A propos de la notion d’informotion (1)

Pour s’émanciper du principe d’inertie, de l’identité et de la pensée mécanisée!

Dans la théorie de l’informotion, l’espace est la forme et le temps est le changement associé à cette forme, c’est-à-dire le mouvement de cette forme. L’informotion c’est l’espace/temps. Mais il n’y a pas de temps et d’espace séparés ni séparables comme dans le principe d’inertie, et dans la mécanique quantique. D’une certaine façon, l’informotion ne reconnaît ni espace ni temps comme entités puisque l’informotion est une pensée processuelle. Dans le principe d’inertie la forme et le mouvement restent séparés car l’objet n’est pas un objet physique mais un objet mathématique avec des propriétés mécaniques immuables si on le considère immobile. En informotion, il n’y a rien d’immobile tout change et tout se transforme constamment. Il n’y a ni états stationnaires, ni objets mais des processus, tout est processuel. L’objet, ou le concept, n’est qu’un moment d’un processus. Il n’y a donc pas d’identité de quoi que ce soit puisque rien ne reste identique; celui qui pense comme ce à quoi il pense. Après tout, je dis sous une autre forme ce que Lavoisier, et avant lui Héraclite, disaient mais que la pensée mécanisée (scientifique et autres) ne pouvait reconnaître autrement que comme une boutade sans importance. La pensée mécanisée ne conçoit que des entités closes et éternelles puisqu’elle ne pense qu’à l’aide d’objets clos et éternels: les nombres. C’est non seulement une pensée morbide, mais une pensée dont toute vie est absente.

Remarques misosophiques:

  1. L’informotion met fin à la séparation cartésienne de la res extensa et de la res cogitans. La chose étendue c’est la forme et la pensée c’est un mouvement du corps.
  2. La nature naturante et la nature naturée de Spinoza se retrouvent dans le processus générationnelle de l’informotion. Toutes les natures sont naturées en ce qu’elles sont toutes issues d’une précédente génération, mais toutes ne sont pas naturantes en ce que certaines aboutissent à une impasse et ne génèrent plus rien. Exemple: la Lune est issue de la Terre qui est elle-même issue du Soleil comme toutes les planètes qui gravitent autour de lui, mais elle n’a rien généré gravitationnellement parlant.
  3. La question de l’identité, je l’ai souvent rappelé, est la source de toutes nos détresses, nos errements et nos massacres. Dès lors que l’on pense processus, il n’y a plus d’identité, mais des moments d’identification ce qui n’a rien à voir. Car dans la vie d’un être humain, nous pouvons nous identifier de multiples façons. Le malheur commence dès qu’identification est remplacée par identité.
  4. Même chose pour la question de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie avec des principes canoniques qui la caractériserait à tout jamais. S’il existe de tels principes (par exemple: État de droit, liberté d’expression et élections régulières avec élus tirés au sort et révocable à tous moments), ils n’ont encore jamais été appliqués. Mais il y a bien un processus de démocratisation qui se poursuit non pas dans un état particulier mais dans le monde humain généralisé et qui se crée continument. Ce processus de démocratisation pourrait aussi d’ailleurs se nommer processus de déhiérarchisation du monde humain. Où l’on voit que l’effrayante régression culturelle des « élites politiques » qui s’accrochent désespérément au saint Graal de l’identité culturelle occidentale nous montre bien que nous devons rapidement changer de voie. Il n’y a donc pas non plus d’entité culturelle appelée civilisation. Le terme même de civilisation (au contraire du terme culture) exprime d’ailleurs bien un processus en cours et non un état de fait.

Jacques Jaffelin, mai 2017

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *