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VIVE LES RELIGIONS!

1. La Téléologie des croyants, des athées et des mythes scientifiques

Les vieilles religions reviennent en force, lit-on maintenant partout. Mais qu’entend-on par religion? Si religion veut dire étancher des dieux, alors certaines n’ont jamais disparu. Si religion veut dire des ensembles d’idées et de principes pour vivre en commun en paix, alors, cela n’a jamais existé. Idéologies ou religions, avec ou sans dieux ont toujours été en concurrences entre elles pour l’hégémonie, c’est-à-dire pour le pouvoir absolu. Les rois et les prêtres de chacune d’entre elles n’ont eu de cesse de se faire la guerre, la guerre de conquête. Même lorsque l’une ou l’autre d’entre elles semblent faire œuvre de paix, ne vous y trompez pas! C’est dans l’attente de jours meilleurs où elles pourront reprendre du service.

Qu’ils soient religieux ou athées, ils croient. Les uns croient qu’ils sont une création divine destinée à adorer leur dieu; les dieux sont quand même plutôt narcissiques. Les autres croient que l’homme est le but de la nature pour qu’il lui dise ce qu’il en est d’elle-même; la nature est ici anthropique et autoréférentielle.

Sans revenir sur nos mythes religieux antiques qui bénéficient d’un renouveau inattendu et que tout le monde connait, n’oublions pas nos mythes scientifiques qui sont tout aussi présents et les deux mythes se parlent entre eux constamment, comme aurait dit Claude Lévi-Strauss. Pour la biologie, l’homme est le résultat d’essais et d’erreurs de la nature qui a pris des milliards d’années à le forger (si je prends 10 années d’essais et d’erreurs pour être en mesure de jouer la sonate de Bartók au violon, c’est que j’avais le dessein de jouer du violon). Ce qui signifie logiquement que la Nature aurait un dessein, une finalité, une téléologie. On ne peut pas à la fois, dire que tout cela est le résultat du hasard qui, par définition ne requiert aucune explication, et chercher dans le même mouvement, à expliquer, à donner des raisons à l’évolution. Les biologistes passent pourtant bien leur temps à expliquer les causes de l’apparition de la vie, puis des cellules, puis des organismes, puis de l’homme.

Mais « Pourquoi? » n’est pas, en principe, une question scientifique; mais une question technique à propos d’une de nos actions. « Comment? » Oui! Mais seulement localement, à l’échelle humaine. La question « pourquoi? » se poursuit indéfiniment jusqu’à son stade ultime: Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien? Aucune réponse possible! Et la question « comment ? », en dehors des affaires humaines, aboutit à son terme: comment est-on passé de rien à quelque chose? Aucune réponse possible non plus. Ce qui veut dire qu’il y a toujours eu quelque chose; que le rien est impossible à imaginer et à penser. Nous sommes issus de ce quelque chose et il est tout simplement insensé de penser que nous pouvons expliquer pourquoi et comment il existe. Ce qui nous entraîne à penser que l’Univers, comme entité définie au sens où les cosmologues l’envisagent, n’existe pas car ce quelque chose, ou autrement dit la nature comme processus éternel, ne peut être globalisé car il échappe à toute quantification et toute qualification.

On pourrait dire qu’un des drames de notre civilisation c’est qu’elle n’a pas appris à distinguer les questions qui ont des réponses et qui peuvent être utiles de celles qui ne peuvent pas en avoir et qui sont morbides par nature car paradoxales et autoréférentes. Il est vrai qu’il a fallu plus d’un siècle de débats pour qu’on renonce finalement à la question du sexe des anges.

Or donc, l’homme, le dernier arrivé sur l’échelle de l’évolution (je passerais sur les extra-terrestres pour ne pas effrayer les enfants et les vieilles barbes de l’Académie), devrait accomplir les raisons de son existence. Pour les croyants en une divinité, l’homme est destiné à l’honorer, c’est-à-dire à lui obéir, à le servir et à se soumettre à sa volonté supposée. En fait, bien entendu, à ceux qui le disent.

