Archives du mot-clé démocratisation

VIVE LES RELIGIONS!

1. La Téléologie des croyants, des athées et des mythes scientifiques

Les vieilles religions reviennent en force, lit-on maintenant partout. Mais qu’entend-on par religion? Si religion veut dire étancher des dieux, alors certaines n’ont jamais disparu. Si religion veut dire des ensembles d’idées et de principes pour vivre en commun en paix, alors, cela n’a jamais existé. Idéologies ou religions, avec ou sans dieux ont toujours été en concurrences entre elles pour l’hégémonie, c’est-à-dire pour le pouvoir absolu. Les rois et les prêtres de chacune d’entre elles n’ont eu de cesse de se faire la guerre, la guerre de conquête. Même lorsque l’une ou l’autre d’entre elles semblent faire œuvre de paix, ne vous y trompez pas! C’est dans l’attente de jours meilleurs où elles pourront reprendre du service.

Qu’ils soient religieux ou athées, ils croient. Les uns croient qu’ils sont une création divine destinée à adorer leur dieu; les dieux sont quand même plutôt narcissiques. Les autres croient que l’homme est le but de la nature pour qu’il lui dise ce qu’il en est d’elle-même; la nature est ici anthropique et autoréférentielle.

Sans revenir sur nos mythes religieux antiques qui bénéficient d’un renouveau inattendu et que tout le monde connait, n’oublions pas nos mythes scientifiques qui sont tout aussi présents et les deux mythes se parlent entre eux constamment, comme aurait dit Claude Lévi-Strauss. Pour la biologie, l’homme est le résultat d’essais et d’erreurs de la nature qui a pris des milliards d’années à le forger (si je prends 10 années d’essais et d’erreurs pour être en mesure de jouer la sonate de Bartók au violon, c’est que j’avais le dessein de jouer du violon). Ce qui signifie logiquement que la Nature aurait un dessein, une finalité, une téléologie. On ne peut pas à la fois, dire que tout cela est le résultat du hasard qui, par définition ne requiert aucune explication, et chercher dans le même mouvement, à expliquer, à donner des raisons à l’évolution. Les biologistes passent pourtant bien leur temps à expliquer les causes de l’apparition de la vie, puis des cellules, puis des organismes, puis de l’homme.

Mais « Pourquoi? » n’est pas, en principe, une question scientifique; mais une question technique à propos d’une de nos actions. « Comment? » Oui! Mais seulement localement, à l’échelle humaine. La question « pourquoi? » se poursuit indéfiniment jusqu’à son stade ultime: Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien? Aucune réponse possible! Et la question « comment ? », en dehors des affaires humaines, aboutit à son terme: comment est-on passé de rien à quelque chose? Aucune réponse possible non plus. Ce qui veut dire qu’il y a toujours eu quelque chose; que le rien est impossible à imaginer et à penser. Nous sommes issus de ce quelque chose et il est tout simplement insensé de penser que nous pouvons expliquer pourquoi et comment il existe. Ce qui nous entraîne à penser que l’Univers, comme entité définie au sens où les cosmologues l’envisagent, n’existe pas car ce quelque chose, ou autrement dit la nature comme processus éternel, ne peut être globalisé car il échappe à toute quantification et toute qualification.

On pourrait dire qu’un des drames de notre civilisation c’est qu’elle n’a pas appris à distinguer les questions qui ont des réponses et qui peuvent être utiles de celles qui ne peuvent pas en avoir et qui sont morbides par nature car paradoxales et autoréférentes. Il est vrai qu’il a fallu plus d’un siècle de débats pour qu’on renonce finalement à la question du sexe des anges.

Or donc, l’homme, le dernier arrivé sur l’échelle de l’évolution (je passerais sur les extra-terrestres pour ne pas effrayer les enfants et les vieilles barbes de l’Académie), devrait accomplir les raisons de son existence. Pour les croyants en une divinité, l’homme est destiné à l’honorer, c’est-à-dire à lui obéir, à le servir et à se soumettre à sa volonté supposée. En fait, bien entendu, à ceux qui le disent.

Pour les croyants de la quête du savoir tendanciellement absolu (cf. Stephen Hawking) des sciences, la nature attendrait que l’homme découvre la vérité des choses, autrement dit réponde à la question: « Qu’est-ce que la nature? ». La loi de la nature serait donc qu’elle désirerait que quelque « chose » (quelqu’un ou quelqu’une en l’occurrence), c’est-à-dire une partie d’elle-même survenue par hasard ou par essais et erreurs, lui énonce ses propre lois. Et voilà donc l’autoréférence construite et dans laquelle nous baignons sans même nous en rendre compte, pour la plupart. Après l’homme, plus d’évolution organique: tout est fini! Reste la technologie, la science, etc. Mais de quoi s’agit-il?

Tout se passe comme si la nature avait une finalité, une loi fondamentale, qui n’est ni une loi physique, ni une loi biologique, mais une loi évolutionnaire (avec un commencement et une finalité), une téléologie: la survenue de l’homme qui va lui dire ce qu’il en est d’elle-même. L’homme devient le sauveur de la nature qui lui dira enfin quoi penser d’elle-même. C’est là, c’est cette croyance-là qui est l’origine de la Vérité, de l’Être, de toute la philosophie, de la science, de notre course technologique infernale, de notre sentiment de toute-puissance, de notre irrépressible voracité. C’est ce que j’ai appelé « l’invention du savoir » dans mon dernier ouvrage.

Et cette autoréférence (scientifique, mais en fait pas scientifique du tout, puisque non expérimentable) est la même que celle créée par nos mythes religieux antiques. Elle est juste un peu plus sophistiquée.

2. Croyance, foi et espoir

L’alternative n’est donc pas entre croyants et athées, entre religieux et scientifiques mais entre ceux qui croient et ceux qui n’ont pas besoin de croire pour agir et se donner une éthique; entre ceux qui ont la foi et ceux qui n’ont aucune foi ni aucun dieu à prier pour les secourir; entre ceux qui attendent en priant et ceux qui agissent pour surmonter leur peine et résoudre les problèmes qui se posent; entre ceux qui espèrent qu’un jour cela ira mieux ou que quelque Dieu, César ou Tribun viendra les sauver et ceux qui ne comptent que sur leurs actes. « Renonce à espérer et je t’enseignerais à agir » disait Sénèque à Lucillius.

3. Ne confondons pas dieux et religions

Certains font de longues recherches pour nous montrer que les hommes auront toujours besoin de croire, d’inventer des dieux et d’espérer. Mais la question ne serait-elle pas plutôt: comment avons-nous inventé la croyance et les dieux qui vont avec? Nous connaissons la réponse depuis longtemps: depuis que nous avons inventé l’État. C’est-à-dire le pouvoir des uns sur les autres. C’est-à-dire, l’inégalité et l’injustice. Cela est arrivé lorsque nous avons commencé à construire des villes avec des remparts autour, des paysans à l’extérieur et à l’intérieur des esclaves, des artisans et des rois soutenus par des prêtres. Le pouvoir était inventé ainsi que l’oppression et la perte des libertés élémentaires. Et tout cela compensé par l’invention des dieux afin de bien faire comprendre à tous que cet ordre est un ordre divin et que le premier qui le conteste ne mérite que la mort. Certains pensent que la politique et la religion sont deux choses différentes alors qu’elles visent la même chose: la soumission et la servitude pour l’État et l’entretien de l’espoir et de la peur pour la religion. Elles sont complémentaires et l’un ne va pas sans l’autre. L’une et l’autre sont totalitaires en elles-mêmes lorsqu’elles fusionnent mais peuvent, aujourd’hui, permettent aux citoyens de lutter pour l’égalité et la justice si elles sont séparées. Nous sommes bien à un moment où les religions sont séparées du pouvoir politique. Mais ces dernières ne luttent ni pour la justice ni pour l’égalité, elles luttent pour leur existence propre. Alors que l’État est contesté de toutes parts, elles profitent avantageusement de son affaiblissement pour s’offrir une nouvelle jeunesse. Les religions ont tellement craint de disparaître au cours du siècle dernier qu’il s’agit là d’une revanche.

Comment cela est-il arrivé, alors que nous pensions qu’elles étaient définitivement mises au rencard du pouvoir et réservé au privé de chacun? Tout d’abord, nous avons eu tord de penser cela. Ensuite nous avons oublié dans nos calculs qu’une religion n’a pas nécessairement besoin de dieux. C’est le cas du bouddhisme ou du shintoïsme. C’est aussi le cas de la science qui a ses dogmes (qu’elle appelle paradigmes) et ses grands prêtres. Mais surtout, le XIXe et le XXe siècle ont vu naître, vivre, prospérer et disparaître une religion sans dieu, mais une religion quand même, avec ses prêtres, ses espoirs, ses persécutions, ses luttes, ses victoires et, finalement, sa destruction: le communisme ou, plus précisément, son dévoiement stalinien.

Notre aveuglement égocentrique nous convie trop souvent à parler pour l’humanité entière. Nous parlons de nos religions en pensant que ce sont les seules possibles et que les autres ne sont que des essais ratés. Certains ajoutent imprudemment qu’on ne peut pas vivre sans religions parce que « tant qu’il y aura des hommes il y aura toujours des dieux ». Mais la majeure partie de l’humanité de l’Extrême-Orient vit très bien sans dieu. Cela n’empêche ni la guerre ni l’injustice, ni l’oppression. Le communisme ou le marxisme, comme religion sans dieu, autrement dit comme idéologie, a pourtant bien été éradiquée puis très vite a été immédiatement remplacé par l’une ou l’autre des religions locales, selon l’aire géographico-culturelle, par le pouvoir en place. Le pouvoir ne peut, lui,  se passer de religion.

On parle aujourd’hui du retour du religieux. Mais n’est-ce pas plutôt, pour beaucoup, le retour d’un désir de communauté, d’un désir de chaleur humaine dans ce monde où chacun est isolé devant son écran et condamné à la frustration permanente.

4. Religion, pouvoir et politique

Ainsi, une religion universelle qui avait suscité l’action, l’enthousiasme et entretenu l’espoir à des milliards d’êtres humains disparaît en quelques années et cela n’aurait eu aucune conséquence? N’est-ce pas là pourtant une des causes de ce que l’on nomme aujourd’hui « le retour du religieux » comme on disait avant: « le retour du Jedi ». Et ce retour n’est-il pas plutôt un vide qui se comble.

Décentrons-nous un peu et regardons plus loin! En fait de religieux n’est-ce pas plutôt le politique, le pouvoir de l’État qui est en question? Un peu partout, les citoyens n’ont plus d’espoir en lui, et tout le monde sait pourquoi. Eh bien! Le même pouvoir va chercher, dans les réserves de l’histoire là où l’espoir règne encore: dans les vieilles religions. Soumission et espoir, toujours et encore! Demain on rase gratis!

5. Identité et Vérité, les deux cancers de la pensée

Maintenant, gardons-nous bien de parler d’identité. L’identité c’est la grand-mère du diable en personne. Autrement dit, ça n’existe pas, mais ça fait peur. J’ai déjà eu maintes occasions de parler, et depuis longtemps, de l’absurdité de cette notion d’identité. Ce qu’il convient de faire maintenant, si nous voulons éviter le pire, c’est de poursuivre le processus de démocratisation non pas pour restaurer l’espoir mais pour nous en débarrasser et instaurer la confiance en l’élection des responsables: révocation à tout moment, tirage au sort, programme et contrôle permanent de son application, selon des modalités à déterminer. Mettons cela en place et les religions retournerons à leur place et l’identité redeviendra ce qu’elle a toujours été: un mot de 7 lettres exclusivement destiné aux mathématiques et à la théorie des nombres: 1 est identique à 1.

Ne m’imaginez surtout pas irreligieux! Bien au contraire! Plus il y aura de religions, plus nous serons libres et moins nous risquerons de tomber dans le totalitarisme et plus aisément nous obtiendrons égalité et justice. Pour vivre libres, beaucoup de religions valent mieux qu’une. Une religion avec ou sans dieu et c’est le totalitarisme. Aujourd’hui une religion essaie de devenir le tout après la fin du communisme, mais ce n’est pas une de celles que l’on croie. Il s’agit du libéralisme intégral et intégriste. C’est le nouveau pouvoir sans état-nation. Trop petit pour son ambition. Ce nouveau pouvoir veut l’État-monde. Autrement dit plus besoin d’État, le numéraire numérisé est le nouveau dieu universel. J’en parlerais ailleurs mais vous voyez bien déjà ce que je veux dire.

