Archives mensuelles : septembre 2020

Pensées inopportunes et intempestives

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… « Nous sommes à n’en pas douter la pire des espèces vivantes que la Terre à engendrée depuis les dinosaures; nous avions une chance, nous avons même eu plusieurs chances, d’éviter la monstruosité, mais nous n’avons pas su en prendre aucune. Peut-être que cette planète a une tendance à créer des monstres avec, ce que nous considérons probablement justement comme une singularité: le vivant; qu’elle finit cependant par éradiquer. »

Je pense cela de temps en temps, les jours où, comme on dit au Canada francophone « j’ai les bleus ».

Mais si tout cela a du sens, notre tour va venir et cette planète dont nous sommes issus va peut-être poursuivre ses créations et destructions expérimentales, si je puis dire, et contre lesquelles nous serons cette fois, totalement impuissants; c’est peut-être pour bientôt! Qui sait?

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La question fondamentale est quand même et toujours celle d’accepter notre impuissance, ou plus exactement de renoncer à notre délire culturel de toute-puissance.

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Il y a aussi la question de la croyance. Que signifie croire; en quoi que ce soit: les dieux, les lois, l’humanité, le bien, le mal, etc..?… est importante à plus d’une titre. Car elle détermine notre capacité à dialoguer et à maintenir ou non cette capacité. Mon point de vue est que dès que l’on croit en quelque chose on cesse de penser à cette chose. L’acte de croire — car il s’agit bien d’un acte involontaire ou volontaire — fige la pensée exactement là où la croyance commence. Mais celui qui croit peut malgré tout questionner sa croyance, autrement dit, briser cette fixation en libérant à nouveau sa pensée. Avons-nous besoin de croire? C’est ce que pense les croyants et pas seulement les religieux. Toute croyance est à la pensée ce qu’une apathie momentanée est à un membre. Le contraire de la croyance n’est donc pas la non-croyance, qui n’est finalement que la forme négative de la croyance; c’est plutôt, de mon point de vue, l’entretien permanent du désir de garder la liberté de penser pour dialoguer même avec le diable.

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Sommes-nous seuls dans l’univers? C’est la question qui revient de temps en temps et surtout en temps de crise; pour aller vite je dirais, pour plaisanter un peu, qu’elle n’a pu être inventée que par des gens qui ne regardent pas autour d’eux. Quand à la question s’il existe la vie ailleurs que sur la Terre, il me semble clair qu’à moins de considérer que la vie se fut développée sur la Terre à partir d’un germe apporté par un astéroïde, il n’y aucune raison de penser que la nature aurait fait deux fois la même chose. Même les jumeaux ne sont jamais identiques, et il n’y a pas deux atomes, deux particules identiques, sauf pour les biologistes et les physiciens, car sans cette croyance à l’identité et à la répétition, aucune science, telle que nous concevons cette activité n’est possible. Le processus vital semble tellement…. en fait inqualifiable logiquement dans nos termes scientifiques, que pour imaginer que la vie existe ailleurs il faudrait que la nature fasse deux ou plusieurs fois la même chose dans des conditions différentes ou pire que la vie n’aurait rien à voir avec des conditions spécifiques. C’est ainsi que nous les avons entendus tous, récemment encore et à tour de rôle, nous faire part de leurs visions de systèmes solaires et planétaires un peu partout dans la Galaxie et dans l’Univers; et à ce compte ces milliards de systèmes et leurs planètes auraient même fini par engendrer des astrophysiciens capables de penser exactement la même chose que ce qu’ils sont en train de penser mais sur ces milliards de planètes dans des milliards de systèmes solaires…. etc…  On se retrouve alors à nager en plein délire narcissique généralisé et paradoxal!

Mais continuons un peu! Après avoir contemplé, avec l’admiration nécessaire pour cet exploit techniques, les premières photos sur Mars, il est clair que si la vie a existé un jour sur Mars, cette planète ne devait pas être sur son orbite actuelle. On peut certes imaginer, que les conditions pour que la vie organique émerge aurait pu être possible à un moment de la « formation » (1) du système solaire où les planètes, engendrés successivement par notre étoile, le Soleil, dans l’ordre que nous connaissons, passèrent un « moment orbital », exactement là ou la Terre se trouve et où la vie est possible. Je spécule car, comme le disait Einstein à son ami Michele Besso: « Je pense qu’une spéculation hardie est à même de nous faire progresser, et non une accumulation d’expérience. Du matériau empirique incompréhensible, nous en avons plus qu’il ne faut. » Mais aujourd’hui nous ne pouvons plus échapper au fait démontré que Vénus est un four et Mars un désert de roches ferrugineuses. Si nous résumons la situation, pour que la vie soit possible il faudrait trouver une autre étoile, autrement dit un Soleil exactement identique au nôtre là où il se trouve avec la même histoire dans une Galaxie identique; une Vénus, la petite dernière arrivée, une Terre, une Mars, et toutes les autres planètes et météorites, et autres résidus de la génération de ce Soleil ….telles sont les conditions pour que la vie organique se développe (2). Et pas seulement une étoile quelconque et des planètes autour, n’importe d’où dans n’importe qu’elle galaxie. Y en a-t-il ailleurs que là où nous nous trouvons. Non! Mais si l’on continue à ne penser qu’en termes logico-mathématiques et mécanico-transcendantaux et non en termes de processus spécifiques immanents tout comme nous sommes tous… Nous ne survivrons pas. Car, comme le disait Spinoza dans l’Éthique: « Cet Être éternel et infini que nous appelons Dieu ou la Nature, agit avec la même nécessité qu’il existe… » … et son action, dont nous faisons partie, ne peut être que créative et ignore donc la répétition. La vie est création permanente. Notre civilisation est la mort car elle ne crée pas elle accumule des nombres. Pourtant elle est aussi de la nature. Mais cette accumulation n’est pas une répétition, c’est une morbidité civilisationnelle… Tout est en train de changer en ce moment. Il nous faut retrouver notre créativité, avant qu’il ne soit trop tard.

(1) Ce que j’ai voulu appeler, dans ma perspective, l’informotion ou processus informotionnel, afin de signifier l’unité dynamique de la forme et du mouvement. Je rappelle mon point de vue, que les concepts de formation et/ou d’information, sont des concepts mécaniques qui séparent dans le processus créatif, la forme du mouvement. C’est pourquoi, nous concevons habituellement dans notre science, qu’une forme peut se trouver à divers endroits tout en restant identique à elle-même. Comme s’il y avait une séparation entre la forme et le mouvement de cette forme; entre la formation (le processus créatif d’une forme) et la « mouvementation »  (le processus créatif d’un mouvement). Ce qui nous a nécessairement conduits à imaginer des tas de formes identiques partout (particules, atomes, molécules, organismes, individus, sociétés, étoiles, planètes, etc.); mais surtout billets de banque. Le tout pouvant s’accumuler à l’infini…

(2) Je voudrais aussi rappeler le principe d’équivalence que j’avais proposé dans mes ouvrages précédents notamment Le Promeneur d’Einstein selon lequel graviter est équivalent à issu de. Autrement dit, toutes les planètes du système solaire sont issues du Soleil; la Lune de son côté est donc issue de la Terre, etc… Ne vous inquiétez je suis le seul à le penser avec quelques amis depuis une bonne vingtaine d’années.

Jacques Jaffelin

12 avril 2020… et … février 2020