Pour les croyants de la quête du savoir tendanciellement absolu (cf. Stephen Hawking) des sciences, la nature attendrait que l’homme découvre la vérité des choses, autrement dit réponde à la question: « Qu’est-ce que la nature? ». La loi de la nature serait donc qu’elle désirerait que quelque « chose » (quelqu’un ou quelqu’une en l’occurrence), c’est-à-dire une partie d’elle-même survenue par hasard ou par essais et erreurs, lui énonce ses propre lois. Et voilà donc l’autoréférence construite et dans laquelle nous baignons sans même nous en rendre compte, pour la plupart. Après l’homme, plus d’évolution organique: tout est fini! Reste la technologie, la science, etc. Mais de quoi s’agit-il?

Tout se passe comme si la nature avait une finalité, une loi fondamentale, qui n’est ni une loi physique, ni une loi biologique, mais une loi évolutionnaire (avec un commencement et une finalité), une téléologie: la survenue de l’homme qui va lui dire ce qu’il en est d’elle-même. L’homme devient le sauveur de la nature qui lui dira enfin quoi penser d’elle-même. C’est là, c’est cette croyance-là qui est l’origine de la Vérité, de l’Être, de toute la philosophie, de la science, de notre course technologique infernale, de notre sentiment de toute-puissance, de notre irrépressible voracité. C’est ce que j’ai appelé « l’invention du savoir » dans mon dernier ouvrage.

Et cette autoréférence (scientifique, mais en fait pas scientifique du tout, puisque non expérimentable) est la même que celle créée par nos mythes religieux antiques. Elle est juste un peu plus sophistiquée.

2. Croyance, foi et espoir

L’alternative n’est donc pas entre croyants et athées, entre religieux et scientifiques mais entre ceux qui croient et ceux qui n’ont pas besoin de croire pour agir et se donner une éthique; entre ceux qui ont la foi et ceux qui n’ont aucune foi ni aucun dieu à prier pour les secourir; entre ceux qui attendent en priant et ceux qui agissent pour surmonter leur peine et résoudre les problèmes qui se posent; entre ceux qui espèrent qu’un jour cela ira mieux ou que quelque Dieu, César ou Tribun viendra les sauver et ceux qui ne comptent que sur leurs actes. « Renonce à espérer et je t’enseignerais à agir » disait Sénèque à Lucillius.

3. Ne confondons pas dieux et religions

Certains font de longues recherches pour nous montrer que les hommes auront toujours besoin de croire, d’inventer des dieux et d’espérer. Mais la question ne serait-elle pas plutôt: comment avons-nous inventé la croyance et les dieux qui vont avec? Nous connaissons la réponse depuis longtemps: depuis que nous avons inventé l’État. C’est-à-dire le pouvoir des uns sur les autres. C’est-à-dire, l’inégalité et l’injustice. Cela est arrivé lorsque nous avons commencé à construire des villes avec des remparts autour, des paysans à l’extérieur et à l’intérieur des esclaves, des artisans et des rois soutenus par des prêtres. Le pouvoir était inventé ainsi que l’oppression et la perte des libertés élémentaires. Et tout cela compensé par l’invention des dieux afin de bien faire comprendre à tous que cet ordre est un ordre divin et que le premier qui le conteste ne mérite que la mort. Certains pensent que la politique et la religion sont deux choses différentes alors qu’elles visent la même chose: la soumission et la servitude pour l’État et l’entretien de l’espoir et de la peur pour la religion. Elles sont complémentaires et l’un ne va pas sans l’autre. L’une et l’autre sont totalitaires en elles-mêmes lorsqu’elles fusionnent mais peuvent, aujourd’hui, permettent aux citoyens de lutter pour l’égalité et la justice si elles sont séparées. Nous sommes bien à un moment où les religions sont séparées du pouvoir politique. Mais ces dernières ne luttent ni pour la justice ni pour l’égalité, elles luttent pour leur existence propre. Alors que l’État est contesté de toutes parts, elles profitent avantageusement de son affaiblissement pour s’offrir une nouvelle jeunesse. Les religions ont tellement craint de disparaître au cours du siècle dernier qu’il s’agit là d’une revanche.

Comment cela est-il arrivé, alors que nous pensions qu’elles étaient définitivement mises au rencard du pouvoir et réservé au privé de chacun? Tout d’abord, nous avons eu tord de penser cela. Ensuite nous avons oublié dans nos calculs qu’une religion n’a pas nécessairement besoin de dieux. C’est le cas du bouddhisme ou du shintoïsme. C’est aussi le cas de la science qui a ses dogmes (qu’elle appelle paradigmes) et ses grands prêtres. Mais surtout, le XIXe et le XXe siècle ont vu naître, vivre, prospérer et disparaître une religion sans dieu, mais une religion quand même, avec ses prêtres, ses espoirs, ses persécutions, ses luttes, ses victoires et, finalement, sa destruction: le communisme ou, plus précisément, son dévoiement stalinien.

