont eu leurs heures de gloire que l’on ne manque jamais de rappeler pour clore le bec à ceux qui oseraient mettre les dogmes actuels en question. Rappelons quand même que les abaques de Tycho Brahé ont mis plusieurs décennies avant que leur précision dans la prévision du mouvement des astres soit dépassée par la théorie héliocentrique.

Imaginons que ces beaux dogmes tombent à l’eau et c’est toute la construction de la physique depuis Newton qui s’évanouit. Depuis Newton? Non! depuis Galilée avec le principe d’inertie? Pas davantage! depuis Démocrite avec la notion d’atome ou aujourd’hui de particules dites élémentaires, éternelles et toujours identiques à elles-mêmes, dès lors que la « barrière de Planck » est franchie, ce qui est pratique pour les calculs. Ce sont, de mon point de vue, à tous ces dogmes qu’il faut renoncer pour sortir de toutes les impasses actuelles.

Comment repenser alors notre monde. Car notre monde ne changerait pas pour autant et ce ne serait pas la première fois que nous changerions d’avis. C’était exactement le sujet du Promeneur d’Einstein[1] dans lequel je proposais l’esquisse d’un nouveau projet scientifique à partir d’un paradigme original que j’appelle maintenant l’informotion générale. Informotion (forme/motion) pour signifier l’équivalence (et non plus masse et énergie) épistémique entre forme et mouvement. Mais aussi où la notion de temps disparaît car cette dernière repose sur la séparation absolue entre durée et changement – et donc entre forme et mouvement – à l’origine du principe d’inertie: premier principe de la physique moderne, qui n’est ni observé ni expérimentable. Cet autre absolu (le temps) est également nécessaire à la physique actuelle bien qu’Einstein lui-même le rejetait (mais pour d’autres raisons que les miennes) car il la considérait comme un retour à la physique aristotélicienne. Renoncer à ces absolus exige donc une autre physique une autre manière de penser la nature, nous y compris bien sûr. Mais que l’on trouve une autre vitesse absolue et que l’on continue de courir après la chimère de Higgs, le modèle standard, le Big Bang et la barrière de Planck  et la physique continuera à enfoncer le clou là où la planche est la plus mince.

Une autre question cependant se pose: une opposition scientifique aux dogmes actuels de la physique est-elle possible, compte tenu de l’énormité des enjeux… financiers? La physique des Hautes Énergies est devenue tellement puissante, financièrement parlant, qu’il semble aussi impossible de remettre ses fondements en question sans passer par les mêmes fourches Caudines que si on osait remettre en question les fondements du capitalisme; mais dans la tourmente actuelle du monde, on peut espérer que les idées nouvelles seront davantage entendues pour lancer le débat.

 

Jacques Jaffelin, 23 septembre 2011



[1] Puis de Tractatus Logico-Ecologicus et de Critique de la Raison Scientifique.

 

La déhiérarchisation (ou démocratisation) généralisée du monde humain est en route

Dans les années soixante Marshall Mc Luhan avait montré dans son travail de compréhension des media humains que le « message c’est le medium »; voulant dire que nous sommes transformés par l’usage que nous faisons de nos propres créations (media). Ce qui était clair depuis longtemps est maintenant évident: l’agora mondiale engendrée par Internet et les technologies numériques de réseaux sociaux permettent aux peuples du monde entier de s’exprimer par delà les régimes politiques en place, quels qu’ils soient. Il suffit maintenant que nous osions pour changer les régimes politiques, mais aussi les régimes économiques du capital financier devenu fou et construire un espace humain global viable parce que déhiérarchisé c’est-à-dire vraiment démocratisé. Les mots que Loustalot prononça pendant la révolution française résonnent maintenant de Tunis au Caire et partout, comme un écho: « Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous! ». Il n’y a plus longtemps à attendre pour qu’il n’y ait plus ni grand ni petit, ni ceux d’en haut ni ceux d’en bas, ni tyrans ni soumis. Nous savons tout tout se suite. Nous pouvons tout aussi. C’est maintenant que notre raison, ce que nous avons de plus précieux, va devoir fonctionner clairement en évitant les pièges des tribuns, des marchands d’espoir et de rêves en tout genre.

Jacques Jaffelin

Hommage au grand homme: Lévi-Strauss, de l’égalité des vivants aux vers à farine

C’est avec de grands plaisirs et de grandes émotions que j’ai revu Claude Lévi-Strauss sur la Chaine ARTE la semaine dernière pour commémorer sa mort. Même si je n’ai pas toujours partagé ses points de vue, j’ai l’impression, maintenant, que plus il vieillissait, plus il me plaisait. Le moment dans le film qui, selon moi, résumait l’œuvre de sa vie, que je vois comme un discours passionné et un plaidoyer non seulement pour la déhiérarchisation de toutes les cultures humaines mais, il l’a répété dans ce film magnifique, la déhiérarchisation des espèces vivantes, fut lorsque, alors qu’il était chez le tailleur de l’Académie Française en train d’ajuster son costume de cérémonie avant son intronisation, un journaliste lui demandant avec malice: « que pensez-vous de vos collègues qui vous disent que ces honneurs sont dérisoires? », il répondit aussitôt: »Je ne vois pas pourquoi alors que je me suis passionné toute ma vie par tous ces rituels dans les autres cultures, je devrais les trouver dérisoires dans la mienne. » Eh oui! le journaliste en fut pour ses frais de retour; pour CLS, mettre son habit d’académicien, se peindre le visage et se parer la tête de toutes sortes de plumes multicolores, c’est la même chose. Belle leçon! Mais CLS allait bien au-delà de cette leçon d’humanisme. Car pour lui, et je partage ce point de vue, l’humanisme, tel que la Renaissance l’a conçu et qui plaçait l’homme au dessus de tout dans la nature, n’est qu’un avatar de nos mythes religieux antiques. Et c’est justement cet avatar là qui nous a entrainé, subrepticement, en trois siècles, au désastre humain, culturel, écologique actuel puisque nous nous étions octroyé le droit de prédation général non seulement sur tout le vivant, animal et végétal, mais aussi sur le règne minéral. C’est pourquoi, devenu de plus en plus pessimiste il avait fini par nous comparer a des vers à farine dans un bocal qui finissaient asphyxiés par leur propre voracité.