Les dieux ont toujours soif, n’en n’ont jamais assez », disait le vieux Georges. Que chaque religion étanche son dieu comme elle l’entend et laisse les autres, religieux ou pas, tranquilles. Le propre des religions c’est le totalitarisme et/ou le prosélytisme, elles veulent toute la place là où elles sont, et les deux dernières arrivées dans l’histoire, pour ne parler que des religions avec dieu, se prétendent même universelles, puisque chacune se considère détentrice de la seule Vérité. Si vous ne le croyez pas, alors vous n’avez jamais parlé à un religieux.

Mais, au risque de me répéter, le problème, le problème fondamental, ne se trouve pas dans le phénomène religieux, c’est à dire ce qui cherche à nous relier, mais dans la quête ou la possession de la Vérité. Le jour où ne croirons plus à la Vérité, cet autre terrible cancer de la pensée et dieu commun des religions et de la science, nous vivrons peut-être mieux. Car au lieu de nous entretuer ou de nous disputer le pouvoir pour la vérité, nous pourrons élaborer plus sereinement nos projets de vie communs. Pour que la cité vive en paix relative veillons donc à ce qu’aucune religion, qu’aucune « vérité », ne devienne le tout. C’est le rôle de l’État démocratique; lieu de toutes les religions mais sans en privilégier aucune. La neutralité religieuse, au sens large de ce terme que j’aie employé ici est une condition indispensable pour vivre en commun en paix relative. Cela nous permettra peut-être de trouver la force de nous débarrasser de la soumission et de l’espoir. Mais sachons que le moindre relâchement sera fatal.

Jacques Jaffelin, Décembre 2016

Réflexion sur le processus de démocratisation (1)

Comment cela est-il encore possible?

  1. La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable; c’est un processus qui a commencé il y a longtemps, au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? C’est ce que nous aimerions croire. Les grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Le peuple n’est-il qu’un autre mot pour dire quête du pouvoir absolu? On a vu et on voit encore que tous ceux qui ne jurent que par le peuple n’ont pour seule idée de conquérir le pouvoir, voire le pouvoir absolu. Surtout que les techniques numériques mondialisées donnent des idées à tous ceux qui voudraient bien manipuler les « citoyens » à leur guise. Ceux-là nous les trouvons dans les arcades du pouvoir de tous les États.
  1. Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela, c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie, avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun et, si possible, en paix. Á Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.
  1. L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisés) qui prétendent parler à notre place. Les élus prétendent, prendre le pouvoir, exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus, faire partie des « gens du haut » car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leurs propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, les rois et les princes, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière dit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». Ce fut en partie sur ces principes que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.
  1. J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual » et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain et sa transformation en village globale comme l’avait dit McLuhan mais à un niveau qu’il n’aurait même pas pu imaginer. Aujourd’hui rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouez avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défilés de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose…
  1. Devant la stupidité de ceux — qui aiment qu’on les appelle « nos dirigeants » — que l’on peut voir à l’œuvre dans la quasi totalité des États, on se demande comment on peut encore jouer le jeu qu’ils nous font jouer. Sans doute parce que nous avons tellement l’habitude de la servitude volontaire à un maître, un tribun, un prêtre ou un dieu que nous pensons ne pas pouvoir nous en passer et même d’être pris de panique à la simple idée de penser le monde sans eux.
  1. Un mauvais vent souffle à nouveau sur l’Europe, mais aussi dans le reste du monde. Ce monde humain qui semble épuisé mais qui est surtout révolté d’avoir été floué de tant d’espoirs — la vie éternelle, le progrès permanent, les lendemains qui chantent, le pouvoir, le salut, la force — qu’on lui a vendu pendant des siècles et qui, malgré tout, à nouveau, semble prêt à se jeter dans la gueule du premier tribun venu qui lui promettrait, une fois de plus, le salut voire la rédemption. Comment tout cela est-il encore possible? Si nous ne savons pas répondre à cette question, alors nous sommes vraiment perdus.

Jacques Jaffelin, septembre 2016

De l’agora athénienne à l’agora mondiale, la démocratisation reprend son cours après de multiples dévoiements

Les commentateurs de tous bords observent, ébahis, des citoyens voter comme ils l’entendent sans obéir à aucun parti, ou aucun clan particulier. Ils semblent jouer avec les élections au lieu de les prendre aussi sérieusement que les politiciens professionnels dont c’est le gagne-pain. Pire, ils changent de camp juste pour punir ou peut-être pour se punir d’avoir cru aux promesses des uns et des autres. Mais que se passe-t-il donc dans la démocratie? Eh bien! Justement, rien de démocratique ou très peu. Le processus de démocratisation s’est arrêté depuis bien longtemps. Depuis le temps ou l’invention de la représentation s’est dévoyée en professionnalisation des représentants; en politiciens professionnels.

Ce qui arrive aujourd’hui avec ce qu’ils nomment la désaffection de la politique c’est d’abord la manifestation d’un processus de déhiérarchisation rendue possible par l’usage des techniques numériques mondialisées: réseaux sociaux en particulier. Désormais, les professionnels, les experts, les gens de pouvoir peuvent parler, cela ne vaut désormais pas davantage que la parole de chacun. C’est la fin des hiérarchies, de toutes les hiérarchies instituées et constituées: hiérarchie des classes, des races, des religions, des cultures, des bureaucraties, des richesses, des savoirs, etc. Les partisans du capital libéré de toute contrainte ont voulu détruire progressivement toutes les anciennes solidarités dont ils se sentaient menacés depuis le XIXe siècle pour réduire les êtres humains à des individus isolés, séparés, bref! totalement aliénés au sens propre du terme et ils se retrouvent avec ce qu’ils redoutaient le plus, de nouvelles solidarités, spontanées, non constituées et capables de tout bouleverser. Ils ont peur à nouveau et ils cherchent maintenant à tout contrôler dans le « nuage » en espérant endiguer les révoltes à venir. Ils croient encore en leur pouvoir absolu de manipulation, comme l’Église après « la grande catastrophe » de l’invention de l’imprimerie. Mais le processus de démocratisation se socialise mondialement! Il reprend son cours après des siècles d’essais, d’erreurs et de dévoiements de toutes sortes.