Notre aveuglement égocentrique nous convie trop souvent à parler pour l’humanité entière. Nous parlons de nos religions en pensant que ce sont les seules possibles et que les autres ne sont que des essais ratés. Certains ajoutent imprudemment qu’on ne peut pas vivre sans religions parce que « tant qu’il y aura des hommes il y aura toujours des dieux ». Mais la majeure partie de l’humanité de l’Extrême-Orient vit très bien sans dieu. Cela n’empêche ni la guerre ni l’injustice, ni l’oppression. Le communisme ou le marxisme, comme religion sans dieu, autrement dit comme idéologie, a pourtant bien été éradiquée puis très vite a été immédiatement remplacé par l’une ou l’autre des religions locales, selon l’aire géographico-culturelle, par le pouvoir en place. Le pouvoir ne peut, lui,  se passer de religion.

On parle aujourd’hui du retour du religieux. Mais n’est-ce pas plutôt, pour beaucoup, le retour d’un désir de communauté, d’un désir de chaleur humaine dans ce monde où chacun est isolé devant son écran et condamné à la frustration permanente.

4. Religion, pouvoir et politique

Ainsi, une religion universelle qui avait suscité l’action, l’enthousiasme et entretenu l’espoir à des milliards d’êtres humains disparaît en quelques années et cela n’aurait eu aucune conséquence? N’est-ce pas là pourtant une des causes de ce que l’on nomme aujourd’hui « le retour du religieux » comme on disait avant: « le retour du Jedi ». Et ce retour n’est-il pas plutôt un vide qui se comble.

Décentrons-nous un peu et regardons plus loin! En fait de religieux n’est-ce pas plutôt le politique, le pouvoir de l’État qui est en question? Un peu partout, les citoyens n’ont plus d’espoir en lui, et tout le monde sait pourquoi. Eh bien! Le même pouvoir va chercher, dans les réserves de l’histoire là où l’espoir règne encore: dans les vieilles religions. Soumission et espoir, toujours et encore! Demain on rase gratis!

5. Identité et Vérité, les deux cancers de la pensée

Maintenant, gardons-nous bien de parler d’identité. L’identité c’est la grand-mère du diable en personne. Autrement dit, ça n’existe pas, mais ça fait peur. J’ai déjà eu maintes occasions de parler, et depuis longtemps, de l’absurdité de cette notion d’identité. Ce qu’il convient de faire maintenant, si nous voulons éviter le pire, c’est de poursuivre le processus de démocratisation non pas pour restaurer l’espoir mais pour nous en débarrasser et instaurer la confiance en l’élection des responsables: révocation à tout moment, tirage au sort, programme et contrôle permanent de son application, selon des modalités à déterminer. Mettons cela en place et les religions retournerons à leur place et l’identité redeviendra ce qu’elle a toujours été: un mot de 7 lettres exclusivement destiné aux mathématiques et à la théorie des nombres: 1 est identique à 1.

Ne m’imaginez surtout pas irreligieux! Bien au contraire! Plus il y aura de religions, plus nous serons libres et moins nous risquerons de tomber dans le totalitarisme et plus aisément nous obtiendrons égalité et justice. Pour vivre libres, beaucoup de religions valent mieux qu’une. Une religion avec ou sans dieu et c’est le totalitarisme. Aujourd’hui une religion essaie de devenir le tout après la fin du communisme, mais ce n’est pas une de celles que l’on croie. Il s’agit du libéralisme intégral et intégriste. C’est le nouveau pouvoir sans état-nation. Trop petit pour son ambition. Ce nouveau pouvoir veut l’État-monde. Autrement dit plus besoin d’État, le numéraire numérisé est le nouveau dieu universel. J’en parlerais ailleurs mais vous voyez bien déjà ce que je veux dire.

Les dieux ont toujours soif, n’en n’ont jamais assez », disait le vieux Georges. Que chaque religion étanche son dieu comme elle l’entend et laisse les autres, religieux ou pas, tranquilles. Le propre des religions c’est le totalitarisme et/ou le prosélytisme, elles veulent toute la place là où elles sont, et les deux dernières arrivées dans l’histoire, pour ne parler que des religions avec dieu, se prétendent même universelles, puisque chacune se considère détentrice de la seule Vérité. Si vous ne le croyez pas, alors vous n’avez jamais parlé à un religieux.

