Théorie de l’information générale ou Essai d’épistémothérapie culturelle

1. La seconde édition de mon « Tractatus logico-ecologicus » vient de paraître sous le titre malencontreux, de « Théorie de l’information générale ». Le sous-titre, « ou la quatrième vexation » me plaît davantage. Mais en fait, j’aurais dû l’intituler « Essai d’épistémothérapie culturelle », car il s’agit bien de pathologie, au sens propre du terme, de la pensée culturelle, et plus particulièrement, de la pensée dite occidentale, autrement dit, de celle qui est apparue dans l’aire culturelle, qui va des rives du Tigre et le l’Euphrate, jusqu’en Grèce puis dans l’Europe entière et qui essaima progressivement dans le reste du monde.

Je voudrais maintenant m’appliquer à poursuivre ce que j’ai laissé en projet à la fin de mon avertissement à la seconde édition et dans les Notes qui la suivent…

2.

What do you want to do ?

New mail

Comment juge-t-on un être humain… suite

Encore une polémique en France sur Céline. Je voulais juste rappeler ce que j’ai déjà écrit dans ce blog et publié dans: Où va la Civilisation?,  p. 100.

« …. Cela m’a conduit à penser aux personnes qui rendent régulièrement hommage à Céline pour ses talents d’écrivain. C’est comme si on rendait hommage à Hitler pour ses talents de peintre ou de tribun … »

 

Je n’ai rien à ajouter

Jacques Jaffelin janvier 2018

L’angoisse humaine et la vague suivante de l’évolution

On a toujours tendance à penser que notre angoisse fondamentale est la peur de la mort. Nous nous imaginons ainsi que nous serions les seuls vivants à avoir conscience de notre néantisation. Ce qui est conforme à notre autre mythe selon lequel nous serions les seuls à posséder la conscience d’être soi. Nous sortons petit à petit de cette arrogance depuis peu. Très peu, en fait.

Nous sommes maintenant prêts à accorder aux végétaux des sentiments d’existence. Notre fameuse science fondée sur la mécanisation générale des esprits et du monde, a quand même fini par accepter ce que d’autres être humains, vivants sous d’autres latitudes, reconnaissent depuis la nuit des temps.

Mais notre angoisse fondamentale n’est peut-être pas celle de la mort. Elle me semble plutôt liée au fait que nous n’avons pas de prédateurs plus puissants que nous. Les autres êtres vivants ont tous, selon leur espèce, des prédateurs, c’est-à-dire des êtres plus forts qu’eux à qui ils servent de nourriture ou avec qui ils rivalisent. Le prédateur suprême aujourd’hui est l’être humain pour tout ce qui est vivant et non vivant. Nos plus grands prédateurs, à nous autres êtres humains, ce sont nos congénères eux-mêmes. Oui! L’homme est bien un loup pour l’autre homme qu’il considère comme une brebis.

Nous avons alors inventé les dieux pour tenter de ne pas mourir de cette quête de la puissance absolue. Cette invention n’est pas innocente puisque ce sont justement ceux qui désiraient cette puissance qu’ils l’ont inventé: les prêtres, les rois et leurs serviteurs: les soldats. Ce faisant, la toute-puissance était projetée hors de soi, hors même du monde pour les religions monothéistes. Le délire de toute-puissance se trouvait du même coup apprivoisé et contrôlé relativement. Mais, nous étions toujours à la merci d’un césar, d’un tribun, se prenant pour le sauveur suprême. Mais l’amour suprême du sauveur c’est toujours le pouvoir suprême. Et le dieu est toujours le dieu des armées.

Cliniquement parlant, cette projection ne marche que lorsque l’on ne s’en sert pas. C’est-à-dire peu souvent et peu de temps. Le délire de toute-puissance a toujours court et la projection psychique a progressivement été remplacée par la projection tout court: celle des boulets de canon, puis des bombes en tous genres. Mais aussi par l’accumulation de richesses, de capital. L’expression la plus moderne de la quête de la toute-puissance.

Je relisais récemment La Religion du Capital de Paul Lafargue publiée en 1886. Elle n’a pas pris une ride. Il avait déjà raison, le gendre de Marx, qui écrivait, avec l’humour en plus: « le véritable dieu, le dieu vivant, c’est le Capital ».

Ainsi, nous autres êtres humains, qui nous attendons toujours à être supplantés, voire sauvés, par des êtres plus forts que nous (dieux, extra-terrestres, monstres de toutes sortes qui peuplent toujours notre mythologie moderne), nous n’avons même pas encore réalisés, dans le sens propre du terme, c’est-à-dire débarrassés de nos névroses enfantines, que nous sommes à la fois prédateur et proie. Y parvenir serait le signe que la prochaine vague arrive.