Désormais la possibilité technique d’un processus de démocratisation accéléré est rendu possible avec la fin des représentation ou avec des représentants révocables à tout moment. Des citoyens commencent à saisir que c’est bien eux qui ont leur destin entre leur main et qu’ils peuvent prendre des décisions. Ce n’est pas l’idée qui est nouvelle, c’est la possibilité de la réaliser.

Jacques Jaffelin, avril 2014

Le fédéralisme c’est maintenant!

Qu’est-ce que le fédéralisme?

C’est une manière de vivre solidairement entre des Etats différents tant par leur langue que leur culture, leur histoire etc. Dans un article précédent je faisais part de ma crainte de l’impossibilité actuelle d’envisager un fédéralisme européen tant est encore intense la lutte entre les États européens pour l’hégémonie, surtout entre ce qui concerne les plus grands en population d’entre eux. Je voyais davantage, malheureusement, un abandon de l’Euro et un retour aux monnaies nationales, au moins provisoirement, en attendant que les peuples se décident à abandonner leur souveraineté étatique historique. Il est vrai que les tendances nationalistes que l’on perçoit dans l’Europe toute entière ne nous incite pas à envisager des perspectives où la coopération, la compréhension, la solidarité et l’égalité seraient au cœur d’un projet commun. Mais les choses peuvent très vite changer devant la nécessité et provoquer un réflexe général de survie qui dépasserait les égocentrismes nationaux. En fait, je pense que ce que l’on appelle égoïsme national n’est rien d’autre que la défense opiniâtre des politiciens européens de leurs privilèges respectifs. Ce ne sont pas les peuples qui sont égocentriques mais leurs représentants. Je pense que les peuples sont davantage prêts au fédéralisme que les « élites » politiques qui ne s’acharnent qu’a sauvegarder leur prébendes et sont prêt à tout pour cela. Ils inventent et entretiennent des peurs, comme tous les gens de pouvoir depuis longtemps, pour le garder. Et ce n’est certes pas la dernière campagne électorale en France qui pourrait nous faire penser le contraire. Ce qui change aujourd’hui c’est que les peuples ne sont plus, comme au temps de l’Église romaine, ignares et illettrés et où la crainte de l’enfer suffisait à les faire taire. Depuis, nous avons eu Spinoza, l’invention de la démocratie moderne, la séparation des églises et de l’État et l’éducation généralisée qui permet à chacun d’avoir les moyens critiques de la raison. S’ajoute à cela aujourd’hui, la technologie numérique qui permet la construction inopiné d’expression démocratique tel que l’avait définie Aristote (ou chaque orateur peut se faire entendre de tous). Et cela change tout, comme nous avons pu le voir récemment dans les pays arabes, mais aussi dans d’autres pays où le processus de démocratisation n’en est qu’à ses débuts. Je pense que le fédéralisme européen peut aussi être imposé par les peuples en utilisant les outils démocratiques trans-étatiques: internet et les réseaux sociaux. Car nous devons désespérer (il faut laissé l’espoir aux marchands d’espoir en tous genres) du courage de nos représentants à renoncer à leurs prérogatives. Après tout, on peut les comprendre. Mais n’oublions pas qu’en démocratie ce ne sont pas les élus qui ont le pouvoir, mais celui qui les a élu pour leur confier la responsabilité de les représenter provisoirement: le peuple. Mais la démocratie ne s’arrête pas aux élections, même si cela semble le cas pour beaucoup d’entre nous. Le pouvoir est toujours au peuple et aujourd’hui pas seulement dans les grandes déclarations constitutionnelles mais est rendu effectif par la technologie moderne. N’oublions pas aussi que la démocratie n’est qu’un technique pour vivre ensemble et prendre des décisions communes et il est évident que les formes démocratiques institutionnalisées il y a deux siècles n’ont pas encore été mis à jour par les nouvelles techniques de communications. C’est notre tâche actuelle.

La démocratie existe-t-elle?

Comment poursuivre…

La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable, c’est un processus qui a commencé il y a longtemps au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? Les Grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun. A Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.

L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisées) qui parlent à notre place. On appelle ça la représentation mais il s’agit plutôt de la mystification. Ils prétendent prendre le pouvoir et exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore, pour l’obtenir. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus faire partie des gens du haut car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leur propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « Attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, Mao, Bonaparte, rois et princes, commissaires du peuple et révolutionnaires professionnels, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière a écrit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». En effet, ce fut en partie sur ces principes d’égalité que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.

J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual ». Et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain, le « village global » selon l’expression de McLuhan, qui s’engage maintenant dans une nouvelle voie imprévisible comme toujours d’intégration et de différenciation. Ce monde est le nôtre et il est toute notre vie. Pour certains pourtant rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouer avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défiler de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose et que nous n’en sommes pas uniquement les servo-mécanismes…

Jacques Jaffelin, avril 2012

La déhiérarchisation (ou démocratisation) généralisée du monde humain est en route

Dans les années soixante Marshall Mc Luhan avait montré dans son travail de compréhension des media humains que le « message c’est le medium »; voulant dire que nous sommes transformés par l’usage que nous faisons de nos propres créations (media). Ce qui était clair depuis longtemps est maintenant évident: l’agora mondiale engendrée par Internet et les technologies numériques de réseaux sociaux permettent aux peuples du monde entier de s’exprimer par delà les régimes politiques en place, quels qu’ils soient. Il suffit maintenant que nous osions pour changer les régimes politiques, mais aussi les régimes économiques du capital financier devenu fou et construire un espace humain global viable parce que déhiérarchisé c’est-à-dire vraiment démocratisé. Les mots que Loustalot prononça pendant la révolution française résonnent maintenant de Tunis au Caire et partout, comme un écho: « Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous! ». Il n’y a plus longtemps à attendre pour qu’il n’y ait plus ni grand ni petit, ni ceux d’en haut ni ceux d’en bas, ni tyrans ni soumis. Nous savons tout tout se suite. Nous pouvons tout aussi. C’est maintenant que notre raison, ce que nous avons de plus précieux, va devoir fonctionner clairement en évitant les pièges des tribuns, des marchands d’espoir et de rêves en tout genre.