Mais, au risque de me répéter, le problème, le problème fondamental, ne se trouve pas dans le phénomène religieux, c’est à dire ce qui cherche à nous relier, mais dans la quête ou la possession de la Vérité. Le jour où ne croirons plus à la Vérité, cet autre terrible cancer de la pensée et dieu commun des religions et de la science, nous vivrons peut-être mieux. Car au lieu de nous entretuer ou de nous disputer le pouvoir pour la vérité, nous pourrons élaborer plus sereinement nos projets de vie communs. Pour que la cité vive en paix relative veillons donc à ce qu’aucune religion, qu’aucune « vérité », ne devienne le tout. C’est le rôle de l’État démocratique; lieu de toutes les religions mais sans en privilégier aucune. La neutralité religieuse, au sens large de ce terme que j’aie employé ici est une condition indispensable pour vivre en commun en paix relative. Cela nous permettra peut-être de trouver la force de nous débarrasser de la soumission et de l’espoir. Mais sachons que le moindre relâchement sera fatal.

Jacques Jaffelin, Décembre 2016

Réflexion sur le processus de démocratisation (1)

Comment cela est-il encore possible?

  1. La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable; c’est un processus qui a commencé il y a longtemps, au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? C’est ce que nous aimerions croire. Les grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Le peuple n’est-il qu’un autre mot pour dire quête du pouvoir absolu? On a vu et on voit encore que tous ceux qui ne jurent que par le peuple n’ont pour seule idée de conquérir le pouvoir, voire le pouvoir absolu. Surtout que les techniques numériques mondialisées donnent des idées à tous ceux qui voudraient bien manipuler les « citoyens » à leur guise. Ceux-là nous les trouvons dans les arcades du pouvoir de tous les États.
  1. Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela, c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie, avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun et, si possible, en paix. Á Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.
  1. L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisés) qui prétendent parler à notre place. Les élus prétendent, prendre le pouvoir, exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus, faire partie des « gens du haut » car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leurs propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, les rois et les princes, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière dit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». Ce fut en partie sur ces principes que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.
  1. J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual » et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain et sa transformation en village globale comme l’avait dit McLuhan mais à un niveau qu’il n’aurait même pas pu imaginer. Aujourd’hui rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouez avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défilés de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose…
  1. Devant la stupidité de ceux — qui aiment qu’on les appelle « nos dirigeants » — que l’on peut voir à l’œuvre dans la quasi totalité des États, on se demande comment on peut encore jouer le jeu qu’ils nous font jouer. Sans doute parce que nous avons tellement l’habitude de la servitude volontaire à un maître, un tribun, un prêtre ou un dieu que nous pensons ne pas pouvoir nous en passer et même d’être pris de panique à la simple idée de penser le monde sans eux.
  1. Un mauvais vent souffle à nouveau sur l’Europe, mais aussi dans le reste du monde. Ce monde humain qui semble épuisé mais qui est surtout révolté d’avoir été floué de tant d’espoirs — la vie éternelle, le progrès permanent, les lendemains qui chantent, le pouvoir, le salut, la force — qu’on lui a vendu pendant des siècles et qui, malgré tout, à nouveau, semble prêt à se jeter dans la gueule du premier tribun venu qui lui promettrait, une fois de plus, le salut voire la rédemption. Comment tout cela est-il encore possible? Si nous ne savons pas répondre à cette question, alors nous sommes vraiment perdus.

Jacques Jaffelin, septembre 2016

De l’agora athénienne à l’agora mondiale, la démocratisation reprend son cours après de multiples dévoiements

Les commentateurs de tous bords observent, ébahis, des citoyens voter comme ils l’entendent sans obéir à aucun parti, ou aucun clan particulier. Ils semblent jouer avec les élections au lieu de les prendre aussi sérieusement que les politiciens professionnels dont c’est le gagne-pain. Pire, ils changent de camp juste pour punir ou peut-être pour se punir d’avoir cru aux promesses des uns et des autres. Mais que se passe-t-il donc dans la démocratie? Eh bien! Justement, rien de démocratique ou très peu. Le processus de démocratisation s’est arrêté depuis bien longtemps. Depuis le temps ou l’invention de la représentation s’est dévoyée en professionnalisation des représentants; en politiciens professionnels.

