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Prolégomènes à toute épistémothérapie

Albert Einstein avait écrit: « ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible ». Je pense au contraire, qu’il est très compréhensible que le monde soit compréhensible, mais pas pour les raisons qu’Einstein posait.
En fait, il est compréhensible que le monde soit compréhensible puisque nous avons posé ce principe comme dogme et faculté absolus de notre pensée. C’est le fondement tautologique, autoréférentiel, « ad hoc » et transcendantal de notre idée du savoir… et partant, de toutes nos sciences.

Comment l’idée de savoir nous est venue…

Tout d’abord, il importe de ne pas confondre savoir avec savoir-faire. Le savoir ou la connaissance prétend donner une explication finale de la nature, le savoir-faire est l’expression de notre créativité ou, autrement dit, de notre implication dans la transformation de notre monde. Transformation par nos inventions techniques, toutes nos techniques, que l’on a fini par confondre aujourd’hui avec la science explicative. La technique, et je prétends que toutes nos activités et nos créations sont des techniques qui transforment notre manière d’être ensemble, n’a rien à voir avec l’idée métaphysique voir épistémologique de connaissance ou de savoir selon laquelle nous allons irrémédiablement par la méthode scientifique vers l’explication finale. La notion de savoir ou de connaissance repose sur une idolâtrie qui ne porte pas son nom: l’adoration de sa propre pensée. Cette idolâtrie est un simple avatar de nos religions. Autoréférence et narcissisme socialisés et institutionnalisés. Le « je pense, donc je suis »[1] de Descartes est le départ de cette religion de la raison dévoyée (on dirait aujourd’hui pervertie, ce qui signifie exactement la même chose). Il faudrait donc plutôt dire: je sais, donc j’adore ma propre pensée.

Descartes pensait que la pensée raisonnée conduisait au savoir et donc à l’Être. Et bien sûr, la pensée, la res cogitans, était, pour lui, un attribut divin que le dieu jaloux ne partageait qu’avec l’homme. Les animaux ne pensaient donc pas[2]. Penser c’était nécessairement conduire à la connaissance ou au savoir de l’Être, comme on disait autrefois, c’est-à-dire à la pensée de Dieu lui-même dans une pure contemplation mystique et métaphysique. Cette quête de l’identité entre la pensée et la nature ou tout ce qui n’est pas elle, que l’on trouve dans la philosophie et la science depuis l’antiquité est précisément ce à quoi parviennent les schizophrènes; c’est-à-dire la fusion du moi et du « réel » (tout ce qui n’est pas le moi). Cependant la notion de savoir, contrairement à la schizophrénie, repose d’abord sur l’illusion grammaticale propre à toute métaphysique: l’isolement du concept[3]. La pensée d’un tout, d’une entité close et éternelle. C’est le point commun de la philosophie antique et de la science moderne. C’est la fusion du mythe et de l’expérience raisonnée. L’expérience pratique se met au service du mythe. C’est ce que Kuhn avait appelé un paradigme, c’est-à-dire la cristallisation de la pensée dans un ensemble de dogmes provisoirement adopté. Il pensait que la science avançait vers le savoir par changement de paradigme, mais jusqu’où? Avancer vers le savoir ne peut signifier qu’une chose, parvenir à la fin à une identité en la chose pensée et la chose elle-même. Cela veut donc dire qu’en affirmant une telle chose on considère qu’une partie de la nature, la pensée humaine, a une finalité. Et même que la nature a comme finalité de créer un phénomène – l’être humain doué de conscience – destiné à lui dire ce qu’il en est d’elle-même. Triple paradoxe, triple autoréférence! Mais c’est ce que nous avons tous appris sans le dire ouvertement: nous avançons progressivement vers la vérité. Ce faisant la science reprend le flambeau de la vérité religieuse mais sous une forme expérimentale progressive. Elle reprend le relai de l’espoir inventé par la foi religieuse. Demain on rase gratis! « Postmodernisme » ou pas.