Jacques Jaffelin

Poursuivre le processus de démocratisation (3) Critiques acritiques

Critiques acritiques

1. Critiquer le pape? et pourquoi donc? De toute façon, on ne peut pas reprocher à l’éléphant sa trompe. La seule tâche qui nous incombe aujourd’hui, dans la poursuite de la construction d’un monde humain déhierarchisé (ou démocratique, ce qui est la même chose) ce n’est pas de critiquer telle ou telle religion ni d’inciter telle ou telle religion à s’amender ni même, au risque de surprendre les intégristes rationalistes, la critique des religions elles-mêmes, mais de reléguer les religions, en tant que résidus de l’histoire,  au même musée des antiquités que la massue, l’arc et la flèche, le glaive et l’épée, le papyrus et le combat des gladiateurs. Ceux qui attendent encore des religions quelques bienfaits humains ou quelques compréhensions ou même quelque intelligence du monde humain actuel viennent encore une fois d’être bien servis par les propos du Résidu de l’Epoque Féodale qu’il est inutile de qualifier de stupides, méprisants et racistes, puisqu’il n’y a rien a attendre d’autre.

2. Critiquer le capitalisme? ce qui s’applique au REF s’applique au capitalisme. Rien ne changera si nous gardons ce monde hierarchisé (voir précemment l’appel Pour la construction d’un droit humain global)

USA, Russie, Royaume Uni, Chine, France, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord, Iran… et après?

Appel pour construire un droit global réellement démocratique

La nécessité d’un droit démocratique

Souvenons-nous, au moment de l' » affaire du Golfe « , certains nous avaient promis un  » nouvel ordre mondial  » qui devait, après la fin du communisme et du conflit Est-Ouest, redéfinir les relations entre les États. Et l’un des arguments souvent invoqué pour justifier l’envoi des troupes américaines et occidentales au Proche-Orient est que, selon les experts, Saddam Hussein posséderait la bombe nucléaire dans trois ans.  » Il faut empêcher la dissémination nucléaire  » entendait-on. Il y aurait donc ainsi, à tout jamais, des États majeurs, adultes, responsables, qui posséderaient la bombe et d’autres, mineurs, frivoles, au comportement erratique et imprévisible, qui ne devraient jamais la posséder. Cet argument est fallacieux et stupide.

En effet, un jour ou l’autre, chaque État, du moins ceux qui le désirent, et pas seulement L’Iran aujourd’hui, désireront posséder la bombe et finiront par la posséder. L’argument avancé ne considère le problème qu’à très court terme et celui-ci se reposerait nécessairement plus tard dans les mêmes termes. Je pense donc plutôt que nous n’avons pas suffisamment réfléchi sur ce que signifie vraiment l’arme nucléaire, comme technique, et surtout comme changement, comme information, dans l’évolution de l’humanité, et de son effet sur les relations entre les États.

Tous les stratèges se sont accordés pour dire que la guerre « chaude », c’est-à-dire la vraie guerre, a été empêchée, entre l’URSS et les États-Unis, grâce à l’équilibre des forces de destruction; ce qu’on a appelé souvent l' »équilibre de la terreur ». La possession de l’arme nucléaire est donc apparue nolens, volens, comme la garante de la paix. Or que se passe-t-il aujourd’hui? Seuls les grands États et ceux qui ont le soutien de ceux-ci possèdent cette arme. Les autres, non! L’Irak, par exemple, d’aucuns l’avaient souligné, ne possédait que « l’arme nucléaire du pauvre »: l’arme chimique. Cette arme a été créée et vendue volontairement par les grands États pour alimenter le commerce des armes en direction des pays « mineurs ». Et les conflits armés classiques qui se déroulent aujourd’hui sur la planète sont tous entretenus, nourris, voire fomentés, directement ou indirectement, par ces mêmes États, fabricants et marchands d’armes.

Tout ceux pour qui cette crise était essentiellement le résultat de ces activités ont commencé par proposer d’y mettre fin sous peine de courir à la catastrophe. On pensait donc à limiter de plus en plus la production d’armes et leur vente.

Cependant, il y a une autre raison bien plus fondamentale qui milite dans le sens du désarmement classique: c’est qu’aujourd’hui aucun État ne peut plus espérer en conquérir un autre. Le Viêt-nam et l’Afghanistan hier et aujourd’hui, par exemple ont inauguré cette vérité aux grandes puissances. Et les autres États qui se font la guerre n’aboutissent qu’à échanger indéfiniment des bombes et des munitions classiques vendues par les États producteurs, tandis que les ressortissants de ces derniers comptent les adolescents (pour ne pas dire les enfants) qui meurent sur les champs de bataille pendant les nouvelles télévisées entre la poire et le fromage. Ce fut le cas pour la guerre entre l’Irak et l’Iran, ça l’est encore pour les conflits en cours au moyen-orient. Le « coup » du Koweït et l’intervention qui s’ensuivit valident également cette analyse ainsi que la seconde guerre d’Irak lancée par la triste équipe de Georges W Bush et la récente intervention désastreuse du gouvernement israélien à Gaza.. Mais le problème de l’armement nucléaire se pose de nouveau et continuera de se poser malgré les déclarations tonitruantes et hypocrites après chaque réunion des représentants des États signataires du traité de non prolifération des armes nucléaires. N’oublions pas en effet que beaucoup d’entre eux refusèrent de signer le traité tant qu’ils ne possédaient pas la bombe eux-mêmes (et ce fut encore le cas de la France lorsque le Président français, Jacques Chirac, décida la reprise des essais nucléaires).

Comment, dès lors, s’en sortir? Et, surtout, comment empêcher que cela se reproduise à nouveau, comme certains l’envisagent déjà contre l’Iran? Pour éviter les impasses, les morts inutiles et les hypocrisies, nous devons poser le problème de manière beaucoup plus vaste, et à plus long terme.

L’arme nucléaire après Hiroshima

Si l’arme nucléaire, en tant qu’arme « absolue », c’est-à-dire, d’un point de vue stratégique, de dissuasion globale, a été un facteur de paix dans l’ancien conflit Est-Ouest, elle le sera tout autant dans le nouveau conflit qui se développe actuellement et qui est bien, quoique l’on fasse tout son possible pour l’ignorer, un conflit entre les États industrialisés, producteurs d’armes « classiques » dont ils ne se servent pas et vendeurs de celles-ci, et les autres États, demandeurs, acheteurs et utilisateurs de ces armes; conflit qui est donc aussi, plus généralement, celui des États « mineurs » contre les États « majeurs ».

