Hello Dolly!

Le développement actuel de la biologie et la fin du néo-darwinisme, vive la phénétique!

 

Au début, la génétique s'est donnée comme programme de connaître les mécanismes de transmission des caractères héréditaires. Le néo-darwinisme a posé avec A. Weismann le dogme de l'existence d'un matériel héréditaire de transmission que Watson et Crick crurent trouver dans l'ADN. On développa le génie génétique, qui consiste essentiellement à bricoler certaines fractions d'ADN (les gènes), d'ARN voire de protéines au sein des cellules. Aujourd'hui, nous en sommes à cloner des mammifères dont la technique est d'ailleurs très différente et plus grossière que celle de la biologie moléculaire.

Ainsi, sans s'en rendre compte, alors que la théorie de l'évolution nommée néodarwinisme, sur laquelle cette technique s'est appuyée, affirmait qu'il n'y a pas d'hérédité des caractères acquis et que toute évolution s'effectue au hasard, par mutation fortuite d'abord ou accident dans la duplication d'un supposé matériel héréditaire, puis par sélection naturelle (ce qui fait déjà deux lois contradictoires), nous sommes insidieusement passés à des techniques qui consistent à violer la soi-disant loi de l'évolution postulée.

En effet, par le génie génétique, il s'agit bien de rendre héréditaire, chez des individus, des caractères acquis et sélectionnés par d'autres; c'est-à-dire de modifier l'hérédité d'une façon non darwinienne, non hasardeuse. La théorie ne prévoit pas cela.

La théorie synthétique révèle donc ainsi ce qu'elle est: une technique de transformation du vivant (végétaux et animaux, humains compris) et nullement comme elle le prétendait au départ et comme elle le prétend encore, une explication du vivant. J'ajoute bien entendu, pour ceux qui tomberaient sur ce texte par hasard, qu'il ne peut s'agir d'autre chose, puisqu'une théorie, dans ma perspective s'est définitivement émancipée du concept d'explication. La théorie de l'évolution que les généticiens défendent ne peut donc pas s'appliquer à eux-mêmes bricoleurs de gènes, puisque leur activité la contredit. Cela, bien entendu, n'est pas le propre de la théorie synthétique, mais celui de toute théorie qui se prétend un explication de quoi que ce soit.

Le projet génome est également une belle illustration de cela aussi. On part de l'idée que l'homme est déterminé par ses gènes, et on finit par bricoler les soi-disant gènes, c'est-à-dire par déterminer les "gènes" et les sélectionner. Ce qui montre curieusement l'inverse que ce que l'on veut prouver, savoir que nous ne sommes déterminés par rien du tout. À moins de dire, évidemment, qu'il y a un gène de la manipulation des gènes... Mais cela, ce n'est pas le "gène" qui peut le dire, mais, disons, le "phène", c'est-à-dire vous et moi. Vive la phénétique!

 

Hello Dolly! ... et la reprogrammation du programme

La technique du clonage et notamment celle récemment mise au point par l'équipe de Ian Wilmut de l'institut Roslin en Écosse qui, pour la première fois est partie d'une cellule adulte extraite de la glande mammaire d'une vieille brebis et non pas, comme cela se faisait auparavant, d'une cellule embryonnaire (si toutefois, il s'agit bien d'une telle cellule, car on sait que les glandes mammaires sont riches en cellules non différenciées, ce qui serait bien différent de ce qu'on nous a annoncé), montre à l'évidence, comme nous l'avons déjà dit maintes fois, que la notion de programme génétique n'a plus de sens. Le processus que l'on nomme vie ne repose pas sur un quelconque matériel héréditaire destiné à se reproduire. Nous avons proposé une autre manière de concevoir les différents niveaux génératifs du processus qui évitent les apories engendrées par la métaphore du programme. Cependant, malgré cela, les techniciens des gènes continuent d'utiliser cette métaphore pour rendre compte de leurs expériences.

Une des questions importantes posées par l'expérience de l'équipe de Ian Wilmut est la suivante: comment la théorie néodarwinienne peut-elle rendre compte du fait que le programme d'une vieille cellule, donc parvenu à un certain stade de son application, selon la théorie synthétique, puisse se rajeunir ou être rajeuni pour former un embryon par fusion avec un oeuf non fécondé? Comment peut-elle se "réinitialiser", pour prendre un terme utilisé par Ian Wilmut lui-même et emprunté de manière symptomatique au vocabulaire de l'informatique? Dans la revue New Scientist on peut lire sur Internet un paragraphe intitulé: How the clock of life was turned back. Son auteur y soutient que Dolly est la preuve vivante que les changements qui se produisent dans l'ADN au cours de la vie d'un individu sont réversibles. Je soutiens que c'est exactement le contraire. Cela montre qu'il n'y a aucun programme de quoi que ce soit, tout comme d'ailleurs l'avait déjà montré les techniques antérieures y compris celles des implants qui suscitent le même type de question. Ian Wilmut explique la "réinitialisation" de l'ADN de la vieille cellule clonéee par une mystérieuse "reprogrammation" de l'expression des gènes par l'oeuf non fécondé qui reçoit la vieille cellule afin d'en faire un nouvel embryon (je suppose ici que les lecteurs sont déjà au courant de la technique employée, si ce n'est pas le cas ils trouveront toutes les indications sur le site de l'institut Roslin).

Nous en étions déjà, avec le dogme en cours, au paradoxe du programme qui se code lui-même, nous en sommes maintenant à celui du programme qui se reprogramme ou qui reprogramme un autre programme. Il me semble qu'il est grand temps d'abandonner une théorie qui ne peut plus que multiplier les paradoxes à chaque fois qu'elle se trouve devant un fait, une action humaine, qui la contredit. La plupart des biologistes pensaient cette technique irréalisable uniquement parce qu'elle contredit fondamentalement les dogmes de la théorie sur laquelle ils s'appuyaient pour en juger.

Un autre article du même numéro intitulé The point of no return qui contredit justement l'article précédemment cité soutient que "Dolly is out of the bottle and she isn't going to go back in". Je souscris volontiers à ce point de vue. Je considère que le processus de création humaine est irréversible, maintenant que nous avons inventé cette technique nous ne pouvons plus la désinventer, nous devons faire avec; nous l'utiliserons et jugerons de ces applications en fonction des valeurs humaines que nous nous donnerons. Il est inutile de faire intervenir l'hypocrisie archaïque des valeurs dites religieuses ni les larmes de crocodiles de ceux qui ont contribué aux techniques précédentes mais qui disent maintenant que nous allons trop loin. Il est temps d'assumer nos techniques, de devenir humains et responsables. Il est temps de reconnaître qu'il n'y a pas de savoir, mais qu'il y a des inventions, des créations, des techniques. La science n'est pas savoir de quelque chose, elle est une des formes humaines de transformation, de création, qui participent à la construction du monde humain, très humain.

P.S.: 1) Pour ceux qui désireraient connaître les propositions de la théorie de l'information générale appliquée à la génétique, je les invite à lire: le bulletin intitulé Le néo-darwinisme et la métaphore du programme génétique et l'Axiomatique qui sera bientôt disponible sur notre site et que vous pouvez lire dans l'ouvrage suivant: Jacques Jaffelin, Critique de la raison scientifique, Paris, L'Harmattan, 1996.

2) Un des membres du comité d'éthique et biologiste lui-même a écrit cette semaine dans un hebdomadaire cette sentence que tous les philosophes et les croyants en quoi que ce soit répètent depuis au moins 25 siècles: "Plus on progresse, plus on se rend compte que l'humain, c'est ce qui ne peut s'atteindre, s'expliquer ou se manipuler. On pourrait pratiquement remplacer l'ensemble des parties visibles, matérielles, de l'homme sans pour autant toucher à son humanité. L'homme est corps et esprit, et nous n'approchons pas l'esprit. Personne ne peut imaginer l'esprit artificiel, ça échappe à l'idée d'accessibilité matérielle. L'humanité, c'est ce qui reste quand on a enlevé à l'homme tout ce qui se voit ou qui se touche." On se demande pourquoi il n'a pas ajouter "ce qui se sent, ce qui s'entend, ce qui se dit, ce qui se goûte, ce qui se sexe (si l'on me permet)", et on aurait bien ri de ce qu'il resterait; l'esprit c'est ce qu'il reste lorsque l'on a tout perdu. Il est vrai qu'on ne risque rien à dire qu'on ne peut pas imaginer un esprit artificiel. Il est difficile d'imaginer une chimère artificielle.

 

Le gène UCP2 et le niveau d'information thermique nucléique

Une équipe de chercheurs français et américains déclarent avoir mis en évidence le gène UCP2, responsable du codage de la protéine productrice de chaleur: ce que j'avais nommé déjà dans le promeneur d'Einstein, le niveau d'information thermique. Je proposais dans le Tractatus [Jaffelin, 1993] de considérer qu'il devait y avoir dans l'organisme un ensemble spécialisé (disons un organe au sens large) dans la production de chaleur et qui organise le processus d'homéothermisation propre à la plupart des vertébrés (mammifères et oiseaux).

Jacques Jaffelin

 

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