Les notions de connaissance et de savoir (qu’il ne faut pas confondre avec savoir-faire, invention ou création[4]) sont des concepts mystiques qui ont été utilisés au cours des siècles par tous les pouvoirs. Elles sont mêmes au fondement de tout pouvoir. La science expérimentale moderne a repris ces concepts sans se rendre compte de leur morbidité. La science moderne devrait, pour être conforme à ses principes expérimentaux, renoncer à la quête du savoir et à la connaissance. L’activité scientifique est un projet de transformation du monde humain qui ne dit pas son nom car elle se cache derrière les concepts métaphysiques de réel, de vrai, d’éternel (pour la physique des hautes énergies), d’objectivité, alors que le véritable objet/sujet de toute science est l’homme lui-même. Il n’y a qu’une seule science c’est la science de l’homme, c’est-à-dire la science de nos apprentissages, de nos savoir-faire, de nos inventions et de la construction de notre monde. Science ne signifiant pas quête de la vérité, c’est-à-dire de l’identité entre la pensée et l’expérience humaine du monde, qui relève de la psychiatrie, mais implication dans l’expérience humaine du monde, de notre savoir-faire. Autrement dit de notre technique. La question fondamentale n’est donc pas: comment devons-nous nous y prendre pour connaître le monde? Mais que pouvons-nous faire pour construire le meilleur monde humain possible?

Il y a donc du savoir-faire quelque chose, mais pas de savoir tout court. Cela semble simple, dit ainsi, mais c’est le fondement nécessaire à toute réévaluation de notre civilisation dont nous voyons bien, maintenant, qu’elle nous conduit à une impasse destructrice, à la folie autoréférentielle. Cela me semble être avec la critique de la religion, la condition de toute pensée libre qui s’implique dans le monde des humains et non qui ex-plique le monde.

Si nous nous posons la question: que vient faire la pensée humaine dans la nature? Qu’est-ce que cela signifie? Tout d’abord je peux le comprendre comme le paradoxe suivant: la nature a engendré un phénomène capable de lui poser une question la concernant. Et c’est donc un peu comme si je demandais à mes parents: « Que viens-je faire dans le monde? » Y a-t-il une réponse logique ou scientifique à cette question en dehors des mythes et des religions? La science a quand même répondu sans qu’elle se fût posé la question, puisque c’est la religion qui lui a donné la réponse avant elle. La religion dit: « je suis là pour obéir au désir du créateur et son désir est que ma vie doit être consacrée à le connaître et connaître son œuvre, la nature, c’est se rapprocher de lui »; la science dit: « je suis là pour connaître la nature, selon la technique de la preuve expérimentale ». Ainsi, le croyant et le scientifique ont-ils le même but fondé sur la même croyance. Le religieux pense que la connaissance est un don divin (la res cogitans de Descartes) et le scientifique pense que la conscience, la connaissance ou le savoir est l’aboutissement naturel d’un processus appelé l’évolution des espèces vivantes. Tous les deux pensent que nous avons la conscience, la raison explicative, le savoir, la connaissance avec, comme finalité, la connaissance complète de l’univers[5]. Il y a cependant une différence entre les deux: la science demande un travail incessant dans cette foi du savoir absolu (qui n’intéresse d’ailleurs que la fraction de la science que l’on nomme fondamentale); la religion exige la foi en la transcendance. Mais toutes deux, science et religion sont d’accord sur ce point: la pensée humaine est destinée à comprendre et expliquer ce qui n’est pas elle: le reste du monde. C’est pourquoi la condition de toute pensée libérée de cette autoréférence, libérée de la toute-puissance est le renoncement à toute transcendance et donc à toute divinité toute-puissante qui n’est qu’une projection du désir de toute puissance hors de soi pour ne pas l’assumer tout en l’exerçant de fait.

Notes:

[1] L’effet « métaphysique » (c’est-à-dire transcendantal) de cette ruse philosophique se transforme immédiatement en autoréférence si l’on écrit: « je pense, donc je suis…en train de penser « je pense, donc… etc. ».

[2] Après Descartes, malgré Lamarck et Darwin, nous n’avons pas encore complètement changé de perspective. La pensée ou encore la conscience (encore un concept métaphysique: il n’y a pas de conscience tout court, nous avons toujours conscience de quelque chose et, tout comme la pensée, la conscience n’est pas un état mais un processus) continue d’être considérée comme une mutation soudaine et non un processus évolutionnaire, tout comme le langage. J’ai abordé ces points dans mon Tractatus (1993). Langage, pensée, émotion et le chant des oiseaux. Je pense que langage et pensée sont dans le même rapport que l’apprentissage de la musique (par exemple) et la pensée le sont. La difficulté de saisir ce rapport vient de ce que nous appelons « pensée » depuis des siècles. Je pense quant à moi que la pensée est, pour tous les êtres vivants, je dis bien tous les êtres vivants, ce qui les conduit à persévérer dans leur effort de vivre: vivre c’est d’abord persévérer dans le présent vécu. La pensée humaine peut donc se concevoir comme une motion interne « in-motion » du corps, comme une complexification de l’élan vers la poursuite du présent; une sorte d’é-motion qui a trouvé une voie plus sophistiquée pour devenir une « out-motion » ou une « ex-motion » que, ce que nous nommons couramment émotion — rougissement, colère, joie, plaisir, etc.–, par les muscles de la voix (les cordes vocales) en combinaison et articulation avec ceux de la langue. Ainsi, acquérir le langage et acquérir la musique ou autre chose sont tous deux un processus d’apprentissage. Qui est premier dans l’évolution de ces deux apprentissages? Le plus simple est sans doute le chant (voir le chant des oiseaux); mais l’émotion que le chant des oiseaux exprime, peut-être une sorte de désir de toute-puissance envers la lumière du jour ou au soleil pour qu’il se lève le matin et qu’il revienne le soir, nous montre la voie de nos cheminements.

[3] Comme disait Nietzsche, qui ne pouvait pas si bien dire: « on ne se débarrassera jamais de Dieu tant que nous croirons à la grammaire ». D’abord l’invention du dieu unique n’est qu’une projection socialisée du fantasme de toute-puissance qui, comme toute projection, permet à l’individu puis au groupe qui la pratique, de ne pas s’attribuer cette toute puissance mais au fantasme projeté et surtout, bien sûr, à ceux qui se posent comme ses représentants ou porte-paroles qui eux, vont alors bien exercer la toute puissance sur ceux qui les suivent mais, bien sûr, au nom de leur fantasme projeté qu’ils nomment Dieu. Puis, la métaphysique est une invention uniquement possible dans un système d’écriture alphabétique; on prend un substantif, un verbe (par exemple la ruse philosophique qui consiste à transformer un verbe auxiliaire: être, en substantif absolu: l’Être), on l’isole, il devient alors concept, puis entité close et éternelle. Elle se perfectionne avec l’invention des nombres, de la théorie des nombres, auxquels succède la théorie des idées de Platon. Dès lors, tout est prêt pour l’aventure occidentale, la quête de l’absolu, la voracité institutionnelle et… l’autodestruction actuelle. (Voir aussi sur le site, L’invention du savoir, 1980) Mais peut-être que ceci est inhérent à toute notre espèce puisque cette insatiable voracité (pour reprendre la métaphore de Lévi-Strauss) se globalise aujourd’hui. Peut-être seulement.

[4] Il y a la même différence entre savoir et savoir-faire qu’entre explication et implication. Dans l’explication on se place en dehors du monde que l’on pose comme un objet en ignorant les conséquences pratiques que la quête de l’explication implique; dans l’implication nous sommes du monde et nous agissons sur lui en le transformant et en assumant cette transformation. L’explication est transcendantale, l’implication est radicalement immanente.

[5] Dit ainsi, on se rend compte de la folie dans laquelle nous sommes engagés, mais justement, on ne le dit jamais ainsi, alors qu’on le pense continuellement. La quête du savoir, qui ne peut être qu’absolu, est une paranoïa institutionnelle qui se prend pour la guérison générale en action, mais qui nous conduit à la mort.

Le remue-méninges n’a pas encore commencé (2)

Changer la physique (2)

dogmes et paradogmes

Le dogme du principe d’inertie est le fondement et la condition sine qua non de tous les calculs en physique actuelle. Ce dogme très utile pour construire des objets mécaniques nous a cependant conduit sur le plan de l’intelligibilité théorique à une impasse. Le dogme a engendré d’autres dogmes ad hoc et, ce que nous appelons aujourd’hui la physique (physis), n’est plus qu’un jeu stérile de matrices, d’équations et de quêtes de subventions étatiques et cette stérilité coûte de plus en plus chère. Ces dogmes ou ces absolus qui nous ont conduit à cette impasse sont les suivants:

  1. Il existe des particules élémentaires, des sortes de briques, immuables indestructibles et éternelles depuis que la « barrière de Planck » a été franchie « un certain temps » après le « Big Bang ».
  2. Ces particules se présentent sous la forme de rayonnements électromagnétiques et elles se déplacent a une vitesse qui est la vitesse maximale et absolue: c.
  3. Leur déplacement obéit au principe d’inertie qui s’énonce comme une conservation de leur identité (masse, énergie ou forme) par changement d’espace. Au cours de son déplacement, l’objet ne subit aucun autre changement que le déplacement dans l’espace vide (il est inerte). Il y a donc dans la nature deux sortes d’objets: les objets inertes et les objets vivants.
  4. L’univers est composé d’un espace homogène c’est-à-dire que tous les propriétés de celui-ci sont les mêmes partout. Sans ce postulat improuvable, la physique, encore fondamentalement newtonienne aujourd’hui, est impossible.
  5. Il en est de même pour le temps qui commence avec le « Big Bang » – qu’Einstein considérait d’ailleurs comme une régression à la physique aristotélicienne qui posait que le monde avait un centre. Le fait est que si l’on considère comme la relativité générale (et non la relativité spéciale ou restreinte) que espace-temps et énergie-matière sont une seule et même chose, il ne peut y avoir ni centre ni commencement. Mais si on y regarde de plus près, cette conception est une négation flagrante du principe d’inertie, alpha et oméga du paradigme cartésien-newtonien toujours en vigueur.
  6. Entre parenthèses, il en va de même du monde vivant. La vision darwinienne fait partie du paradigme cartésien-newtonien; elle considère qu’il y a d’un côté des espèces et de l’autre un environnement avec ses niches écologiques avec des espèces qui accessoirement s’y logent pour s’y adapter. C’est d’ailleurs aussi la vision des écologistes pour lesquels l’environnement doit être préservé pour que les espèces s’y déploient sainement. Ici, les espèces et l’environnement jouent le même rôle que l’espace et les objets stellaires. Mais si on ôtait les espèces de l’environnement, il ne resterait pas l’environnement, il ne resterait rien de vivant et donc ni oxygène, ni atmosphère. Espèces et environnement sont une seule et même chose, tout comme objets stellaires/espace ou temps/espaces[1].
  7. Tous les calculs en physique des hautes énergies ne sont possibles que si ces dogmes sont admis et inversement tous ces calculs deviennent nécessairement obsolètes si ces dogmes sont récusés. On voit que ce n’est pas une mince affaire. Elle n’est cependant pas plus épaisse que le passage de la physique aristotélicienne à la physique newtonienne.
  8. La pensée humaine est destinée a énoncer les lois immuables de la nature. Autrement dit la nature aurait engendré un phénomène destiné à lui dire ce qu’elle est. Cette absurdité repose sur l’idée de transcendance issue de la philosophie cartésienne: il existe deux substances la res cogitans (la pensée, attribut du Dieu transcendant que seul l’homme partage avec lui) et la res extensa (l’ensemble des choses). Pour Descartes la pensée est séparée de la nature et pour la science moderne il en est encore de même puisque la question: qu’est-ce que la pensée dans la nature n’est jamais posé et on prend comme une évidence que lorsque nous pensons selon les canons scientifiques, nous pouvons atteindre la nature des choses. Seule la logique de l’immanence (pour la première fois énoncé par Spinoza) peut sortir de cette absurdité. Il n’y a qu’une seule substance: la Nature, infini, éternelle, sans commencement ni fin (dans les deux sens du terme). On pourrait croire que nous sommes sortis de cette transcendance après toutes les révisions du dogme cartésien dans les autres sciences, en fait il n’en est rien, et en physique fondamentale (qu’il ne faut pas confondre avec la technologie) mettre ce dogme en question serait une catastrophe que personne ne veut prendre le risque de déclencher et ça se comprend.

 Comment sommes-nous arrivés là?

Le principe d’inertie et la mathématisation de la pensée (ou sa numérisation; les nombres sont aussi immuables que les particules élémentaires) ont engendré une conception dualiste du monde physique (la physis des anciens grecs) avec d’un côté des objets éternellement identiques (les billes qui s’entrechoquent de Bateson) et de l’autre des objets vivants qui n’obéissent pas au principe d’inertie (qui pour se déplacer doivent modifier leur forme, leur énergie, leur masse. Et nous retournons sans nous en rendre compte au dualisme religieux médiéval avec le monde sublunaire soumis au péché donc au changement et le reste immuable, parfait, éternel. Et on se demande alors comment ce monde vivant, si changeant et évolutionnaire, peut bien être issu et composé d’objets fondamentaux qui ne changent jamais. Cet incohérence fondamentale a trouvé son point culminant avec l’invention du code génétique qui constituent une incursion du principe d’inertie (de l’inerte, de la mort), du monde mécanique dans le monde de la vie[2]. Nous retrouvons cet incursion dans les romans et les films de science-fiction où les objets mécaniques prennent progressivement le pouvoir sur les objets vivants. Pour entreprendre des calculs sur la nature il faut considérer qu’elle est composée comme les nombres d’objets éternels et immuables: les chiffres sont les images pensées des particules élémentaires. Dans la perspective de l’éthique informotionnelle, les objets physiques changent de forme pour se déplacer comme les objets vivants, mais d’une manière plus simple qu’eux. Pour paraphraser Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, rien ne se reproduit, tout se transforme. Les impasses actuelles de la physique ne seront levées que lorsqu’elle envisagera vraiment les transformations en renonçant au principe d’inertie y compris pour les particules élémentaires. Il n’existe pas dans cette perspective de particules élémentaires; tout objet est issu d’une transformation d’un autre plus simple.

  1. Il est aujourd’hui difficile de défendre un tel programme énoncé comme je viens de le faire, la physique n’en a cure et poursuit la quête du Graal de Higgs tandis que la biologie moléculaire, en apparence destinée à être plus souple, continue de nourrir l’illusion du tout génétique (ou le stable – l’ADN – engendre du mouvement parce qu’il ne sait pas rester stable car il ne cesse de se tromper – le gros bêta – dans sa reproduction,). Pire, cette dernière ne pense qu’à re-produire, à cloner, à faire du même et oublie que la vie et même la nature entière ne reproduit rien, mais procrée continûment. La biologie, science du vivant, a maintenant trouvé sa barrière de Planck: une molécule éternelle qui ne change pas sauf par accident. Voilà aujourd’hui le fondement de la vie: un processus qui obéit au principe d’inertie. Il n’y a dans la nature que l’homme qui soit entré, récemment tout de même depuis l’ère de l’industrialisation, dans cette autoréférence généralisée jusqu’à mettre en péril son existence même.

 

Jacques Jaffelin, octobre 2011

 


[1] Encore une fois, la notion de temps linéaire (la fameuse « flèche tu temps) que nous utilisons aujourd’hui est incohérente et absurde. Nous ne mesurons que des quantités de répétitions de mouvements cycliques (la rotation de la terre autour du soleil) et leurs subdivisions (année, saison, mois, semaine, jour, heure, minute, seconde, etc.) que nous supposons toujours constants et éternellement identiques. Il est quand même surprenant que nous déterminions l’âge de l’univers par une quantité de mouvement d’un objet quelconque qui a une certaine histoire sans parler de son évolution mais dont on ne tient pas compte du tout. C’est un peu comme si nous mesurions l’évolution des espèces en comptant le nombre de générations d’une espèce de mammifère.

[2] Pour donner un exemple de l’application du principe d’inertie dans la biologie voici ce qu’a écrit le généticien Axel Kahn, contre lequel je n’ai rien bien sûr: « Le colibacille, le brin d’herbe, la levure du boulanger, le putois, l’homme… tous exploitent depuis toujours un seul et même ADN ». Et tout cela à cause d’une succession d’erreurs (appelées aussi mutations) dans la reproduction du même ADN. Nous avons donc en nous un monde destiné à être parfait, « extra-lunaire » (l’ADN), qui ne fait qu’engendrer de l’imparfait, du sublunaire, de la vie quoi. Tragique! C’est pourtant ce qu’on enseigne à l’université. Il n’est pas étonnant que la vie soit encore considérée comme un mystère aussi profond que celui de la vierge Marie. Dans la perspective logique que je propose, la vie est la continuation d’un processus générationnel que j’appelle informotion par d’autres moyens, plus complexes et qui poursuit ainsi le processus de complexification croissante et accélérée.