Or on ne peut quand même pas vendre des armes pendant des années à quelqu’un et faire l’étonné lorsqu’il décide un jour de s’en servir. C’est pourtant ce que les responsables ont fait avec Saddam Hussein. Cette hypocrisie aurait du justement trouvé sa limite avec l’affaire du Koweït. C’est du moins ce qu’on aurait pu penser en 1991.

La seule manière de sortir de cette impasse me semble être la suivante. L’arme nucléaire devrait être considérée comme étant aux représentants des États – sur le plan mondial – ce que le droit de vote est aux citoyens dans un État démocratique. Elle serait la garante de l’égalité de droit entre les représentants des États, condition sine qua non à l’établissement d’un « nouvel ordre mondial » démocratique. On ne peut pas, en effet, construire ou envisager un nouvel ordre mondial démocratique si, dans le concert des représentants des États, il y a des voix qui valent plus que d’autres; s’il y en a, comme le disait George Orwell, « qui sont plus égaux que d’autres ». Or c’est précisément ce qui se passe actuellement à l’ONU. Le droit de veto des représentants des grandes puissances, membres permanents du Conseil de Sécurité, est analogue, mais sur le plan international, au suffrage censitaire tel qu’il était pratiqué au XIXe siècle dans nos pays. C’est pourquoi, dans la guerre qui vient, le problème n’est pas de se demander si certains pays vont exercer leur droit de veto ou non. Car l’ONU n’a actuellement aucune légitimité. Une organisation mondiale ne peut être légitime que si elle est démocratique c’est-à-dire déhiérarchisée. Notre tâche, comme citoyen du monde est d’en construire une.

Il est facile de considérer ces propositions comme une folie, en invoquant que si n’importe quel représentant d’État disposait de la bombe, le monde entier se retrouverait à la merci des dictateurs et du premier fou venu. Mais, d’une part, on a suffisamment constaté maintenant, que le fou ne vient pas toujours d’ailleurs, d’autre part, de quel droit peut-on bien invoquer pour interdire à d’autres ce que l’on considère soi-même comme une nécessité absolue pour préserver sa sécurité, enfin que ce droit serait attribué au nom d’un réel droit démocratique et uniquement par ceux qui le mettent en pratique? Mais cela ne donne aucune garantie quant à l’avenir; une dictature peut très bien se mettre en place en Europe et même, pourquoi pas aux USA. Qui pourrait garantir le contraire? En fait le droit dont on se réclame ici n’a rien à voir avec le droit. Il s’agit du fait de la force. Passons donc outre ce que ces propos renferment de mépris et de suffisance de la part de ceux qui les prononcent, pour repenser plutôt à ce qui s’est passé depuis Hiroshima. Car ce sont les bases mêmes de la civilisation qui se sont retrouvées modifiées avec cet événement. Et, depuis, nous n’avons pas encore vraiment enregistré ce bouleversement, malgré les exhortations répétées d’Arthur Koestler, par exemple. C’est comme si, après Copernic, nous vivions encore avec l’idée que le Soleil tourne autour de la Terre. Plus précisément, les arguments avancés sont alors les mêmes que ceux qui étaient invoqués lorsqu’il s’agissait de refuser d’accorder le droit de vote aux pauvres, aux ouvriers ou à la « canaille » au XIXè siècle, et aux femmes au XXè; cela, non pas seulement par mépris aristocratique des personnes mais, surtout, par défense des privilèges. Ceux qui manient la « puissance » n’aiment pas que les autres s’arrogent leurs prérogatives. En cela, ils rappellent l’Église qui, comme chacun sait, n’était pas du tout étrangère aux violentes méthodes de répression, mais qui voyait, du temps où d’autres la concurrençaient, une atteinte à ses privilèges.

Par ailleurs, autre hypocrisie, c’est précisément la vente systématique d’armes classiques aux États juridiquement « mineurs » nucléairement à l’ONU actuelle, par les États démocratiques, qui contribue à maintenir en place les dictateurs locaux. Mais le processus de démocratisation a une logique, qui n’est justement pas une « logique de guerre », pour reprendre une expression malheureuse, mais une logique de l’accroissement des droits; mais cet accroissement des droits ne peut se fonder sur le droit international actuel, qui est précisément injuste et donc, un non-droit. Car le droit repose, par définition, sur l’égalité de ceux qui l’acceptent volontairement. Les Droits des individus humains reposent sur l’égalité de ces derniers. Le droit des représentants des États reposera aussi sur leur égalité. De ce point de vue, il est donc tout autant illégitime aujourd’hui que les voix des représentants de l’Irak, du Koweït, d’Israël, de la Palestine, d’Haïti, du Nicaragua, par exemple, valent moins à l’ONU que celles des représentants des États-Unis, de la Russie, de la Chine, etc. Que valaient celles des ouvriers et des femmes, il n’y a pas encore si longtemps, vis-à-vis de celles des bourgeois et des hommes dans nos pays, ou que celles des Noirs en regard des Blancs aux USA, en Afrique du Sud, il y a encore peu?

Le « nouvel ordre mondial » dont tout le monde parlait au moment de la crise du Golfe avec raison, ne pourra, ne devra, donc plus être le droit du plus fort, voire de quelques plus forts. Si nouvel ordre mondial il doit y avoir et si, a fortiori, celui-ci devait être conduit sous l’impulsion des représentants des États démocratiques, il ne pourrait reposer que sur l’application des principes démocratiques et donc sur l’égalité des droits des représentants de chaque État dont les citoyens jouissent eux-mêmes, bien sûr, de ces mêmes droits.

La démocratisation doit se poursuivre!

