Thèses sur l'"INTELLIGENCE ARTIFICIELLE"

 


  1. La question de Turing: les machines peuvent-elles penser? a-t-elle un sens si on n'a pas répondu, au préalable, à la question: qu'est-ce que penser? Or c'est la question qui est elle-même le problème.

  2. Les machines et, plus généralement, les artefacts humains sont tous des produits de la crétivité humaine. Et non l'inverse.

  3. Mais les machines sont aussi des accélérateurs de la pensée. Car celle-ci se complexifie avec la complexification des machines.

  4. Le mouvement de complexification des techniques ne se caractérise pas par une résolution progressive des problèmes mais par l'émergence de problèmes nouveaux de plus en plus complexes.

  5. L'"intelligence artificielle" se trouve déjà, quoique à un niveau très simple, dans la première pierre taillée par l'homme. Il n'y a donc aucune objection logique à la réalisation d'une machine "intelligente". Mais qu'entend-on par "intelligence"? 

  6. Dans l'état actuel des choses, se demander si un jour une classe de machines serait capable de poursuivre de manière autonome (relativement) le processus de complexification ou si la pensée humaine est le niveau ultime de la complexification constitue un symptôme narcotique ou autrement dit une autoréférence ou encore une métastase conceptuelle. En ce sens que nous ne pouvons pas faire autre chose que de répéter la question sans pouvoir y répondre.

  7. Nous pensons actuellement, selon nos mythes scientifiques, que nous sommes les êtres vivants les plus "intelligents"; les derniers arrivés du processus évolutionnaire. Et nous pouvons très bien imaginer que le processus se poursuive après nous, c'est-à-dire qu'une espèce plus "intelligente" que la nôtre surgisse. Compte tenu de l'impasse dans laquelle notre espèce s'est engagée depuis le début de l'agriculture et qui semble la conduire, par sa voracité insatiable, à l'autodestruction, il se peut que cela vienne plus vite que nous croyons. En effet, ce que nous nommons intelligence avec l'arrogance du prédateur ultime, n'est rien d'autre que cette quête du savoir et du pouvoir absolu sur tout ce qui nous entoure avec les justificatifs habituels (religion, savoir, humanisme, etc.). Force est de constater alors que nous n'avons pas encore dépassé, avec tout notre arsenal technologico-scientifico-religieux l""intelligence" des vers à farine. 

  8. Toute quête d'un programme "naturel" constitue un symptôme narcotique dont la forme paradoxale se présente ainsi: "je suis programmé pour découvrir le programme qui m'a programmé pour découvrir le programme qui...."

  9. Questions à Türing: Je pensais encore, il y a peu de temps que ce que l'on nomme intelligence, sans que l'on sache définir de quoi on parle, mais cela n'a pas d'importance, pouvait être rendu irréductible par la question suivante: - Peut-on créer une machine capable de poser une question originale? Par exemple qu'est-ce que l'intelligence? Depuis, je pense que j'ai trouvé mieux: - Peut-on créer une machine capable de dire, non. Et on pourrait ajouter: ... et qui n'en ferait qu'à sa tête (ou à son programme) ... si je puis dire?

Jacques Jaffelin

 

  remonter              flechec.gif (880 octets)    considérations intempestives   flecheD.gif (875 octets)            flechec.gif (880 octets)    télécharger ce texte   flecheD.gif (875 octets)