Ce qui arrive aujourd’hui avec ce qu’ils nomment la désaffection de la politique c’est d’abord la manifestation d’un processus de déhiérarchisation rendue possible par l’usage des techniques numériques mondialisées: réseaux sociaux en particulier. Désormais, les professionnels, les experts, les gens de pouvoir peuvent parler, cela ne vaut désormais pas davantage que la parole de chacun. C’est la fin des hiérarchies, de toutes les hiérarchies instituées et constituées: hiérarchie des classes, des races, des religions, des cultures, des bureaucraties, des richesses, des savoirs, etc. Les partisans du capital libéré de toute contrainte ont voulu détruire progressivement toutes les anciennes solidarités dont ils se sentaient menacés depuis le XIXe siècle pour réduire les êtres humains à des individus isolés, séparés, bref! totalement aliénés au sens propre du terme et ils se retrouvent avec ce qu’ils redoutaient le plus, de nouvelles solidarités, spontanées, non constituées et capables de tout bouleverser. Ils ont peur à nouveau et ils cherchent maintenant à tout contrôler dans le « nuage » en espérant endiguer les révoltes à venir. Ils croient encore en leur pouvoir absolu de manipulation, comme l’Église après « la grande catastrophe » de l’invention de l’imprimerie. Mais le processus de démocratisation se socialise mondialement! Il reprend son cours après des siècles d’essais, d’erreurs et de dévoiements de toutes sortes.

Désormais la possibilité technique d’un processus de démocratisation accéléré est rendu possible avec la fin des représentation ou avec des représentants révocables à tout moment. Des citoyens commencent à saisir que c’est bien eux qui ont leur destin entre leur main et qu’ils peuvent prendre des décisions. Ce n’est pas l’idée qui est nouvelle, c’est la possibilité de la réaliser.

Jacques Jaffelin, avril 2014

Le fédéralisme c’est maintenant!

Qu’est-ce que le fédéralisme?

C’est une manière de vivre solidairement entre des Etats différents tant par leur langue que leur culture, leur histoire etc. Dans un article précédent je faisais part de ma crainte de l’impossibilité actuelle d’envisager un fédéralisme européen tant est encore intense la lutte entre les États européens pour l’hégémonie, surtout entre ce qui concerne les plus grands en population d’entre eux. Je voyais davantage, malheureusement, un abandon de l’Euro et un retour aux monnaies nationales, au moins provisoirement, en attendant que les peuples se décident à abandonner leur souveraineté étatique historique. Il est vrai que les tendances nationalistes que l’on perçoit dans l’Europe toute entière ne nous incite pas à envisager des perspectives où la coopération, la compréhension, la solidarité et l’égalité seraient au cœur d’un projet commun. Mais les choses peuvent très vite changer devant la nécessité et provoquer un réflexe général de survie qui dépasserait les égocentrismes nationaux. En fait, je pense que ce que l’on appelle égoïsme national n’est rien d’autre que la défense opiniâtre des politiciens européens de leurs privilèges respectifs. Ce ne sont pas les peuples qui sont égocentriques mais leurs représentants. Je pense que les peuples sont davantage prêts au fédéralisme que les « élites » politiques qui ne s’acharnent qu’a sauvegarder leur prébendes et sont prêt à tout pour cela. Ils inventent et entretiennent des peurs, comme tous les gens de pouvoir depuis longtemps, pour le garder. Et ce n’est certes pas la dernière campagne électorale en France qui pourrait nous faire penser le contraire. Ce qui change aujourd’hui c’est que les peuples ne sont plus, comme au temps de l’Église romaine, ignares et illettrés et où la crainte de l’enfer suffisait à les faire taire. Depuis, nous avons eu Spinoza, l’invention de la démocratie moderne, la séparation des églises et de l’État et l’éducation généralisée qui permet à chacun d’avoir les moyens critiques de la raison. S’ajoute à cela aujourd’hui, la technologie numérique qui permet la construction inopiné d’expression démocratique tel que l’avait définie Aristote (ou chaque orateur peut se faire entendre de tous). Et cela change tout, comme nous avons pu le voir récemment dans les pays arabes, mais aussi dans d’autres pays où le processus de démocratisation n’en est qu’à ses débuts. Je pense que le fédéralisme européen peut aussi être imposé par les peuples en utilisant les outils démocratiques trans-étatiques: internet et les réseaux sociaux. Car nous devons désespérer (il faut laissé l’espoir aux marchands d’espoir en tous genres) du courage de nos représentants à renoncer à leurs prérogatives. Après tout, on peut les comprendre. Mais n’oublions pas qu’en démocratie ce ne sont pas les élus qui ont le pouvoir, mais celui qui les a élu pour leur confier la responsabilité de les représenter provisoirement: le peuple. Mais la démocratie ne s’arrête pas aux élections, même si cela semble le cas pour beaucoup d’entre nous. Le pouvoir est toujours au peuple et aujourd’hui pas seulement dans les grandes déclarations constitutionnelles mais est rendu effectif par la technologie moderne. N’oublions pas aussi que la démocratie n’est qu’un technique pour vivre ensemble et prendre des décisions communes et il est évident que les formes démocratiques institutionnalisées il y a deux siècles n’ont pas encore été mis à jour par les nouvelles techniques de communications. C’est notre tâche actuelle.

La démocratie existe-t-elle?

Comment poursuivre…

La démocratie n’est pas une institution définie ni définissable, c’est un processus qui a commencé il y a longtemps au moment où l’humanité s’engageait dans la construction de cités-États puis d’ensembles-de-cités-États et que se posait déjà la question: comment prend-on les décisions qui intéressent l’ensemble des citoyens? Les Grecs y ont répondu en inventant le mot démocratie: pouvoir du peuple. Qu’est-ce que le peuple? Qu’est-ce que le pouvoir? Il nous faut aujourd’hui, depuis l’agora athénienne qui permettait à chacun d’être entendu par tous, comme le disait Aristote, repenser tout cela c’est-à-dire mettre à jour notre désir de démocratie avec le monde d’aujourd’hui. N’oublions pas que le processus de démocratisation n’est rien d’autre qu’une technique partagée par tous pour vivre en commun. A Athènes, la technique correspondait à l’état de la société humaine. L’agora pouvait contenir l’ensemble des citoyens. Encore fallait-il en inventer le principe. Aujourd’hui nous avons inventé une agora mondiale avec l’Internet. Nous devons maintenant inventer la manière de l’utiliser pour la poursuite du processus de démocratisation à l’échelle de notre espèce. Ce n’est pas rien. Mais c’est à cette superbe tâche que notre génération doit s’atteler si nous ne voulons pas nous autodétruire. A partir de maintenant, je ne parlerais plus de démocratie mais de ce que je pense du processus de démocratisation aujourd’hui et des possibilités que nous avons de changer le cours des choses publiques.

