Étude sociosomatique (5)

 

Théorie des narcoses cognitives (II) 

Transfert, névrose et narcose (autoréférences)

En analyse sociosomatique, le concept de processus socio/cognitif ou processus de socialisation remplace le concept de psychisme. Je donnerai un exemple qui me paraît assez expressif. Lorsque nous écoutons la radio nous entendons des voix. Nous sommes dans une situation de court-circuitage sociosomatique manifeste, mais qui ne répond pas entièrement à ceux que j'ai définis dans les modes de relation. Il s'agit d'un mode de relation spectaculaire amputé d'un des modes de somatisation qui est habituellement utilisé là: la vue. Nous ne voyons rien. Aussi, l'imagination travaille-t-elle, c'est-à-dire très précisément, dans ma terminologie, la production d'images. Cependant, il fait bien saisir la différence ici entre imagination et vision. La différence entre l'imagination et la vision est la différence entre ce que l'on désire voir et ce que l'on voit; l'imagination n'est pas l'image puisqu'elle se passe de la vision, c'est la pensée de l'image; cela nous permet d'ailleurs de montrer que la pensée n'est pas seulement usage de mots, elle est avant tout, dans notre définition, un processus d'abstraction sociosomatique qui touche tous les modes que nous allons définir plus loin. Le court-circuitage forcé de la vue dans ce niveau que l'on s'attend à être spectaculaire, nous est comme une mutilation insupportable que nous compensons par l'imagination. Nous inventons donc un visage à chacune des voix que nous entendons en fonction de nos expériences d'associations précédentes, c'est-à-dire en fonction des visages que nous avons déjà entendus. Nous transférons donc ces dernières sur les voies nouvelles. Il s'agit là aussi d'une névrose de transfert au sens de Freud. Aussi, sommes-nous toujours surpris lorsque nous voyons les visages de ceux que nous n'avions auparavant qu'entendu, parce qu'ils ne correspondent nullement à ce que nous avions proprement imaginé. En fait, cette notion de transfert ou de névrose de transfert est caractéristique de toute expérience. J'ai nommé cette névrose et ce type de troubles: narcoses. Bien entendu, les narcoses ne deviennent pathologiques que dans l'excès. On reprendra à notre compte le mot de Radestock que cite Freud: "la folie, phénomène pathologique, n'est qu'une exagération d'un phénomène normal et périodique: le rêve" (Freud, IR, p.86)

L'analyse sociosomatique veut considérer tous les modes de relation par lesquels nous concevons les différents type d'ensembles humains et les changements de comportement que nécessite le fait de passer de l'un à l'autre. Un individu, par exemple ne travaille pas que pour sa famille, car il ne travaille pas dans sa famille. Presque tous les êtres humains sont scolarisés. Ils sortent donc très tôt de leur famille. Indépendamment du métier auquel vous vous destinez, votre travail sera, à l'heure de la mondialisation, comme on dit, inclut dans le grand marché général. Les différents modes de socialisation sont la famille, l'association, la cité, la nation, l'État, l'interÉtat et le champ entrepreneurial. Ces niveaux sont des abstractions et ne doivent en aucune manière être hiérarchisés. Car les abstractions et les ensembles sont des créations des individus et non l'inverse.

Par ailleurs, nous concevons un autre type d'ensemble qui sont les modes de relation. Ce sont les modalités de relations suivantes : somatique (sexualité), amitié (confidence), convivialité (coopération), rivalité (compétition), autorité (séduction), légalité (sacralisation), idéalisation.

Ensuite, chacun de ces modes se caractérise par l'apprentissage ou la création d'un court-circuitage momentané d'une partie de l'organisme. L'analyse sociosomatique nomme ces parties qui ne sont ni des tranches ni des ensembles discrets, mais dont nous verrons la dynamique plus loin : modes de somatisation. Ce sont : sexualisation, gustation, olfaction, thermisation, articulation, audition, vision, conception.

Ces concepts ne veulent pas exprimer des états mais des processus dont la logique et la dynamique sont exprimées dans notre axiomatique.

Narcoses versus névroses

Freud caractérisait les psychonévroses comme "des satisfactions substituées et déformées d'instincts dont on doit nier à soi comme aux autres l'existence". Ainsi: "les malades ne peuvent laisser apparaître leurs diverses névroses, leur excessive tendresse anxieuse destinée à dissimuler la haine, leur agoraphobie révélatrice d'une ambition déçue, leurs actes obsédants qui représentent les auto-reproches émanant de mauvaises intentions et les précautions prises contre celles-ci lorsqu'ils savent que tous, proches ou étrangers connaissent la signification générale de ces symptômes. Les malades, en pareil cas, sachant également que toutes leurs manifestations morbides sont immédiatement interprétés par les autres, les dissimuleront." Et plus loin, dans le même chapitre, Freud continue ainsi après cependant avoir mis en garde contre un excès de zèle thérapeutique: "'l'instauration d'un état social mieux adapté à la réalité (c'est moi, JJ, qui souligne) et plus digne ne sera pas payé trop cher par ces quelques sacrifices". (La technique psychanalytique, pp.31-32; 34) Où l'on voit clairement le point de vue scientiste darwinien de Freud. Il faudrait reprendre de toutes façons le concept de névrose en montrant que celui de narcose permet un traitement intelligible plus vaste. Une narcose est une autoréférence, un travail sur soi, une rétroaction qui n'a pas pu s'exprimer en projet et transformer l'extérieur. C'est, comme le disait Groddeck, comme une oeuvre d'art substituée, et qui se transforme en monstre. Une narcose est donc aussi une sorte de cancer. On pourrait même considérer certains cancers comme des formes de narcoses (on aurait dit plus classiquement des formes malignes d'hystéries de conversion).

Jacques Jaffelin

 

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