L’humanité s’est, au cours de son développement, tour à tour constituée en familles, en clans, en villages, en nations puis en États modernes (il y eut des États-cités dans l’antiquité et presque jusqu’au XIXè siècle en Europe, puis des États-nations mais les États modernes sont tous polynationaux car constitués de citoyens (terme retenu par l’histoire bien qu’impropre) issus de nations différentes; un État-nation est aujourd’hui une aberration[1] dont on a pu mesurer les dégâts depuis le nazisme. Nous admettons que ce que l’on nomme démocratie constitue un processus qui repose sur l’égalité juridique des citoyens de ces États. Ces droits s’expriment, au niveau politique, par exemple, par le suffrage universel: technique de représentation légitime, de transformation des modes de gouvernements et de choix des gouvernants. Si, comme l’on s’accorde à le dire, l’ONU est l’embryon du processus de représentation mondiale des individus regroupés en États, celle-ci doit s’engager à respecter le principe fondamental de toute démocratie: un homme, une voix; en l’occurrence alors, et à ce niveau: un représentant d’un État, une voix. Car les États, les nations, les cités, les associations, les familles, ne sont pas des classes d’objets mathématiques ou un catalogue des catalogues, ce sont des abstractions que nous construisons pour signifier des relations entre des individus humains et, en ce sens, ces ensembles ne constituent nullement des hiérarchies que l’on peut classer dans un ordre de valeur. Songeons que les États, les nations, la cités, et ainsi de suite, ne se rencontrent jamais, ne nouent jamais de relations (contrairement à ce nous disons abusivement et symptomatiquement); les individus, qu’ils soient chefs d’État ou touristes, oui! Ce point constitue la pierre angulaire de cette perspective. Et c’est pourquoi il me semble nécessaire de dire « relations entre les représentants des États » et non pas, comme on le fait quotidiennement, ce qui constitue justement une source de regrettable confusion, « relations entre États ».

Par ailleurs, en démocratie, aucun citoyen ne doit utiliser une arme pour résoudre les conflits avec son voisin; car aucun ne doit rendre la justice lui-même. Mais comme un État n’est pas un individu, la seule manière de rendre les États égaux sur le plan de la représentation, c’est-à-dire la seule chance de mettre fin au conflit armé entre les États comme mode systématique de règlement de leurs discordes, c’est que les représentants de chacun d’entre eux dispose de la même puissance, de la même force de négociation et de dissuasion. C’est en ce sens que l’arme nucléaire devra être aux représentants des États soumis au droit international, ce que le suffrage universel est aux citoyens dans les États démocratiques.

Une autre évidence nous incite à formuler une telle proposition. L’arme nucléaire est là; on ne peut pas davantage la désinventer que l’ordinateur, le marteau ou la bicyclette. Vouloir « empêcher » définitivement sa diffusion, par un accord « mondial », relèverait de la même illusion que si l’on avait voulu empêcher, au XIXè siècle, la propagation de la machine à vapeur et aujourd’hui d’Internet. Croire que cette technique restera éternellement dans les caves des plus forts est une idiotie. Tôt ou tard, le problème se posera dans ces termes. Il vaut donc mieux le résoudre le plus tôt possible avant que des morts inutiles ne jonchent les vieux champs de bataille.

Un autre point, complémentaire du précédent, est le droit de citoyenneté des immigrants dans les pays riches, et plus précisément leur droit de vote. On entend dire: « les gens ne sont pas prêts! » Mais les experts mondiaux non plus n’étaient pas prêts, en 1989, pour la chute du mur de Berlin, et encore moins pour l’unification de l’Allemagne, et pour la fin du communisme, et pour l’élection d’un président non-blanc aux USA, etc. Personne n’est d’ailleurs vraiment prêt pour le nouveau! Le « nouvel ordre mondial » ne pourra pas davantage reposer sur la division du monde en citoyens « majeurs », riches, ressortissants des pays industrialisés, et en vagabonds « mineurs » et pauvres, ressortissants des autres. Car alors, notre démocratie ne vaudrait pas davantage que celle des anciens Grecs, avec les citoyens bénéficiant du droit de vote et avec des métèques et des esclaves qui n’en jouissaient pas. Le mépris des immigrants et leur statut de « métèques » reposent essentiellement sur le fait que les États auxquels ils ressortissent sont aussi les « métèques » de l’ONU. L’énorme injustice de cette situation se perçoit d’autant plus que si les immigrants des pays « majeurs » venaient tous d’États « majeurs », la question de leur droit de vote et de leur citoyenneté ne se poserait même pas.

Comment ne pas se rendre compte que c’est sur cet amoncellement d’injustices, voire de mensonges, que nous éduquons nos jeunes. Et nous ferons semblant d’être offusqués lorsqu’ils viendront, bientôt, nous demander des comptes sur le monde que nous leur avons présenté. A l’échelle de l’humanité poursuivant sa course, il n’y a pas de crimes impunis.

Au vu de ce qui précède, j’appelle les représentants des États qui se réclament de la démocratie et tous les citoyens du monde à poser les bases d’une organisation mondiale réellement démocratique et à se prononcer sur le projet suivant:

Projet de déclaration des droits universels des individus,

se regroupant en famille, en associations, en cités, en nations et en États,

par une Assemblée des Représentants des États Démocratiques

Considérant:

1. que la notion de personne humaine s’applique au processus allant de la naissance à la mort de l’individu (la notion de naissance s’applique strictement à l’accouchement qui marque l’entrée de l’individu dans le monde humain; on ne la confondra donc pas avec la notion de vie, à laquelle tout idée de commencement est purement arbitraire: l’embryon est vivant, mais les gamètes le sont tout autant et ainsi de suite)

2. que les droits reposent sur l’égalité de ceux qui acceptent volontairement

3. qu’aucun de ceux qui acceptent les droits ne peut les modifier sans l’accord des autres selon des modalités à définir;

4. qu’aucun ne doit appliquer les droits pour lui-même mais s’engage à observer les décisions de l’exécutif reconnu par tous et améliorable à tout moment selon des modalités à définir;

5. que tous ceux qui ont accepté les droits s’engagent à les respecter et à contribuer à en créer de nouveaux;

6. que les individus se groupent en familles, en associations, en cités, en nations et en États;

7. que chaque nation qui compose un État doit être représentée dans l’État selon des modalités à définir; et ainsi pour les cités, les associations et les familles;

8. que seuls les États sont reconnus comme étant actuellement la dernière unité de regroupement des êtres humains;

9. qu’un ensemble d’États n’est pas un État et ne peut donc avoir ni place ni représentation dans cette constitution;

l’Assemblée des Représentant des États démocratiques transformée en Assemblée Constitutionnelle demande donc la dissolution de l’ONU qui reposait sur la division des États en deux classes inégales: la classe des membres permanents du Conseil de Sécurité d’une part, et tous les autres d’autre part. Le nom proposé pour la nouvelle Assemblée est: Assemblée des Représentants des États.