L’élection n’est un signe de démocratisation que lorsque celle-ci ne met pas fin ne serait-ce que provisoirement au pouvoir du peuple. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où dans nos sociétés le pouvoir du peuple est mis en veilleuse pendant 4 ou 5 ans, suivant les pays dits démocratiques, après chaque élection. N’oublions pas qu’en principe, l’élu(e) et les élu(e)s ne prennent ni n’exercent un quelconque pouvoir. Ils sont nommés par le souverain, le peuple, non pas pour exercer le pouvoir de quoi que ce soit ni sur qui que ce soit mais pour participer à la résolution des problèmes de la vie en commun. Le rôle du président n’est pas de prendre des décisions mais de veiller à ce que des décisions émergent dans les assemblées de citoyens. Son rôle est un rôle d’arbitre. Il rappelle les règles du jeu que tout le monde doit connaître et veille à ce que le jeu de la socialisation se poursuive en paix en réglant les conflits. Cela est le rôle de tout vrai chef depuis l’invention de la chefferie. Il est élu, nous en avons besoin non pas pour qu’il prenne des décisions sans nous en parler ou d’en prendre contre notre gré mais pour permettre à ce que des décisions communes puissent émerger des conflits et des différents points de vue. Le chef est l’inverse du tyran, il répond au besoin et au désir de vivre ensemble en paix. Aujourd’hui, les élections dans nos pays ne permettent nullement la poursuite de la démocratisation, ils en sont la négation pour ne pas dire la confiscation par une classe de sophistes (en France ils sont formés dans des écoles spécialisées) qui parlent à notre place. On appelle ça la représentation mais il s’agit plutôt de la mystification. Ils prétendent prendre le pouvoir et exercer le pouvoir après avoir tout fait, mensonges, tromperies, promesses, spectacles en tous genres, « panem et circenses » encore, pour l’obtenir. Ils ne représentent rien d’autres que des membres d’une même caste de spécialistes du management populaire. Ils n’ont plus rien de commun avec les gens qui votent pour eux surtout s’ils font semblant du contraire (en se mettant au niveau des gens d’en bas, comme certains osaient dire si misérablement ces dernières années en France). Tous cherchent le pouvoir et les prébendes qui vont avec; avoir le dessus faire partie des gens du haut car ils ne supportent pas l’égalité. C’est donc une classe de spécialistes es pouvoir qui ne sont là que pour satisfaire leur goût de l’inégalité et de la hiérarchie. Eux savent ce qui est bon pour le peuple ignorant. Tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin les sphères du pouvoir vous le diront. Le mépris de tout ce qui n’est pas eux transpire à chacune de leurs paroles. Ils ne sont pas seulement racistes et xénophobes, ils nous appellent ceux du bas. Ce sont eux qui divisent le peuple et le manipule, ils organisent et fabriquent le racisme populaire par leur propagande continuelle et entretiennent la misère des immigrants comme ils organisent le chômage. Et ceux des journalistes qui font partie de la caste notamment les journalistes des media électroniques passent leur temps à prendre les gens pour des imbéciles – « Attendez! Ne soyez pas trop technique, il faut que les gens qui vous écoutent comprennent bien ». Comme le disait Coluche: « ils nous prennent pour des cons et ils voudraient qu’on soit intelligent ». Le bon peuple, c’est-à-dire nous-mêmes, finissons par penser que ça doit être tellement difficile de faire tout cela qu’il faut bien faire des études spéciales pour y parvenir. Pourtant, toute l’histoire nous montre le contraire. Reagan, Thatcher, de Gaulle, Staline, Mussolini, Mao, Bonaparte, rois et princes, commissaires du peuple et révolutionnaires professionnels, le désir de pouvoir suffit. Jacques Rancière a écrit que « la démocratie est fondée sur l’idée d’une compétence égale pour tous… et son mode normal de désignation est le tirage au sort ». En effet, ce fut en partie sur ces principes d’égalité que la Commune de Paris en 1871 à fonctionné mais juste le temps des cerises. Le tirage au sort ne suffit pas (Reagan – pour épargner les autres – aurait pu être tiré au sort) mais l’idée de compétence égale pour tous est le fondement du processus démocratique puisque tous les votes sont égaux. Nous en sommes loin. Puisque, pour ne prendre que cet exemple, le vote des Français contre le traité européen a été bafoué et ceux du haut qui savent ce qui est bon pour nous l’ont ratifié quand même. Ce scandale n’a pas encore été jugé. Quand on parle de compétence il ne s’agit pas de n’importe quelle compétence mais de celle qui consiste à être élu pour participer à la chose publique. En fait, à bien y réfléchir, les élus devraient être tirés au sort comme le sont les jurés des cours d’assises. Des personnes de toutes les conditions.

J’ai bien conscience que tout cela a déjà été dit maintes et maintes fois dans l’histoire. Dans les années soixante on avait l’impression que tout cela étaient en train de changer mais très vite tout est revenu: « business as usual ». Et puis nous y voilà; nous nous réveillons dans un monde en pleine folie. La technologie numérique a accéléré la complexification du monde humain, le « village global » selon l’expression de McLuhan, qui s’engage maintenant dans une nouvelle voie imprévisible comme toujours d’intégration et de différenciation. Ce monde est le nôtre et il est toute notre vie. Pour certains pourtant rien d’autre ne semble possible que de continuer dans cette folie, c’est ce qu’on nous propose et c’est bien ce que pendant les derniers 20 ans on a proposé à nos enfants. Consommez! Consommez! Et consommez encore pour que le business continue! Et ne vous arrêtez surtout pas de jouer avec vos terminaux, vos smartphones, et à regarder les pixels défiler de plus en plus vite car il n’y a plus rien d’autre à faire dans le monde. Eh bien! On a pu voir que ces smartphones peuvent aussi servir à autre chose et que nous n’en sommes pas uniquement les servo-mécanismes…

Jacques Jaffelin, avril 2012