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Pourquoi j’ai signé la pétition de soutien à Christiane Taubira

Parce que le racisme est ce qui nous distingue des animaux. Avez-vous déjà aperçu des chiens qui ne se reconnaissaient pas quels que soient leur forme, leur couleur, leur taille, leur sexe? Un raciste est donc plus « bête », si je puis dire, qu’un chien. Le racisme exprime ce qu’il y a de plus stupide chez l’être humain, trop humain en ce qu’il a perdu le fondement de sa propre vie; notre vie animale, corporelle, sensuelle, devenue aliénée, étrangère de sa propre vie par une idée fixe (le dogme idéologique ou religieux) qu’il se met à adorer et qu’il ne peut plus expérimenter avec son propre corps qu’il ignore ou méprise. Il ne peut même plus réaliser qu’il s’avilit lui-même en avilissant son semblable.

Poursuivons donc la déhiérarchisation du monde en soutenant cette femme intelligente, courageuse et déterminée! Car l’avilissement de l’homme par l’homme n’est pas davantage une opinion que l’exploitation de l’homme par l’homme. Toutes deux sont des pandémies sociopathologiques engendrées par de vieilles habitudes culturelles (ce que certains nomment du doux nom de tradition) que nous ne sommes pas condamnés a répéter sans fin.

JJ

 

La déhiérarchisation du monde se poursuit (pour commenter certains propos tenus récemment)

Tout d’abord, commençons par relire Discours sur le colonialisme du grand poète et homme politique antillais Aimé Césaire. Puis continuons par le relire encore et encore et à le donner à lire à tous les collégiennes et collégiens, à toutes les étudiantes et étudiants. Et relisons ceci: « nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de l’amplifier et d’en faire une loi. » Hitler? non, Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale.

Et voici encore une conséquence funeste de la pensée mécanisée; celle qui ne pense que par entités closes et non par processus! Identité, culture, civilisation pour ne parler que de ça, sont des concepts vides de vie. Ce qui change tout si nous les remplaçons par identification, culturation ou acculturation. Et là nous entendons, nous ressentons, la vie des êtres humains en chair et en os.

Eh bien! maintenant qu’il ne peuvent plus parler de races comme au bon vieux temps certains s’imaginent exonérés de la bêtise en remplaçant le gros mot par civilisation, ce qui fait presque universitaire distingué. Mais il s’agit bien de la même chose puisque ce que l’on appelait race du temps de Mein Kempf s’appelle maintenant en anthropologie aire géographico-culturelle. En anthropologie, civilisation et culture sont équivalents depuis longtemps et leur usage dépend du pays de l’anthropologue et le terme de race n’existe plus. Le député de la Martinique Serge Letchimy a donc bien raison de s’insurger devant les représentants du peuple pour montrer où ces propos nous reconduisent. Mais combien il est triste aussi de constater qu’il s’est retrouvé bien seul, finalement. Notons encore combien les arguments de Claude Guéant ressemblent à ceux que le petit peintre viennois appelait un grand homme français: Vacher de Lapouge, l’inventeur du mythe aryen et de la hiérarchie des races avec Gobineau. Ainsi donc, inutile de tergiverser, hiérarchiser les civilisations et hiérarchiser les races c’est la même chose. Et hiérarchiser les cultures c’est en même temps hiérarchiser les hommes qui les vivent. Car personne n’a jamais rencontré une culture ou une civilisation; on rencontre des êtres humains. Il est inquiétant et stupéfiant de constater le si peu de réactions devant ce qui n’est pas seulement une honte imbue mais un désordre mental qui doit avant tout être traité, comme le disait encore Aimé Césaire, cliniquement. Heureusement, quoiqu’on en dise, la déhiérarchisation du monde humain, le grand projet humain de ce siècle, se poursuit sans tenir compte des irresponsables qui jouent avec le feu des sociopathes.

Jacques Jaffelin, février 2012