Article 1

Seuls les individus naissent, pensent, éprouvent du plaisir, souffrent et meurent. Il ne peut y avoir de droits supérieurs à ceux reconnus aux individus qui sont donc, par principe, inaliénables; les droits des familles, des associations, des cités, des nations et des États leur sont subordonnés et non l’inverse.

Article 2

L’égalité des représentants des États dans l’Assemblée s’exerce selon le principe du suffrage universel: un représentant d’État, une voix.

Article 3

La garantie de cette égalité sera la possession par chacun des représentants d’États qui le désire de l’arme de dissuasion générale.

Article 4

Aucun État n’est autorisé à fabriquer et à vendre des armes à un autre. La seule arme autorisée reste l’arme de dissuasion générale fabriquée, entretenue et distribuée sous le contrôle de l’Assemblée des représentants des États selon des modalités à définir.

Article 5

L’Assemblée des représentants des États n’est pas elle-même un État. C’est l’humanité qui poursuit sa marche, en conséquence:

Article 6

Le nombre d’États ne peut pas davantage être fixé une fois pour toutes que le nombre de nations, de cités, d’associations, de familles et d’individus. L’Assemblée des représentants des États examinera donc toute demande de constitution d’État de la part d’un ensemble de nations. Mais une nation ne pourra pas davantage constituer un État que ne pourra le faire une ville, une association ou une famille. A l’inverse, toute nation pourra faire valoir ses droits de représentation au sein de chaque État selon des modalités à définir.

Article 7

Une nation est un ensemble humain qui se reconnaît comme distinct à l’intérieur d’un État soit par la langue, soit par la tradition, soit par le territoire, ou encore par toute autre différence ou ensemble de différences qui pourrait être invoquée et reconnue. Les concepts d’ethnie, de minorité nationale, de nationalité et de peuple, sont remplacés, dans leur usage légal, par celui de nation.

Article 8

Les droits des individus sont garantis par l’Assemblée des représentants des États. Aucun individu ne peut être inclus sans son consentement dans un ensemble qui ne lui convient pas (famille, association, ville, nation, État et Assemblée des représentants des États).

Article 9

Nul ne pourra invoquer un quelconque  » intérêt supérieur  » d’un État pour bafouer les droits des individus, des familles, des associations, des cités et des nations qui le composent. En conséquence, l’Assemblée des représentants des États interviendra à l’intérieur des États pour faire respecter les droits des nations, des cités, des associations, des familles et des individus qui les composent selon des modalités à définir.

Article 10

Une fédération d’États n’étant pas, par définition, un État, celle-ci ne peut avoir aucune existence légale dans l’Assemblée des représentants des États.

Article 11

Les Représentants de chaque État à l’Assemblée des représentants des États seront élus au suffrage universel.

Article 12

Un État qui ne reconnaît pas de nations en son sein n’est pas un État mais une nation ou un ensemble informel de nations et est, dès lors, convié à se regrouper avec d’autres nations pour constituer un nouvel État.

Article 13

L’Assemblée des représentants des États siégera, régulièrement selon des fréquences et des durées à définir, et exceptionnellement selon les exigences et les circonstances dès lors que des membres le demanderont selon des modalités à définir.

Article 14

Tout État désireux de s’assembler avec un ou plusieurs États cesserait du même coup d’être un membre de l’Assemblée des représentants des États pour devenir un ensemble de nations au sein du nouvel État.

Article 15

Nul ne pourra invoquer la notion, par définition illégale eu égard des droits, de « rang » pour justifier ou s’octroyer un quelconque privilège dans l’Assemblée des représentants des États.

Article 16

Le seul « rang » reconnu d’un État par l’Assemblée des représentants des États est la qualité de la démocratisation que l’on y constate. En conséquence, sa taille ne devra être ni trop grande afin de pouvoir assurer une administration humaine qui garantisse les droits de tous les individus qui le composent, ni trop petit afin qu’il puisse reconnaître l’existence des nations en son sein.

Article 17

Les droits inaliénables des individus, en plus de ceux déjà reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, sont les suivants:

1. Le droit à avoir au moins un parent ou un tuteur;

2. Le droit de se nourrir;

3. Le droit de s’éduquer;

4. Le droit de travailler;

5. Le droit d’accès aux soins médicaux;

6. Le droit à une vieillesse décente;

7. Le droit à une mort décente;

8. Le droit de proposer de nouveaux droits.

Article 18

Les modalités d’amendements ainsi que de propositions de nouveaux droits devront être définies et elles-mêmes améliorables.

Jacques Jaffelin, citoyen du monde


[1] Voir l’article suivant sur le site à la rubrique « Publications, Bulletins de Recherche: Nationalismes, génocides, « purifications ethniques », intégrismes, racismes, etc. Propositions pour une nouvelle perspective dans l’intelligibilité et la résolution des drames actuels.

Poursuivre le processus de démocratisation (1)

Le processus de démocratisation est un processus de transformation de l’univers humain qui se caractérise avant tout par la diversification globale des individus (la dissolution progressive des aires géogaphico-culturelles (ethniques et raciales) et leur déhiérarchisation (l’abandon progressive des discriminations). Ce processus se développe conjointement à celui des techniques de socialisation qui l’engendrent: de l’agora des anciens Grecs à l’Internet aujourd’hui; agora numérique et globale en construction. Dans cette nouvelle agora désormais mondiale, le cours du monde humain devient ouvertement de la responsabilité de chacun. Il n’y a donc plus aucune place pour un sauveur, un messie, un César, un tribun ou un dieu, bref, pour un espoir porté sur l’un d’entre nous. Rappelons-nous le mot d’Elisée Loustalot pendant la révolution française: « les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux: Levons-nous! »

Demain ce sera l’investiture du premier président non blanc aux USA. C’est un événement important. Mais il ne faudrait pas qu’il se transforme en catastrophe. N’attendons donc rien d’autre de cette élection qu’une occasion de prendre notre sort en main. Il n’y a pas de démocratie, il y a un processus de démocratisation globale en cours.

Jacques Jaffelin