Jacques Jaffelin

A propos de la notion d’informotion (1)

Pour s’émanciper du principe d’inertie, de l’identité et de la pensée mécanisée!

Dans la théorie de l’informotion, l’espace est la forme et le temps est le changement associé à cette forme, c’est-à-dire le mouvement de cette forme. L’informotion c’est l’espace/temps. Mais il n’y a pas de temps et d’espace séparés ni séparables comme dans le principe d’inertie, et dans la mécanique quantique. D’une certaine façon, l’informotion ne reconnaît ni espace ni temps comme entités puisque l’informotion est une pensée processuelle. Dans le principe d’inertie la forme et le mouvement restent séparés car l’objet n’est pas un objet physique mais un objet mathématique avec des propriétés mécaniques immuables si on le considère immobile. En informotion, il n’y a rien d’immobile tout change et tout se transforme constamment. Il n’y a ni états stationnaires, ni objets mais des processus, tout est processuel. L’objet, ou le concept, n’est qu’un moment d’un processus. Il n’y a donc pas d’identité de quoi que ce soit puisque rien ne reste identique; celui qui pense comme ce à quoi il pense. Après tout, je dis sous une autre forme ce que Lavoisier, et avant lui Héraclite, disaient mais que la pensée mécanisée (scientifique et autres) ne pouvait reconnaître autrement que comme une boutade sans importance. La pensée mécanisée ne conçoit que des entités closes et éternelles puisqu’elle ne pense qu’à l’aide d’objets clos et éternels: les nombres. C’est non seulement une pensée morbide, mais une pensée dont toute vie est absente.

Remarques misosophiques:

  1. L’informotion met fin à la séparation cartésienne de la res extensa et de la res cogitans. La chose étendue c’est la forme et la pensée c’est un mouvement du corps.
  2. La nature naturante et la nature naturée de Spinoza se retrouvent dans le processus générationnelle de l’informotion. Toutes les natures sont naturées en ce qu’elles sont toutes issues d’une précédente génération, mais toutes ne sont pas naturantes en ce que certaines aboutissent à une impasse et ne génèrent plus rien. Exemple: la Lune est issue de la Terre qui est elle-même issue du Soleil comme toutes les planètes qui gravitent autour de lui, mais elle n’a rien généré gravitationnellement parlant.
  3. La question de l’identité, je l’ai souvent rappelé, est la source de toutes nos détresses, nos errements et nos massacres. Dès lors que l’on pense processus, il n’y a plus d’identité, mais des moments d’identification ce qui n’a rien à voir. Car dans la vie d’un être humain, nous pouvons nous identifier de multiples façons. Le malheur commence dès qu’identification est remplacée par identité.
  4. Même chose pour la question de la démocratie. Il n’y a pas de démocratie avec des principes canoniques qui la caractériserait à tout jamais. S’il existe de tels principes (par exemple: État de droit, liberté d’expression et élections régulières avec élus tirés au sort et révocable à tous moments), ils n’ont encore jamais été appliqués. Mais il y a bien un processus de démocratisation qui se poursuit non pas dans un état particulier mais dans le monde humain généralisé et qui se crée continument. Ce processus de démocratisation pourrait aussi d’ailleurs se nommer processus de déhiérarchisation du monde humain. Où l’on voit que l’effrayante régression culturelle des « élites politiques » qui s’accrochent désespérément au saint Graal de l’identité culturelle occidentale nous montre bien que nous devons rapidement changer de voie. Il n’y a donc pas non plus d’entité culturelle appelée civilisation. Le terme même de civilisation (au contraire du terme culture) exprime d’ailleurs bien un processus en cours et non un état de fait.

Jacques Jaffelin, mai 2017

 

ENTRE DEUX TOURS…

Nous voici maintenant au cœur de la tourmente. Mais il y a plusieurs points de vue sur les causes de son apparition, plusieurs points de vue sur ce qui se passe, plusieurs points de vue sur la manière de s’en sortir et plusieurs points de vue sur ce qu’il faudrait faire ici et maintenant.

Il y a ceux qui veulent rester comme avant, qui rêvent d’une identité éternelle, qui ne veulent plus de changements de quoi que ce soit. Ils rêvent aux villages d’antan avec l’Église et la Mairie. La douce France, cher pays de mon enfance… Avec ses hiérarchies de tous ordres. Avec ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Avec ses éternels riches et ses éternels pauvres à qui l’ont doit faire la charité. Ceux-là sont plutôt aisés, âgés ou soumis à des idéologies désuètes. Ils font profession de fermer les yeux devant l’évidence. Ils sont dans le déni de ce qu’ils voient, de ce qu’ils entendent. Ils sont environ 20%.

Il y a ceux qui voudraient une société solidaire, fraternelle, ouverte, juste, égalitaire, vraiment démocratique et où il fait bon vivre. Ils reconnaissent que nous ne pouvons plus accepter l’ordre social ancien qui a permis la destruction systématique du vivant et du minéral dont nous sommes tous issus. Que la Terre n’est pas un jardin sur lequel quelque dieu nous aurait déposés un jour qu’il s’ennuyait pour observer son œuvre, mais que nous sommes une plante de ce jardin qu’est la Terre. Et que si nous détruisons toutes les autres plantes, ce n’est pas la Terre que nous allons détruire, mais nous qui nous autodétruisons par notre propre voracité. Ceux-là voudraient une civilisation humaine pacifiée et réconciliée avec ce dont elle est issue. Et pour ce faire, voudraient faire fusionner écologie,  économie et politique. Ils sont environ 20% aussi.

Il y a ceux qui voudraient que l’on poursuive comme maintenant: « Business as usual« . Car c’est le seul moyen, pour eux, d’éviter le pire: la fin du capitalisme; qu’ils nomment pudiquement, économie de marché. Ils sont pour l’ouverture mais pas celle de la solidarité, de l’égalité et de la justice. Leur ouverture signifie la dérégulation de tout ce qui fait obstacle aux affaires. Les affaires pour tous, disent-ils. Tout devient affaire privée, et plus rien ou si peu ne doit rester publique. L’État ne doit plus être l’agent de la solidarité sociale ou collective. Le publique ou le social est, pour eux, un gros mot qu’ils identifient à socialisme ou pire, à communisme. Ils parlent bien d’écologie, mais à la seule condition d’en faire des affaires. Du profit, toujours du profit. Ils sont jeunes et beaux, ils sentent bon le sable chaud et les actions en bourse. Ils méprisent aisément tous les autres et une partie d’entre eux s’organisent déjà pour se protéger du cataclysme climatique les poches pleines. Ils sont également environ 20%.

Et il y a ceux qui sont perdus, qui travaillent durs pour pas grand-chose ou qui sont au chômage et qui sont et se sentent les oubliés de tout et de tous les autres; de la croissance, des affaires, du travail, de l’ouverture. Ils ne sont pas riches. Mais ils voudraient peut-être, pour certains,  le devenir et avoir leur part du gâteau. Car ils pensent, comme ceux qui précèdent, qu’il y a encore un gâteau. L’écologie pour eux n’est qu’une affaire de bobos. Ceux-là sont les proies idéales des idéologues qui ne pensent qu’à exercer leur pouvoir sur eux, au nom du peuple, comme ils disent. Ils parlent de nations, d’État, mais ne pensent que pouvoir. Ils entretiennent les peurs, toutes les peurs et d’abord, celles des étranges étrangers qui viennent d’ailleurs ou non et qui, pour eux, ne devraient pas être là. Ceux qui se présentent à la magistrature suprême en leur nom, ne sont pas loin de penser comme les précédents. Car eux aussi sont riches, mais ils ont choisi de jouer avec les pauvres, comme l’Église peut encore le faire. Et ils ne manquent pas de clients puisque les pauvres sont les plus nombreux. Mais ce groupe représente aussi environ 20%.

Il s’agit là d’une approximation car ces pourcentages ne reflètent pas la proportion réelle de chacun de ces groupes. Ils restent néanmoins les derniers 20% qui se répartissent ou non dans ces quatre groupes mais qui ne participent pas au scrutin.

Alors, que peut-on faire?

La France n’est pas coupée en deux mais en cinq. Dimanche prochain, pour ceux qui comme moi font partie du deuxième groupe, il s’agit d’éviter toute possibilité pour que le quatrième groupe remporte ces élections. Même si l’on sait que, le troisième gagnant, c’est le capitalisme triomphant qui se présente comme un humanisme — je rappelle qu’au sens originel de la Renaissance, humanisme veut dire « l’homme au-dessus de tout » pour faire de la nature tout ce qu’il veut car Dieu l’a posé sur la Terre pour son propre agrément.

Cela devra nous laisser un peu de temps pour que le second groupe ait encore une chance, s’il est capable de la prendre. Si nous en sommes capables, nous autres rêveurs invertébrés qui pensons que l’homme est, malgré tout, amendable. Car, nous devons maintenant le reconnaître, contrairement à ce que nous avons tous pensé depuis deux siècles, le socialisme n’est ni rationnel au sens de nos économistes distingués, ni raisonnable au sens d’une raison historique, c’est, avant toute chose, un désir de vie, un désir de liberté, d’égalité et de justice. Vive la sociale!

Jacques Jaffelin, avril 2017